Travailleurs âgés
Prévue contre la pauvreté, la rente-pont reste marginale

Depuis 2021, les chômeurs de plus de 60 ans en fin de droit et en difficulté financière sont en droit d'obtenir une rente-pont. Cet instrument pour contrer la pauvreté est cependant moins utilisé que prévu. Une évaluation sera faite par la Confédération.
La rente-pont est une réponse à l'initiative dite de limitation de l'UDC, rejetée par le peuple en septembre 2020 (archives).
Photo: JEAN-CHRISTOPHE BOTT
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ATS Agence télégraphique suisse

Introduite en 2021, la rente-pont vise à soutenir les chômeurs de plus de 60 ans arrivés en fin de droit et confrontés à des difficultés financières, afin de prévenir le basculement dans la pauvreté. Or, ce dispositif est nettement moins sollicité qu’anticipé par les autorités. Face à ce constat, la Confédération prévoit de procéder à une évaluation du mécanisme.

Cette nouvelle prestation est une réponse à l'initiative dite de limitation de l'UDC, rejetée par le peuple en septembre 2020. Son objectif est d'éviter que des chômeurs âgés épuisent leur épargne et 3e pilier et soient contraints de recourir à l'aide sociale. Selon les estimations de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) présentées lors des débats au Parlement, 2000 personnes auraient dû en bénéficier en 2022. Le montant par personne avait été évalué à 3600 francs par mois pour un coût total de 70 millions.

Dans les faits, les bénéficiaires sont nettement moins nombreux. Fin 2022, 694 chômeurs touchaient une rente pont de 2600 francs par mois. En 2024, les chiffres provisoires font état de 822 bénéficiaires et de 2650 francs par mois, selon l'OFAS. Les chiffres de 2024 pourraient encore augmenter de 20% en raison des annonces tardives, estime l'OFAS. Les coûts de la rente-pont se sont élevés à 28 millions de francs, selon les chiffres provisoires.

Surévalué

Ces débuts timides sont à mettre sur le compte de la pandémie de coronavirus, indiquait l'OFAS dans une publication de fin 2023. Les indemnités journalières avaient alors été temporairement prolongées pour l'ensemble des chômeurs. A cette époque déjà, l'Office estimait que moins de personnes demandaient une rente-pont que précédemment calculé. Les montants mensuels avaient également été surévalués.

Selon les statistiques, davantage d'hommes bénéficient de la rente-pont. Ceux-ci ont également reçu plus d'argent que les femmes. L'OFAS n'a pu donner aucune explication sur ces chiffres à l'agence de presse Keystone-ATS. Toutefois, le nombre d'hommes de plus de 60 ans qui arrivent en fin de droit de chômage est plus important que celui des femmes.

En décembre 2023, 122 hommes entre 60 et 64 ans étaient arrivés en fin de droit, contre 46 femmes âgées de 60 à 63 ans. L'âge de la retraite a été relevé par la suite pour les femmes, précise l'OFAS. Pour l'OFAS, le nombre de bénéficiaires ne peut pas être pris comme un indicateur de la situation des plus de 60 ans sur le marché du travail. Les rentes-pont sont versées en fonction des besoins et de la situation économique et familiale personnelle.

Une personne qui demande une rente-pont se trouve dans une mauvaise, voire très mauvaise situation financière. Cela ne correspond pas à toutes les personnes de plus de 60 ans qui cherchent un emploi.

Evaluation à venir

Interrogé sur la grande différence entre les chiffres attendus et les chiffres réels, l'OFAS renvoie à une évaluation à venir. Selon la loi, le Conseil fédéral doit présenter un rapport au Parlement cette année encore. Ce rapport devra notamment indiquer si cet instrument atteint son but. La date de publication est encore ouverte.

Le Conseil fédéral ne veut toutefois pas économiser sur les rentes-pont. Les experts mandatés par la Confédération dans le cadre de l'allègement budgétaire avaient préconisé de biffer cette rente parce qu'ils n'en voyaient pas l'utilité. Le Conseil fédéral n'a toutefois pas suivi cette recommandation. Le Parlement discute actuellement des mesures d'économies pour les années à venir.

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