Le président de l'Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, est prêt à en découdre: il est furieux contre le conseiller fédéral de l'Union démocratique du centre (UDC) Guy Parmelin, ainsi que le conseiller aux Etats du Parti libéral-radical (PLR), Thierry Burkart. En cause? Leur volonté à faciliter le travail dominical, que les syndicats considèrent comme une attaque et une source de stress supplémentaire pour les travailleurs.
L'assemblée des délégués de l'USS définira ce vendredi ses lignes rouges. Pierre-Yves Maillard va monter sur le ring: il a annoncé qu'il combattra de toutes ses forces un projet ficelé par l'ancien chef du PLR. Il refuse de laisser les libéraux-radicaux assouplir les dispositions légales sur le travail dominical. «C'est une attaque frontale contre les familles qui veulent se reposer le dimanche», déclare le syndicaliste vaudois.
Lors de la session d'automne, le Conseil national a décidé de réviser la loi sur le travail et le code des obligations. Le texte prévoit d'étendre les journées de travail et raccourcir les temps de repos. «Le travail du dimanche au bureau, et même dans des branches comme le commerce de détail ou les chantiers, devrait être possible à l'avenir», alertent les syndicats.
«Plus de stress, moins de repos»
Concrètement, le projet prévoit que les salariés travaillent jusqu'à cinq heures, sans contrainte, durant neuf dimanches par an. Jusqu'à présent, une autorisation devait être demandée. «L'employeur pourra simplement ordonner le travail du dimanche», critique Pierre-Yves Maillard. «Le supplément de salaire de 50% pour le travail du dimanche a été supprimé par le Conseil national. Les allocations du dimanche sont aussi mises sous pression.»
La durée maximale du travail doit également être augmentée à 17 heures, et le temps de repos réduit à neuf heures. «Pour les activités urgentes, le temps de repos doit même pouvoir être interrompu», déplore le syndicaliste. «On risque de revenir à une disponibilité sans limite: davantage de travail le week-end, plus de stress, moins de repos».
Selon lui, les travailleurs sont suffisamment stressés; beaucoup risquent le burn-out. «Les familles souffrent particulièrement de l'imprévisibilité, des changements de dernière minute et de la disponibilité permanente. Le dimanche finirait ainsi par devenir un jour de travail comme les autres. La loi sur le travail serait largement vidée de son essence. Ce projet ouvre d'importantes brèches, il est incontrôlable et dangereux pour la protection des travailleurs», dénonce le Vaudois.
L'USS brandit la menace du référendum
L'USS reproche à Guy Parmelin de s'appuyer sur des chiffres erronés. Le Conseil fédéral indique qu'un maximum de 18 à 26% des travailleurs seraient touchés par la nouvelle législation – soit 521'000 à 784'000 personnes. Mais les calculs de l'USS sont bien différents: de son côté, le syndicat estime que 1,53 million de personnes seraient concernées par la nouvelle loi. «Les estimations du Conseil fédéral se basent sur le fait de savoir si les travailleurs disposent d'un modèle de temps de travail avec une autonomie considérable au niveau des horaires, et si le télétravail a été pratiqué au moins occasionnellement. Une application de la loi est axée sur de tels cas», souligne le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco).
Le conseiller aux Etats PLR Thierry Burkart affirme à Blick que la nouvelle loi «ne peut pas être appliquée contre la volonté des travailleurs». «Il ne s'agit aussi que d'un court temps de travail le dimanche, que chacun peut choisir librement. C'est par exemple le cas lorsqu'on peaufine une présentation pour le lundi ou que l'on traite quelques e-mails. Une très large majorité de personnes le fait déjà aujourd’hui.»
Des arguments balayés par Pierre-Yves Maillard. «Dans la réalité, les travailleurs ne peuvent pas contester des injonctions sans risquer de perdre leur emploi. Le projet n'offre aucune protection contre la contrainte.» Les syndicats mettent en garde: «Ne touchez pas à la loi sur le travail. Il est hors de question d'étendre le travail du dimanche. Si le projet reste en l'état, la base de l'USS décidera à coup sûr de lancer un référendum», annonce déjà Pierre-Yves Maillard.
Une chose est claire: si Guy Parmelin ne fait pas quelques compromis aux syndicats, son élection à la présidence de la Confédération en décembre pourrait échouer, à cause de la gauche.