Ces derniers mois, de nombreuses entreprises américaines, comme Amazon ou la grande banque JP Morgan, ont rappelé leurs collaborateurs au bureau. Le télétravail? Réservé à une minorité. Ces groupes misent à nouveau sur la présence physique, par conviction. Ils estiment qu’elle renforce la cohésion d’équipe, facilite l’intégration des nouveaux employés et améliore l’efficacité.
Par ailleurs, Microsoft Teams introduira en février une nouvelle fonctionnalité permettant aux supérieurs de vérifier où se trouvent leurs collaborateurs. Cette culture classique du bureau, avec une obligation de présence accrue, est-elle aussi de retour en Suisse?
Durcissement des conditions
A la fin de l’été, Raiffeisen Suisse a durci sa politique en matière de télétravail. Alors que les employés à plein temps pouvaient jusqu'ici travailler quatre jours par semaine depuis leur domicile, ils n’en disposent désormais plus que de deux. Les 2300 collaborateurs de la banque sont concernés. «Nous voulons renforcer les interactions personnelles et la collaboration au sein de l’organisation», explique un porte-parole de Raiffeisen.
Dans l’ensemble, un taux de 40% de télétravail par semaine reste largement répandu et accepté. Les banques Raiffeisen indépendantes conservent toutefois une marge de manœuvre et peuvent décider de manière autonome. Depuis octobre, le télétravail a également pris fin pour les collaborateurs actifs dans l’administration et le marketing du groupe XXXLutz. En Suisse, les enseignes Conforama, Lipo, Pfister et Mömax font aussi partie de ce géant autrichien de l’ameublement.
De deux à quatre jours par semaine
Comme le montre un sondage de Blick, la majorité des entreprises suisses n’ont pas tourné le dos au télétravail. La plupart autorisent jusqu’à deux jours par semaine pour un poste à plein temps. C’est notamment le cas des grandes caisses maladie Helsana et CSS, ainsi que du groupe industriel Georg Fischer. Toutes défendent le modèle du travail hybride. «Le travail à domicile correspond à un besoin de notre société actuelle», indique Helsana, un constat partagé par de nombreuses entreprises interrogées.
Une exception notable se distingue toutefois. Le groupe technologique ABB permet à ses collaborateurs de travailler jusqu’à quatre jours par semaine depuis leur domicile. «Un taux de télétravail pouvant aller jusqu’à 80% est très apprécié, voire attendu, par les collaborateurs», explique un porte-parole d’ABB à Blick. Cette question revient fréquemment lors des entretiens d’embauche. Le géant Google mise lui aussi sur le travail à distance pour renforcer son attractivité. Ses employés peuvent travailler jusqu’à quatre semaines par an depuis un lieu de leur choix.
Les entreprises misent sur la responsabilité individuelle
Certaines entreprises renoncent à des règles strictes et privilégient la responsabilité individuelle. C’est le cas de La Poste. Sur environ 45'000 collaborateurs, quelque 12'000 peuvent en principe travailler en télétravail. Les équipes décident elles-mêmes de la répartition entre présence sur site et travail à distance. L’entreprise reste toutefois attachée à la culture du bureau. «Le travail en présentiel restera la forme de travail dominante à La Poste», souligne-t-elle, le télétravail venant la compléter comme élément à part entière.
Chez PostFinance, la filiale financière, aucune limite maximale n’est fixée pour le télétravail. «Plutôt que d’imposer des règles rigides sur le télétravail ou la présence au bureau, nous misons sur la confiance et la responsabilité individuelle», explique une porte-parole. Le lieu de travail dépend avant tout de la nature des tâches et se décide en concertation avec le supérieur hiérarchique. Le Swiss Market Place Group, le géant pharmaceutique Novartis ou encore le réassureur Swiss Re adoptent une approche similaire.
A l’inverse, chez le grand distributeur Coop, environ 90% des collaborateurs travaillent dans la vente, la logistique ou la production, des secteurs incompatibles avec le télétravail. Les employés de l’administration, dont le taux d’occupation est inférieur ou égal à 100%, peuvent toutefois travailler un jour par semaine depuis leur domicile.
Meilleure conciliation entre vie privée et professionnelle
En Suisse, aucun abandon généralisé du télétravail ne se dessine à ce stade. Parmi les grandes entreprises, seul le groupe industriel Sulzer y a totalement renoncé, comme Blick l’avait révélé en septembre 2024.
Sur le plan politique, le Conseil national souhaite désormais assouplir la loi afin de faciliter le télétravail. Les adaptations envisagées visent notamment les personnes qui disposent d’une large autonomie dans l’organisation de leur temps de travail, afin de mieux concilier vie professionnelle, familiale et loisirs. Le Conseil national estime qu'un accord écrit spécifique pour le travail à domicile n’est pas indispensable. Le Conseil des Etats ne s’est pas encore prononcé.