Pourquoi un éleveur de chevaux à la retraite, propriétaire d'une maison en Haute-Thurgovie et d'une résidence secondaire dans les Grisons, a-t-il détourné près d’un demi-million de francs? En mars 2024, des sources anonymes avaient révélé à Blick une découverte stupéfiante: le trésorier de longue date de la compagnie d'assurance équine Bischofszell, en Thurgovie, avait secrètement, et à plusieurs reprises, détourné des sommes d'argent de son employeur. Le montant total s'élevait à 402'000 francs suisses.
A l'époque, Blick avait relaté l'incident, la colère des sociétaires en assemblée générale, la réaction du président de l'assurance, l'enquête ouverte par le Ministère public thurgovien et la réaction de l'auteur des faits. «J'aimerais bien voir ce que vous ferez le jour où vous vous retrouverez dans la merde», avait lancé ce dernier à notre journaliste depuis sa ferme avant de crier: «Je vais vous massacrer dans la rue!»
Lui-même victime d'escrocs
Mais la raison de son crime ne vient pas de nulle part. Avant de piquer dans la caisse, Thomas D.* a lui-même subi une escroquerie, selon l'acte d'accusation. Le Ministère public pour les affaires pénales économiques et le crime organisé de Thurgovie, qui a inculpé Thomas D., écrit: «Il avait perdu des fonds considérables dans le cadre d'une 'recovery scam' (arnaque à la récupération en français).»
Il s'agit d'une escroquerie dans laquelle une personne se fait passer pour un professionnel ou une entreprise capable de récupérer de l'argent perdu, souvent à la suite d'un vol ou d'un investissement raté. Les escrocs exploitent le stress des victimes, exigent généralement un paiement anticipé et, soit ne fournissent aucun service, soit installent à distance un logiciel malveillant pour commettre leur larcin.
Comme l'éleveur s'est retrouvé d'un jour à l'autre sans argent, il aurait, toujours selon l'acte d’accusation, commencé à détourner l'assurance des chevaux. Entre mars et décembre 2023, il aurait effectué 19 virements et retraits depuis le compte de la coopérative, totalisant 402'000 francs. Près de 395'000 francs de cette somme auraient ensuite été transférés par virement bancaire vers la Grande-Bretagne, précise le ministère public.
La justice fait preuve de clémence
Le Ministère public donne néanmoins une bonne note au prévenu. «Il a effectué les retraits d'argent dans un vague espoir de récupérer l'argent qu'il avait investi à titre privé et, dans la mesure du possible, de rembourser les fonds de l'assurance.»
Sa volonté criminelle n'est donc «pas particulièrement développée». L'accusé est un «éleveur aujourd'hui à la retraite et dont la réputation est jusqu'à présent irréprochable». Ce qui, selon le ministère public, atténue la peine «dans une très large mesure». «Grâce à la vente de sa propre maison, il a remboursé l'intégralité du dommage». De plus, Thomas D. s'est lui-même dénoncé à la police cantonale thurgovienne dès décembre 2023. Il aurait entièrement avoué son crime et rapidement coopéré.
«Salaud!»
Face à l'assurance et aux autorités pénales, Thomas D. affirme s'être «purgé». Sa position est moins claire vis‑à‑vis des médias. «Salaud!», s'exclame-t-il lorsqu'un journaliste de Blick le contacte pour l'interviewer. Thomas D. devra comparaître ce jeudi devant le tribunal de Weinfelden (TG) pour répondre de ses actes. Il est accusé de gestion déloyale répétée dans un but lucratif, de faux en écriture et de blanchiment d'argent. Il encourt jusqu’à un an de prison avec sursis, assorti d’un délai probatoire de deux ans.
Il devra également régler des frais de procédure d'environ 6000 francs. Etant donné qu'il a reconnu les faits, la procédure sera abrégée. Cela signifie que l'accusé admet les charges et que le tribunal peut rendre un jugement beaucoup plus rapidement, sans passer en revue l'ensemble des preuves.
*Nom connu de la rédaction