A première vue, tout semble aller pour le mieux dans cette famille de quatre personnes originaire d’Argovie: Antonio Scalzo travaille dans le bâtiment. Sa compagne, Delia Melillo, s'occupe de leurs deux filles, Clea, 2 ans, et Leyla, 3 ans. Ils ont un bel appartement, une voiture et ils semblent tous en bonne santé.
Mais voilà, le coût de la vie continue d'augmenter… encore et encore! Rien que les primes d’assurance-maladie devraient prochainement être marquées par une nouvelle hausse. Une flambée des prix qui met de nombreuses familles dans le pétrin. Antonio Scalzo et Delia Melillo regardent eux aussi l'avenir avec inquiétude. La mère de famille confie d'ailleurs à Blick: «Si nous devions toucher aux comptes bancaires des enfants, ce serait la pire des choses!»
Ils ne se sont pas mariés par manque d’argent
Face à Blick, le couple évoque sans tabou sa situation financière. «Avant, quand j’habitais encore chez mes parents», se souvient Antonio Scalzo en souriant, «je n’avais pas à me faire de gros soucis avec mon salaire, qui était alors plus modeste, d’environ 4000 francs.» Mais aujourd'hui, la donne a totalement changé, ceci malgré des revenus nettement plus confortables.
Cela fait sept ans qu'il est en couple avec Delia. «Si nous ne nous sommes pas mariés, c'est uniquement parce que cela nous coûterait trop cher», explique Scalzo, faisant allusion aux dépenses qu'engendrerait une fête de mariage. Lui, qui sera bientôt suisse, et elle, une socio-éducatrice diplômée d'origine italienne, ont emménagé il y a environ cinq ans dans leur 3 pièces et demie à Hunzenschwil (AG).
Les principaux postes de dépenses
La question des finances préoccupe énormément la famille. En l'état, les principales dépenses sont: le loyer (2070 francs plus 125 francs de charges, par mois), les primes d’assurance maladie (1450 francs/par mois), les impôts (666 francs par mois) et les dépenses courantes (2255 francs par mois) pour l’alimentation, la voiture, les assurances, le médecin, Serafe, le portable, etc.
Avec un salaire net d’environ 6800 francs, comme l’indique Antonio Scalzo, il ne reste à la famille que 234 francs à la fin du mois. «Les sorties au zoo, les repas chez McDonald’s, les nouveaux jouets pour les enfants ou les vêtements coûteux sont tout simplement inenvisageables», explique Delia Melillo. Et d’ajouter: «On fait généralement nos courses chez Lidl.»
La crèche? Hors de question
Le seul véritable «luxe» qu'ils ont pu s'accorder se résume à leurs vacances d'été à Rimini (Italie), l'an dernier et cette année. Une parenthèse rendue possible par une seule raison: «C'était uniquement parce que nous pouvions loger chez des proches», admet Delia Melillo.
La maman ne travaille pas, car d’un point de vue financier, cela n’a aucun sens pour le couple: «Si nous mettions nos enfants à la crèche, je devrais y consacrer tout mon salaire», explique Delia Melillo. «Je préfère m’occuper d’eux moi-même.»
De plus, ses impôts augmenteraient si elle reprenait le travail. Mais bien sûr, précise-t-elle, si la crèche était abordable, elle souhaiterait certainement retravailler.
Une Suisse plus favorable aux familles
Le couple tient à le préciser: il ne cherche pas à se plaindre. Cependant, «la hausse des coûts est très difficile à supporter pour les familles», explique Delia Melillo. «Nous ne sommes pas dans une situation catastrophique, mais ça pourrait aller mieux.» A cela s’ajoute le fait que le salaire reste à peu près le même. Son souhait: «Que la Suisse devienne plus favorable aux familles, pour un avenir meilleur.»
Elle cite notamment l’Allemagne, où les congés maternité et paternité sont bien plus longs qu’en Suisse. Et les familles bénéficient d’un soutien financier plus généreux grâce à diverses prestations, ou encore d’allègements fiscaux. Delia Melillo se pose la question: «Pourquoi l’Etat ne me verse-t-il pas un salaire pour élever mes deux enfants? C’est le métier le plus important qui soit!»
Ils ont également déjà envisagé de trouver un appartement moins cher. «Mais en trouver un, ce n’est pas facile non plus», explique Delia Melillo. Elle préfère ne pas parler du prix élevé de l’essence. «C’est une véritable arnaque!» Il en va de même pour les primes d’assurance maladie, ajoute cette maman de deux enfants. «Il y a tout simplement trop de gens en Suisse qui pillent notre système social et courent tout de suite chez le médecin à la moindre occasion. Evidemment, cela fait grimper tous les coûts.»
Le rêve inaccessible des vacances d'hiver à la montagne
Le couple souffre également du fait que les soucis financiers créent souvent des tensions. «Nos enfants le remarquent – et j’en suis tellement désolée pour eux», dit Delia Melillo avec tristesse. Elle aurait aimé rester plus longtemps en Italie pendant les vacances. Mais ni elle ni son compagnon ne souhaitent s’y installer. «Là-bas, la situation est encore pire. Les jeunes partent tous.»
A l’adresse des responsables politiques à Berne, le couple déclare: «Eux, ils vont bien. Ils ne se soucient pas de la situation de la classe moyenne.» Une chose est sûre: «L’argent dans ce monde est définitivement mal réparti.»
Les arbitrages du prochain budget mensuel s'annoncent déjà serrés. Une certitude demeure: la famille doit d'ores et déjà renoncer à de nombreux projets, à commencer par des vacances d'hiver à la montagne. Delia Melillo et Antonio Scalzo l'avouent sans détour: «Vous savez, nous aurions adoré partir à la montagne avec nos filles cet hiver. Mais nous n'en avons tout simplement pas les moyens.»