Certains faits ne se laissent pas enjoliver. Les chiffres de ce que l'on appelle la prévalence du tabagisme – c'est-à-dire la proportion de personnes qui, dans notre pays, consomment régulièrement des cigarettes ou d'autres produits à base de nicotine – en font partie. «Au cours des dix dernières années, on observe un léger recul. Et ce, contrairement à la plupart des pays européens, où la prévalence a nettement baissé durant la même période».
Cette constatation ne provient pas d'un texte critique sur le comportement addictif de la population suisse, mais de la stratégie 2025-2028 du Fonds de prévention du tabagisme (FPT). Il y a un an et demi déjà, le «Beobachter» avait attiré l'attention sur le fait que le nombre de personnes dépendantes de la nicotine ne diminuait pas.
Mécontentement chez les spécialistes
Le mécontentement est d'autant plus grand parmi les spécialistes des addictions et de la prévention. Ils déplorent que le fonds soit inefficace, que l'attribution des moyens soit arbitraire et que les projets soutenus aient peu, voire pas d'effet.
Cet article est tiré du «Beobachter». Le magazine sans œillères qui vous aide à économiser du temps, de l'argent et des nerfs.
Cet article est tiré du «Beobachter». Le magazine sans œillères qui vous aide à économiser du temps, de l'argent et des nerfs.
Personne ne souhaite toutefois s'exprimer publiquement à ce sujet auprès du Beobachter. La raison est simple: quiconque travaille en Suisse dans le domaine de la prévention du tabagisme ou de la nicotine a de fortes chances de recevoir tôt ou tard un financement du fonds.
La directrice évoque une industrie du tabac puissante
Le fonds est alimenté par une taxe de 2,6 centimes par paquet de cigarettes vendu. Grâce à cette contribution, le FPT – administrativement rattaché à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) – récolte chaque année près de 12 millions de francs, qu'il redistribue à des projets et des organisations.
La Suisse est un pays difficile pour la prévention du tabagisme, explique la directrice du fonds, Annina Sailer, pour répondre aux critiques. «L'industrie du tabac est très puissante dans ce pays et exerce une forte influence politique». Selon elle, les moyens financiers à disposition du fonds diminuent également. La taxe de prévention n'est en effet prélevée que sur les produits du tabac classiques, dont les ventes sont en recul.
Parallèlement, la consommation d'autres produits à base de nicotine, souvent moins chers et plus faciles d'accès – comme les vapes ou les sachets de nicotine – augmente fortement, notamment chez les jeunes. Conséquence, selon Annina Sailer: «La dépendance à la nicotine demeure, alors que les moyens pour la prévenir diminuent».
Des projets avec peu d'effet
Pour les critiques, le problème se situe toutefois plutôt au sein du fonds lui-même. Au cours des vingt dernières années, celui-ci a investi des montants importants dans des projets et programmes qui ont eu peu, voire aucun impact à grande échelle – ou qui ont échoué.
Les exemples ne manquent pas:
- Il y a quelques mois, le journal «24 heures» a calculé que la plateforme stopsmoking.ch destinée à aider à arrêter de fumer avait coûté environ 4 millions de francs depuis 2021. En 2024, à peine 3600 consultations ont été réalisées via le site.
- Le projet «Splash Pub v2», un «serious game» développé par l'Université de Lausanne, a été soutenu par le FPT à hauteur de 93'916 francs. Résultat: le jeu ne fonctionne que sur quinze tablettes achetées à cet effet et utilisées dans des écoles de Suisse romande. Il n'existe pas de version en allemand.
- Un projet d'arrêt du tabagisme appelé «Stopgether», soutenu à hauteur de 643'000 francs, n'a atteint que 2300 fumeurs au lieu des 10'000 visés. Le projet suivant a été interrompu «en raison de nouveaux défis internes» au sein des organisations participantes.
- En 2023, l'Association suisse pour la prévention du tabagisme a célébré ses 50 ans d'existence. Le FPT a contribué à hauteur de 51'903 francs à la réalisation d'un livre illustré pour marquer cet anniversaire.
- Pour 910127 francs, le fonds a mandaté l'Université de Fribourg pour réaliser une «analyse d'impact de la prévention du tabagisme». Celle-ci n'a toutefois pas examiné explicitement les projets financés par le FPT. Conclusion de l'étude: la mesure de prévention la plus efficace reste l'augmentation du prix des cigarettes – une conclusion déjà établie depuis des années par de grandes études internationales.
- Un projet baptisé «Utopia» devait créer une plateforme «sur laquelle toutes les mesures et offres destinées aux enfants et aux jeunes, ainsi que leurs activités, seraient accessibles et interconnectées». Deux agences de communication ont reçu à cet effet un plafond de coûts de 600'000 francs en 2021. La plateforme n'a jamais été mise en ligne. Selon Annina Sailer, le projet s'est finalement révélé «irréalisable sur le plan technique et financier» et a été abandonné.
En revanche, les projets de prévention consacrés aux nouveaux produits à base de nicotine sont presque inexistants. Il n'existe que quelques initiatives concernant les vapes – pourtant très populaires auprès des jeunes – et aucune sur les sachets de nicotine à placer sous la lèvre supérieure. Pourtant, les ventes de ces produits explosent. Entre 2022 et novembre 2025, leurs importations ont augmenté d'environ 1100%.
«Le fonds ne peut pas changer les lois»
«Au-delà de projets efficaces, il faut surtout une prévention structurelle, et le FPT n'en parle pas», critique un spécialiste qui souhaite rester anonyme. Par prévention structurelle, il entend notamment des lois plus strictes, des taxes plus élevées et une hausse des prix. Par exemple l'introduction de paquets de cigarettes neutres – une idée qui n'a toutefois jamais eu de chance au Parlement.
Ou encore une taxation plus élevée du snus et des sachets de nicotine, qui restent aujourd'hui peu taxés. La directrice Annina Sailer reconnaît que de telles mesures sont efficaces. «Mais le Fonds de prévention du tabagisme ne peut pas changer les lois», explique-t-elle.
Interrogée sur les projets financés par le fonds qu'elle considère comme particulièrement efficaces, elle reste vague: «La prévention fonctionne lorsque différentes mesures se complètent et se renforcent. Nous avons surtout besoin d'une meilleure collaboration entre les différents acteurs de la prévention, et c'est précisément pour cela que le fonds s'engage».
Auto-congratulations sur LinkedIn
Les critiques n'ont pas empêché les responsables du Fonds de prévention du tabagisme de se féliciter publiquement en ce début d'année. «Cette année encore, nous avons réalisé des progrès importants dans la prévention du tabagisme», a écrit le fonds dans ses vœux du Nouvel An publiés sur LinkedIn.
«De plus en plus d'initiatives s'engagent pour des aires de jeux, des terrasses et des installations sportives sans tabac et sans nicotine. [...] Mais de nombreux autres projets et un travail de relations publiques ciblé ont également contribué de manière décisive à faire avancer le sujet». La publication a récolté 27 «likes». Presque tous provenaient de personnes ayant reçu de l'argent du fonds ces dernières années – ou qui y travaillent.