Crise des laits pour bébés
Le nouveau patron de Nestlé sous forte pression pour les résultats annuels

Le nouveau patron de Nestlé sera sous pression jeudi pour présenter les résultats annuels. Le rappel massif de laits infantiles dans plus de 60 pays risque bien d’éclipser cette annonce.
Arrivé en septembre, Philipp Navratil a fait face au rappel massif de laits infantiles, qui menace les résultats de Nestlé.
Photo: GAETAN BALLY
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AFP Agence France-Presse

Le nouveau patron de Nestlé sera sous forte pression jeudi pour la présentation des résultats annuels du groupe, durant laquelle il prévoit également de faire un point sur la stratégie, en plein marasme autour du rappel massif de laits infantiles.

Arrivé aux commandes début septembre après le retentissant licenciement de son prédécesseur, Philipp Navratil, ancien patron de Nespresso, a rapidement été confronté à une crise dans les laits pour bébés, qui a débuté en décembre avec un premier rappel de lots dans 16 pays en Europe, puis s'est transformé en janvier en rappel à grande échelle touchant plus de soixante pays. Ce rappel, qui a poussé Philipp Navratil à présenter ses excuses dans une vidéo mise en ligne par Nestlé mi-janvier, va probablement éclipser au moins partiellement les résultats annuels.

«Nous n'anticipons pas de problèmes dans les chiffres de 2025», prévient Filippo Ercole Piva, analyste de Baader Europe, dans une note de prévisions, qui s'attend en revanche à «des défis» dans la nutrition infantile pour 2026. Les détails sur «l'orientation stratégique future» du groupe seront également très «attendus», estime-t-il.

Des scandales en cascade

Dans une note publiée début février, l'analyste soulignait que Nestlé traversait «un des épisodes les plus turbulents de son histoire» entre ce rappel de laits infantiles, le scandale autour des eaux en bouteille et «l'instabilité» à la tête du groupe, qui «n'aide pas» non plus». En août 2024, Mark Schneider, son directeur général à l'époque, avait été subitement évincé, son successeur, Laurent Freixe, étant lui-même congédié au bout d'un an seulement à la suite d'une relation amoureuse non déclarée avec une subordonnée directe.

Son président, Paul Bulcke, avait ensuite démissionné et été remplacé en octobre par Pablo Isla, son vice-président et ancien dirigeant du géant espagnol de la mode Inditex (Zara). «Les attentes à l'égard du nouveau tandem sont élevées», souligne Jean-Philippe Bertschy, analyste de Vontobel, dans une note de marché, qui souligne qu'il y «peu de place pour l'erreur».

Poursuivre les efforts

La nouvelle équipe dirigeante a pourtant «une équation difficile à résoudre» compte tenu de la faiblesse du climat de consommation, ajoute Jean-Philippe Bertschy. Philipp Navratil s'est vu confier la mission de poursuivre les efforts amorcés par son prédécesseur pour redresser les ventes, en repli depuis la vague d'inflation qui a poussé les consommateurs à réduire leurs dépenses au profit notamment des marques de distributeurs.

Il avait commencé par annoncer en octobre la suppression de 16'000 postes au niveau mondial et doit profiter de ces résultats annuels pour faire le point sur ses projets stratégiques. Selon Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux, l'attention se portera sur les projets pour «accélérer sa croissance» au niveau des points forts, comme le café, mais aussi pour les activités «moins attrayantes, comme les produits surgelés en Amérique du Nord et les activités d'eaux».

D'après lui, les investisseurs se focaliseront aussi sur la nutrition infantile, qui va peser sur Nestlé en 2026, «ce qui signifie probablement que la croissance du groupe sera plus lente qu'en 2025», a-t-il indiqué à l'AFP. En décembre, Nestlé avait détecté de faibles quantités de céréulide, une toxine susceptible de provoquer des vomissements et diarrhées, dans une usine aux Pays-Bas, puis avait identifié que la source de contamination était une huile venant d'un fournisseur. Le groupe avait alors élargi le rappel. D'autres fabricants ont ensuite été touchés, dont Danone et Lactalis.

Nestlé ne divulgue pas le détail de ses ventes dans les laits infantiles. Ils sont rattachés à son pôle nutrition et santé, qui a, lui, dégagé un chiffre d'affaires de 15,1 milliards de francs suisses (16,5 milliards d'euros au taux actuel) en 2024. Selon Euromonitor International, Nestlé est le numéro un des laits infantiles, avec une part de marché de 15,9% au niveau mondial, devant le français Danone (15,4%) et l'américain Abbott Laboratories (9,1%). Toutes activités confondues, le chiffre d'affaires annuels de Nestlé s'était monté à 91,4 milliards de francs suisses en 2024. 

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