«C'est honteux et du pur populisme!»
L'UDC lance une attaque polémique contre les mariages entre cousins chez les étrangers

L'UDC s'attaque aux mariages entre proches parents parmi les étrangers et évoque des risques pour les enfants. La gauche s'insurge et parle d'une stigmatisation envers certaines communautés.
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Aucun problème sur le plan juridique: le mariage entre cousins est autorisé en Suisse.
Photo: keystone-sda.ch
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Sven Altermatt

Un homme épouse sa cousine et ils ont un enfant. En Suisse, la loi ne l’interdit pas. Pourtant, pour beaucoup, cela reste un tabou. Le sujet s’invite désormais à Berne, dans un contexte lié à la migration. L’Union démocratique du centre (UDC) s’en prend aux mariages entre proches parents parmi les étrangers et met en garde contre les conséquences sanitaires pour leurs enfants.

Dans une lettre adressée à la ministre de la Santé Elisabeth Baume-Schneider (PS), le parti affirme que les unions entre parents proches, notamment entre cousins germains, augmentent le risque de maladies génétiques. L’Union démocratique du centre cite le Pakistan, l’Egypte et le Maroc, où «les mariages entre cousins sont très fréquents». En Suisse aussi, ces unions sont autorisées, rappelle-t-elle, mais «elles sont nettement plus souvent conclues par des personnes étrangères».

Un détour sur le dossier de l'autisme

Le parti insiste sur la «composante génétique» et demande à la Confédération d’intensifier l’information. «Au vu des risques considérables pour la santé des descendants, un travail de sensibilisation s’impose.» La prise de position, passée jusqu’ici inaperçue, est signée par le président du parti Marcel Dettling et le secrétaire général Henrique Schneider.

Ce passage interpelle. Car la consultation en question porte en réalité sur le traitement d’enfants d’âge préscolaire atteints de troubles sévères du spectre autistique. Ces prises en charge sont financées par l’assurance-invalidité. Au Parlement, le projet pour 2025 a suscité peu d’opposition. Les modalités ont ensuite été précisées par le Conseil fédéral dans une ordonnance.

L’UDC critique vivement les mesures proposées dans le cadre de la consultation, actuellement en cours d’évaluation à Berne. Elle dénonce une «intervention précoce dans la sphère familiale et donc privée», met en doute l’efficacité du dispositif et redoute une hausse des coûts pour l’assurance-invalidité.

Prise de position «définitive»

C’est dans ce contexte que le parti évoque soudainement la dimension génétique. Celle-ci ne doit pas être «minimisée», écrit l'UDC. Outre le risque accru lié aux mariages entre parents proches, le parti estime qu’il faut tenir compte d’un possible lien avec l’autisme. Les enfants issus d’unions entre cousins seraient «environ deux fois plus souvent» concernés par des troubles du spectre autistique que ceux dont les parents ne sont pas apparentés, selon une étude publiée aux Etats-Unis.

Pourquoi soulever cette question maintenant? Et existe-t-il des données montrant une fréquence accrue en Suisse? Le parti ne répond pas. Au siège de l’UDC, on indique simplement que la prise de position transmise dans le cadre de la consultation est définitive.

Quelle est la fréquence des mariages?

D’un point de vue médical, le risque accru de certaines maladies génétiques chez les enfants de cousins est une certitude. Les deux parents ont davantage de probabilité de porter le même gène récessif. Si l’enfant hérite de cette mutation des deux côtés, la maladie peut se déclarer.

Reste la question de la fréquence. Une étude publiée en 2009 dans la revue spécialisée «Reproductive Health» estime qu’environ un tiers des mariages dans le monde arabe concernent des cousins germains. Le ministère autrichien de la Famille a pour sa part avancé que, dans certains pays musulmans, jusqu’à six mariages sur dix seraient conclus entre cousins. En Autriche, le débat a pris de l’ampleur en 2025 et ces unions ont depuis été interdites.

Selon les spécialistes, la religion n’est pas le facteur déterminant. Il s’agit avant tout de traditions culturelles visant à préserver un groupe familial ou social. En Occident, la proportion de mariages entre cousins est estimée à moins de 1%. Les données fiables manquent toutefois. En Suisse, on ignore combien de mariages de ce type sont célébrés et si certains groupes de population sont plus concernés que d’autres.

«C'est du pur populisme!»

La conseillère aux Etats socialiste Franziska Roth redoute une stigmatisation de certains groupes de migrants. Pour elle, il est inadmissible que l’UDC associe la prise en charge précoce des troubles du spectre autistique aux mariages entre cousins originaires du monde arabe. «C’est trumpiste et non scientifique», déclare la pédagogue curative.

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C’est honteux et du pur populisme d’associer la génétique à des nationalités ou à des religions
Franziska Roth, conseillère aux Etats socialiste
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Elle précise qu’il est légitime d’informer la population sur les risques génétiques liés aux unions entre parents proches. Mais, selon elle, le parti instrumentalise des enfants étrangers atteints d’autisme pour attaquer les personnes issues de la migration. «C’est honteux et du pur populisme d’associer la génétique à des nationalités ou à des religions.» A ses yeux, les résultats scientifiques sont sortis de leur contexte et utilisés de manière trompeuse.

Franziska Roth rappelle que les troubles du spectre autistique ont des causes multiples. Le projet de la Confédération poursuit un objectif clair. «Assurer un dépistage et une thérapie aussi précoces que possible chez les jeunes enfants.» Dans les cas sévères, un tel soutien est déterminant. Elle estime que l’UDC combat le projet au détriment des enfants et de leurs familles. «Plus l’intervention est précoce, plus les chances de socialisation sont élevées.»

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