La guerre au Moyen-Orient frappe durement le tourisme suisse. Le trafic aérien est pour l'heure fortement perturbé, notamment via de grands hubs comme Dubaï, Abou Dhabi et Doha, qui servent de points de passage essentiels.
En plus des voyageurs du Moyen-Orient, de nombreux touristes asiatiques transitent par ces aéroports pour se rendre en Europe et en Suisse. Et les premiers hôtels du pays ressentent déjà clairement les conséquences depuis le début du conflit le 28 février.
«La situation est devenue très difficile»
Stojan Stevanovic fait partie des professionnels touchés. «Durant les cinq premiers jours, 120 groupes, soit plus de 4800 clients, ont annulé leur réservation dans mes deux hôtels», explique-t-il.
Au début de l'année, il se réjouissait encore d'un nombre de réservations en provenance d'Asie qu'il n'avait plus connu depuis dix ans. Maintenant, dans les semaines et les mois à venir, d'énormes trous se creusent dans son carnet de réservations. «La situation est devenue très difficile.»
Ses deux établissements situés dans le canton de Schwytz — le City Hotel Brunnen et le Seehotel Helvetia — totalisent environ 250 lits et accueillent principalement des groupes. «85% de ma clientèle est composée de groupes asiatiques», précise Stojan Stefvanovic.
L'été reste la période charnière
Blick a interrogé des hôteliers d'Interlaken, Grindelwald, Zermatt, Lucerne et Bâle sur l'impact de la guerre sur leur activité. A Lucerne, la situation est contrastée. Selon l'association hôtelière, la demande reste pour beaucoup d'établissements comparable à celle de l'an dernier. D'autres enregistrent toutefois un léger recul de la clientèle et des annulations de dernière minute.
Le nombre de visiteurs en provenance d'Asie et du Moyen-Orient atteint son pic durant les mois d'été, avec plusieurs centaines de milliers de personnes par mois. «Si les liaisons via les grands hubs restaient limitées, cela pourrait avoir des effets sensibles sur les réservations», prévient l'association des hôteliers de Lucerne.
La saison des voyages pour les clients de la région du Golfe débute actuellement, avec la fin du ramadan ce jeudi. «La baisse de fréquentation ne concernera pas seulement le Moyen-Orient. Des annulations sont aussi attendues depuis l'Asie et l'Australie, car de nombreuses liaisons aériennes passent par le Golfe», explique Brigitte Berger Kurzen, propriétaire de l'Hotel Royal St. Georges, à Interlaken. Certains Américains s'interrogent également sur l'intérêt de voyager à l'étranger pour leurs vacances.
Des enseignements tirés de la pandémie
Les messages de la profession résonnent comme des appels à la persévérance, mais un espoir subsiste: les enseignements tirés de la crise du Covid-19. A ce moment-là, de nombreux hôtels de Lucerne, Berne ou Zermatt avaient dû repenser leur stratégie. A Lucerne par exemple, ce sont aujourd'hui les touristes américains qui constituent la principale clientèle étrangère, supplantant les grands groupes asiatiques.
Les hôtels cinq étoiles Schweizerhof Luzern et Bürgenstock Resort en sont des exemples parfaits. Ces établissements ont dû s’adapter rapidement. «Grâce à une clientèle très diversifiée, comprenant une forte proportion de clients suisses et européens, nous sommes capables de faire face à certaines fluctuations», explique le Bürgenstock Resort sur demande.
L'hôtel cinq étoiles Les Trois Rois à Bâle a lui aussi dû se tourner vers de nouveaux marchés face à la baisse de la clientèle asiatique. L'établissement signale quelques annulations provenant de pays plus difficiles d'accès. La majorité de ses clients restent européens ou américains, mais les hôtels ressentiraient malgré tout un manque d'activité asiatique durant l'été.
Un espoir subsiste: certains clients asiatiques pourraient rejoindre l'Europe via d'autres itinéraires. Stojan Stevanovic collabore déjà avec un nouveau tour-opérateur pour ses deux hôtels dans le canton de Schwytz. «Les premières réservations sont déjà arrivées par ce canal», indique-t-il.