Face à la menace de délocalisation
Klaus Schwab propose d'offrir le siège du WEF à la Suisse

Malgré son retrait du Forum économique mondial, Klaus Schwab souhaite qu'il reste en Suisse. Pour cela, il propose d'offrir à la Confédération le siège du WEF pour éviter toute délocalisation.
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Klaus Schwab veut que le WEF reste en Suisse et propose d'offrir son siège à l’Etat pour le protéger.
Photo: KEYSTONE
Rolf Cavalli

Pour la première fois depuis plus de 55 ans, le Forum économique mondial (WEF) de Davos s'est tenu sans lui. Tandis que les dirigeants les plus influents du monde se réunissaient à Davos la semaine dernière, Klaus Schwab s'est retiré avec son épouse Hilde dans les montagnes d'Oman. Le plus loin possible. Mais son œuvre le passionne toujours autant. Klaus Schwab met tout en œuvre pour que le WEF reste fidèle à son idéal fondateur: un forum de dialogue à but non lucratif, basé en Suisse. 

Officiellement, il n'a plus voix au chapitre au sein du conseil d'administration de la fondation. Le président, en poste depuis de nombreuses années, a été destitué l'an dernier. Des opposants internes l'ont accusé de malversations ; toutefois, deux enquêtes indépendantes ont réfuté toutes les allégations.

Mais Klaus Schwab poursuit son combat, en coulisses. Il souhaite notamment que le Forum économique mondial reste en Suisse et propose que le site de son siège à Cologny, d'une valeur de 200 millions de francs, soit offert à la Confédération. Si l'Etat en devient propriétaire, le WEF ne pourrait alors pas être déplacé ou vendu à des investisseurs privés, une façon de l'empêcher de devenir un investissement spéculatif.

Ses détracteurs donneront-ils leur feu vert?

Klaus Schwab a invoqué deux raisons pour ce don. Premièrement, l'économiste allemand souhaite remercier la Suisse pour son soutien indéfectible depuis des décennies et lui rendre la pareille. Deuxièmement, ce transfert pourrait permettre à l'Etat d'ancrer plus durablement le WEF sur son sol.

Contacté, Klaus Schwab a refusé de s'exprimer davantage. Cependant, en novembre dernier, il avait déclaré au magazine «Interview» de Ringier vouloir «renforcer l'ancrage institutionnel du Forum économique mondial en Suisse», la Confédération suisse en étant copropriétaire.

La décision revient désormais au conseil d'administration de la fondation. Pour le forum lui-même, peu de choses changeraient: le droit d'utilisation garanti du site près de Genève serait maintenu. Mais les personnes avec lesquelles Klaus Schwab s'est brouillé soutiendront-elles son projet?

«Le Forum économique mondial n'a aucunement l'intention d'abandonner le bâtiment de Cologny, où se trouve son siège», déclare le service de presse. L'idée de Klaus Schwab ne semble toutefois pas être écartée. Selon nos informations, le WEF mène actuellement des investigations à ce sujet. Il a notamment contacté l'Autorité fédérale de surveillance des fondations.

Le choix du futur président du WEF sera déterminant

Mais l'enjeu dépasse largement le simple cadre d'un terrain. Il s'agit de se demander si le WEF souhaite réellement rester en Suisse ou s'installer dans une métropole internationale. Ces questions sont actuellement débattues. Certains observateurs y voient un lien avec la future direction du Forum.

Christine Lagarde, présidente de la BCE, parait favorable au maintien du WEF en Suisse. En revanche, une nomination définitive de Larry Fink, patron de BlackRock et président intérimaire du forum, alimente les craintes d'un possible retrait.

Sous la Coupole, on reste aux aguets. «Le Forum économique mondial est extrêmement important pour la Suisse», a déclaré Ignazio Cassis à Blick en marge du WEF la semaine dernière. Le Conseil fédéral semble donc fermement résolu à tout mettre en œuvre pour que le forum reste dans le pays. Ce don de terrain pourrait constituer un tournant pour l'avenir du WEF.

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