Ce qui paraissait impensable à l'époque de Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial, devient désormais plausible: Davos – et la Suisse – pourraient perdre le WEF. L'édition 2026 a mis en évidence les limites de l'infrastructure locale: trop de participants, multiplication des véhicules et prolifération d’événements parallèles. Résultat, la petite ville est saturée d'embouteillages et envahie par les gaz d'échappement.
Certains dirigeants internationaux envisagent déjà une délocalisation du Forum économique mondial (WEF) et entendent profiter de cette occasion. A Davos, les rumeurs enflent et pourraient se transformer en une controverse majeure pour la Suisse.
Bien que le WEF minimise la menace, sa déclaration officielle affirme: «Davos et la Suisse représentent le cadre idéal pour le WEF.» L'organisation souligne par ailleurs que la coopération avec la Confédération, le canton et la commune s’est révélée extrêmement fructueuse au cours des cinquante dernières années.
Une mise au défi
Mais Larry Fink, coprésident du Forum économique mondial, a lui-même suggéré plusieurs autres villes hôtes potentielles dans le «Financial Times»: Detroit, Dublin, Jakarta ou Buenos Aires. Américain réputé pour sa fermeté, Larry Fink dirige BlackRock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde. A l’échelle internationale, sa parole pèse lourd.
Par conséquent, la délégation suisse au sein du Forum économique mondial est désormais appelée à agir, notamment l'autre coprésident du Forum, le Suisse André Hoffmann. Bien que cela ne soit pas dans ses habitudes, le milliardaire philanthrope et défenseur de l'environnement doit maintenant tenir bon et se battre pour que Davos conserve son statut de ville hôte. Il s'agit aussi de protéger la nature: la réglementation environnementale est probablement bien moins stricte dans des villes comme Jakarta ou Detroit que dans les montagnes de Davos.
Une lueur d’espoir subsiste toutefois: Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), apparaît comme la candidate la plus crédible à la tête du Forum économique mondial. Son seul «défaut»? Etre la favorite de Klaus Schwab, le fondateur déchu de l'institution. Figure influente de la finance internationale et réputée pour son estime envers la Suisse, la politicienne française pourrait, si elle était élue, consolider durablement l’ancrage du Forum à Davos.
Le Conseil fédéral veut se battre
Mais nous n'en sommes pas encore là. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a reconnu le danger. «L'organisation traverse une période de bouleversements, ce qui inquiète également le Conseil fédéral», a déclaré ce dernier malgré les assurances données par le WEF. «Le Forum économique mondial est extrêmement important pour la Suisse. Le Conseil fédéral est très clair à ce sujet: il fera tout son possible pour qu'il reste en Suisse.»
D'autres responsables politiques suisses en sont également conscients, appréciant à la fois les opportunités de réseautage offertes par le forum et la richesse des contenus présentés lors des sessions au centre des congrès. «Un véritable cadeau de formation continue», a décrit l'un d'eux à propos de la semaine du Forum économique mondial lors d'une conversation confidentielle.
La Suisse doit réagir
Davos assume la lourde charge logistique du Forum économique mondial, tout en bénéficiant de retombées financières substantielles. Pourtant, l'hypothèse d’un départ du WEF semble ne pas avoir pleinement mobilisé les autorités locales.
La commune doit donc réagir – en priorité sur la question cruciale de la circulation. Interrogé par Blick, le maire de Davos Philipp Wilhelm s'est montré prudent: «Nous travaillons effectivement sur différentes propositions. Toutefois, aucun plan n'a encore été approuvé. Je ne peux donc pas donner davantage de détails pour l'instant.»
Blick a appris qu'il est prévu d'interdire la plupart des voitures à Davos pendant la semaine du Forum économique mondial. Les personnes dont la présence n'est pas absolument indispensable – résidents, fournisseurs ou invités de marque – devront garer leur véhicule aux points de contrôle de sécurité situés plus bas dans la vallée du Prättigau. L'accès à la ville se fera uniquement par transports en commun ou navettes électriques. Cette mesure doit être communiquée en amont.
Une chose est claire: si la Suisse veut conserver le Forum économique mondial comme fleuron de son économie, elle doit se battre pour cela.