Alertes à droite comme à gauche
Face à la crise du lait suisse, faut-il interdire les importations?

Le début d'année vire au cauchemar pour les producteurs de lait suisse. Des appels à l'arrêt des importations se succèdent alors à gauche comme à droite.
1/6
L'industrie laitière a connu des mois de production record, en raison d'une météo favorable l'année dernière.
Photo: Keystone
RMS_Portrait_AUTOR_817.JPG
Joschka Schaffner

Que faire lorsqu'on produit trop de lait? Les laiteries suisses sont littéralement submergées en ce début d'année. Et pour cause. Le vaches ont permis aux producteurs locaux d'atteindre un rendement record sans précédent.

Le beau temps de l'année 2025 a permis d'obtenir un bon fourrage. Il s'agit donc d'un effet unique et non d'un problème structurel, selon l'interprofession. Il n'empêche: ce n'est pas la première fois que le lait suisse souffre de surproduction. Loin s'en faut.

La politique s'en mêle

Comme souvent, le problème a été thématisé sous la coupole. En janvier, le président de l'Union démocratique du centre (UDC) et conseiller national Marcel Dettling ainsi que ses collègues parlementaires Martin Haab et Sylvain Freymond ont adressé une lettre ouverte au ministre de l'Agriculture Guy Parmelin pour demander un arrêt des importations.

«
On ne peut pas dire à sa meilleure vache de prendre une semaine de vacances
Guy Parmelin, président de la Confédération
»

Guy Parmelin s'est montré peu loquace et a attendu ces derniers jours pour répondre – implicitement du moins. La situation est très compliquée, a déclaré le ministre vaudois lors d'une conférence de presse sur la politique agricole à partir de 2030: «On ne peut pas dire à sa meilleure vache de prendre une semaine de vacances et d'arrêter de produire du lait.» Mais au lieu de réglementer, la Confédération veut continuer à libéraliser. Tel est le souhait de la branche, martèle Guy Parlemin.

L'industrie du chocolat importe toujours plus

Comme si cela ne suffisait pas, l'importation de poudre de lait entier a massivement augmenté en cette période de grosse. A tel point que le commerce de transformation pour l'industrie du chocolat a le vent en poupe.

Or, selon la «NZZ», aucune entreprise ne veut révéler quand elle met du lait étranger dans ses sucreries. Marcel Dettling, ses collègues de parti et la branche ne sont pas les seuls à s'indigner. La conseillère nationale des Vert-e-s Meret Schneider a elle aussi décidé de s'adresser au Conseil fédéral par le biais d'une intervention.

Un problème devenu incontrolable

Pour les agriculteurs, le piège du libre marché n'a rien d'une nouveauté. Depuis le début du 20e siècle déjà, les producteurs laitiers font régulièrement face à ce problème. A l'époque, deux guerres mondiales et l'avènement soudain du libre échange avaient déjà poussé le prix du lait à la baisse. 

Mais lorsque la branche allait mal (c'est-à-dire la plupart du temps), la Confédération intervenait: droits de douane à l'importation, promotion des ventes, réglementation du prix de base. Parfois, les consommateurs suisses étaient même priés de payer centime de crise.

La surproduction de lait est cependant devenue incontrôlable. Les progrès technologiques constants et l'efficacité des productions laitières qui en résultait ont conduit à l'instauration de quotas. A partir de 1977, c'est donc la Confédération – et non la branche – qui a déterminé la quantité de lait suisse pouvant être écoulée. 

La régulation étatique a certes empêché les excédents de lait, mais le protectionnisme suisse a été mis sous pression au niveau international. A partir de 2005, le Conseil fédéral s'est progressivement détourné de cette approche. Avec un mot d'ordre: l'autorégulation du marché. L'Interprofession du lait (IP Lait), créée à l'époque, définit désormais les prix indicatifs, ce qui a conduit à un retour progressif des excédents de lait.

Le libre-échange du fromage devient fatal

Parallèlement, le Conseil fédéral a rendu possible la libre circulation des fromages suisses dans l'UE à partir du 1er juin 2007. En contrepartie, les produits européens ont été autorisés à franchir nos frontières sans payer le moindre droit de douane. Avec cet accord, la branche espérait faire de grandes affaires avec des variétés plus nobles. 

Certes, les exportations de gruyère, de sbrinz et autres n'ont cessé d'augmenter depuis. Mais dans le secteur bon marché, les produits laitiers ont suivi le chemin inverse.

Résultat: les importations ont augmenté nettement plus vite que les exportations. En 2023, on a pour la première fois acheté plus de fromage qu'on en a expédié à l'étranger. «La libéralisation du marché laitier a été fortement préjudiciable aux producteurs laitiers suisses», estime même Marcel Dettling dans une interview à la «NZZ».

L'Etat doit-il donc à nouveau intervenir? Non, selon Marcel Dettling. Il faut certes «boucher les trous par de la protection douanière», mais la gestion des quantités de lait doit rester entre les mains des producteurs. Un libéralisme sélectif, donc, qui n'est pas une première dans l'agriculture suisse.

Articles les plus lus