Le coût de la vie s'envole en Suisse
Au bord du Léman, seuls les riches tiennent le choc des prix

Comment évoluent loyers, impôts et primes dans chaque commune en Suisse? Des Grisons au bord du Léman, les écarts de coût sont considérables. Notre grande analyse comparative.
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Sans surprise, vivre au bout du Léman est hors de prix.
Photo: Shutterstock
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Raphael Brunner et Gian Signorell
Beobachter

Dix villages et hameaux, près de 500 habitants, disséminés dans toute la vallée de Disentis jusqu’au col du Lukmanier: nulle part en Suisse la vie n’est aussi bon marché qu’à Medel (Lucmagn), petite commune de la haute Surselva, dans le canton des Grisons. Une famille de classe moyenne y consacre un peu plus de 3000 francs par mois pour le loyer, les impôts et les primes d’assurance maladie, selon une enquête du Beobachter. A titre de comparaison, dans la commune vaudoise de Commugny, au bord du lac Léman, la même famille débourserait environ 7000 francs. 

«Cela ne me surprend pas, indique Xavier Wohlschlag, président de la commune de Commugny. Le logement est cher chez nous parce que notre région est attractive et proche de Genève. De nombreux expatriés vivent ici, leurs employeurs – souvent des organisations internationales à Genève – prennent en charge des loyers parfois excessifs.» A cela s’ajoutent la charge fiscale élevée et les primes d’assurance maladie importantes dans le canton de Vaud.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Un combo qui fait la différence

Où la Suisse est-elle bon marché? Et où la vie est-elle chère? Pour calculer le coût de la vie, nous avons comparé le loyer moyen, la charge fiscale et la prime d’assurance maladie médiane dans chaque commune. Une première fois pour une famille avec deux enfants, vivant dans un appartement de 4,5 pièces et disposant de 150'000 francs bruts par an. Puis pour une personne seule avec un revenu brut de 100'000 francs, occupant un 2,5 pièces. Les résultats sont frappants. Et les écarts selon les régions et les communes sont considérables.

Ce n’est pas seulement à Medel qu’il est le plus avantageux de vivre, mais plus largement dans les vallées grisonnes reculées – ainsi que dans la région urbaine du lac de Zoug. Les raisons diffèrent toutefois.

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Dans l’Oberland grison ou dans le Val Poschiavo, c’est une combinaison de raisons qui fait la différence: des loyers avantageux de moins de 1300 francs en moyenne pour quatre pièces, des impôts modérés d’environ 1000 francs par mois pour une famille et des primes d’assurance maladie inférieures à la moyenne suisse.

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Dans les communes zougoises de Steinhausen ou Risch, en revanche, les loyers sont environ deux fois plus élevés, mais les impôts et les primes d’assurance maladie sont si bas qu’ils compensent les coûts élevés du logement. Ainsi, la famille type à Steinhausen ne paie que 178 francs d’impôts par mois et moins de 900 francs pour la caisse maladie. Pour ces raisons, il est même plus avantageux de vivre dans la ville de Zoug qu’à Bienne par exemple, bien que les loyers y soient deux fois moins élevés. En effet, dans le Seeland bernois, les impôts et les primes sont nettement plus élevés.

Notre méthodologie de calcul

Nous avons calculé les coûts de location à partir des données fournies par la société Fahrländer Partner Raumentwicklung. Celle-ci a évalué pour chaque commune le loyer d'un appartement de 4,5 pièces (pour une famille) et d'un appartement de 2,5 pièces (pour une personne seule). Les chiffres indiquent les loyers nets du marché et se basent sur les contrats de location effectifs conclus entre l'été 2024 et l'automne 2025. Il convient donc de les distinguer des loyers proposés et des loyers existants.

Pour la charge fiscale, nous avons pris en compte une famille avec un revenu annuel brut de 150'000 francs et une répartition des revenus de 70/30 entre les parents. Pour la personne seule, le revenu annuel brut est de 100'000 francs. Dans les deux cas, sans impôt ecclésiastique et sans fortune, pour l'année 2025. Le calcul a été effectué à l'aide du calculateur d'impôts de l'Administration fédérale des contributions.

Pour les primes d'assurance maladie, nous avons calculé la prime médiane pour chaque région à partir de toutes les offres de toutes les caisses. Pour les adultes avec une franchise de 300 francs et sans assurance accident. Pour les enfants avec une franchise de 0 franc et avec assurance accident.

Nous avons calculé les coûts de location à partir des données fournies par la société Fahrländer Partner Raumentwicklung. Celle-ci a évalué pour chaque commune le loyer d'un appartement de 4,5 pièces (pour une famille) et d'un appartement de 2,5 pièces (pour une personne seule). Les chiffres indiquent les loyers nets du marché et se basent sur les contrats de location effectifs conclus entre l'été 2024 et l'automne 2025. Il convient donc de les distinguer des loyers proposés et des loyers existants.

Pour la charge fiscale, nous avons pris en compte une famille avec un revenu annuel brut de 150'000 francs et une répartition des revenus de 70/30 entre les parents. Pour la personne seule, le revenu annuel brut est de 100'000 francs. Dans les deux cas, sans impôt ecclésiastique et sans fortune, pour l'année 2025. Le calcul a été effectué à l'aide du calculateur d'impôts de l'Administration fédérale des contributions.

Pour les primes d'assurance maladie, nous avons calculé la prime médiane pour chaque région à partir de toutes les offres de toutes les caisses. Pour les adultes avec une franchise de 300 francs et sans assurance accident. Pour les enfants avec une franchise de 0 franc et avec assurance accident.

Le bord du Léman nettement plus cher que Zurich

L’arrière-pays grison et Zoug sont également les plus attractifs financièrement pour les personnes seules, bien que la charge fiscale y soit plus importante pour elles et que les primes d’assurance maladie pèsent moins lourd. C’est la raison pour laquelle certaines communes tessinoises comme Giornico et Dalpe, dans la Léventine, figurent parmi les dix premières pour les célibataires. Grâce à des loyers très bas, moins de 800 francs pour 2,5 pièces, et malgré des primes d’assurance maladie proches de 600 francs par mois, les sixièmes plus élevées de Suisse.

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A l’autre bout de l’échelle figurent les communes du bord du Léman, et ce, aussi bien pour les familles que pour les personnes vivant seules. Ici, impôts élevés, primes d’assurance maladie élevées et surtout loyers de loin les plus chers de Suisse forment un cocktail que seuls les ménages aisés peuvent encore assumer. Autour de Genève, un appartement de 4,5 pièces coûte en moyenne plus de 4000 francs par mois, et un 2,5 pièces avoisine les 3000 francs.

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Pour la classe moyenne, le loyer pèse lourd

Qu’il s’agisse des loyers, des impôts ou des primes d’assurance maladie, les différences sont étonnamment marquées dans ces trois domaines à l’échelle nationale. Une famille dans le canton de Neuchâtel paie presque dix fois plus d’impôts que dans le canton de Zoug. Et dans la ville de Berne, 7000 francs de plus par an qu’à Lugano.

Plus une personne gagne, plus l’écart se creuse. Pour une personne seule avec un revenu de 500'000 francs, un peu plus de 80'000 francs vont au fisc à Freienbach, dans le canton de Schwytz, et près de 180'000 francs à Trey, dans le canton de Vaud.

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Mais pour la classe moyenne et les personnes à faible revenu, notamment les familles, c’est souvent le loyer qui pèse le plus lourd dans la facture globale. Il arrive aussi qu’un facteur compense l’autre.

Au bailleur ou à l'Etat

«Les coûts du logement et le taux d’imposition s’influencent mutuellement», explique Sebastian Schultze, de l’institut de recherche économique BAK Economics à Bâle. Les personnes fortunées s’installent dans des lieux recherchés. Les prix augmentent, tout comme les recettes fiscales. Grâce à ces recettes élevées, la commune peut abaisser son taux d’imposition. «Cela attire encore davantage de personnes fortunées, ce qui fait encore grimper les prix du logement.»

Les communes schwytzoises de Freienbach et Wollerau, sur les rives supérieures du lac de Zurich, en sont un exemple parlant. A l’inverse, les coûts du logement restent bas dans le canton du Jura ou à Neuchâtel, car peu de personnes aisées s’y installent, notamment pour des raisons fiscales. Ainsi, d'un côté, l’argent va au bailleur, de l'autre, il revient à l’Etat.

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Le canton est décisif en matière d'impôts

Les régions où impôts et loyers sont bas se situent souvent à l’écart, dans des cantons à fiscalité modérée comme les Grisons, le Tessin, Lucerne ou le Valais. La combinaison d’une forte pression locative et fiscale se retrouve surtout dans les régions urbaines de l’arc lémanique, et, dans une moindre mesure, dans des villes de Suisse alémanique comme Zurich, Lucerne, Bâle ou Berne.

Le montant de la facture fiscale pour la classe moyenne dépend davantage du canton que de la commune. C’est lui qui fixe la progression et les déductions possibles pour une famille. Les communes déterminent uniquement le coefficient communal. Malgré cela, il peut être intéressant de déménager à l’intérieur d’un même canton, vers une région où les loyers sont plus abordables, car les écarts se creusent surtout au niveau des coûts du logement.

Ainsi, une personne qui déménage dans le canton de Zurich, de la commune à faible imposition de Küsnacht sur la Goldküste vers l'«enfer fiscal» de Fischenthal dans l’Oberland zurichois, économise davantage grâce à un loyer plus bas qu’elle ne perd en impôts. A l'inverse, si une famille quitte Entlebuch, dans le canton de Lucerne, pour l'Emmental, le loyer évolue peu, mais la charge fiscale augmente fortement.

Des primes d'assurance maladie sous-estimées

«Le niveau d’imposition dans un canton dépend de nombreux facteurs», explique Sebastian Schultze, de BAK Economics. Par exemple du niveau des revenus et de la vigueur économique. Le nombre de personnes âgées et de jeunes, la taille du canton ou sa situation géographique jouent également un rôle. La politique intervient aussi, notamment via le développement de l’Etat social ou les budgets alloués à la culture et à l’éducation. «Le modèle zougois de faible imposition, par exemple, n'est pas facilement transposable ailleurs, car les conditions diffèrent», souligne Sebastian Schultze.

Les écarts sont tout aussi marqués en matière de primes d’assurance maladie. Elles sont souvent négligées dans les débats sur les régions chères ou bon marché. Pourtant, elles pèsent parfois davantage que les impôts, en particulier pour les familles de la classe moyenne. Une famille sans réduction de primes paie plus de 18'300 francs par an pour la caisse maladie dans le sud du Tessin, un peu plus de 14'400 francs en Argovie et 10'700 francs dans le canton de Zoug.

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Sans les primes, c’est au Tessin et dans le canton du Jura que le coût de la vie serait le plus bas – et non dans l’Oberland grison ou dans le canton de Zoug. Les Tessinois ne paient pas davantage parce que la prise en charge y serait meilleure, mais parce que le canton compte une forte proportion de personnes âgées. Les grandes villes sont en général rattachées à des régions de primes plus élevées, car l’offre de médecins et d’hôpitaux y est plus importante.

Les trajets sont décisifs

Mais comment tout cela influence-t-il réellement le choix du lieu de vie en Suisse? «Les conditions financières jouent un rôle dans la décision de savoir où l’on veut et peut vivre, et cela vaut pour toutes les catégories de revenus», explique Sebastian Schultze. Les facteurs dits «doux» sont toutefois tout aussi déterminants: la proximité de la famille et des amis, la nature environnante ou encore le charme d’une ville.

Claudio Simonet, président de la commune bon marché de Medel (Lucmagn), nuance toutefois: «Les impôts et les loyers sont peut-être bas chez nous. En revanche, nous avons de longs trajets pour tout, des frais de chauffage élevés en hiver et nous ne pouvons offrir que peu de services.»

Malgré sa première place parmi les lieux de résidence les moins chers de Suisse, Medel am Lukmanier restera sans doute une petite commune. Et l’attrait des rives des lacs de Genève, de Zoug ou de Zurich ne faiblira probablement pas.

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