Pour décrocher un logement abordable, mieux vaut faire preuve de patience. Les offres se raréfient et les loyers poursuivent leur hausse, surtout à proximité des centres urbains.
C’est précisément dans ces centres que la pénurie de logements abordables se fait le plus sentir. Malgré ce constat, nombreux sont ceux qui refusent d’allonger leur trajet domicile-travail en échange d’un loyer plus modéré, selon une enquête représentative publiée par le service Comparis.
Réduction de la qualité de vie
Le boom du télétravail appartient désormais au passé: la plupart des actifs se rendent à nouveau régulièrement sur leur lieu de travail. «Cela a des conséquences sensibles sur le marché du logement et les déplacements pendulaires», souligne Harry Büsser, expert immobilier chez Comparis.
Les emplois se concentrent principalement en ville... là où les loyers sont élevés. Ceux qui cherchent à se loger à moindre coût en paient souvent le prix en temps passé dans le train ou la voiture. Pour les trois quarts des personnes interrogées, cette option est exclue. «Beaucoup préfèrent assumer un loyer élevé plutôt que de sacrifier chaque jour du temps, de l’énergie et des nerfs dans le trafic pendulaire», explique Harry Büsser.
Pour l’expert, une chose est sûre: «La politique ne doit pas se bercer de l’illusion qu’il serait possible de déplacer la crise du logement vers la périphérie. Les gens n’y adhèrent pas.» L’enquête du service comparatif le montre nettement: la majorité refuse un trajet supérieur à 30 minutes. «La demi-heure constitue une limite psychologique. Au-delà, le déplacement est perçu comme une contrainte permanente», précise l’expert.
Il est établi que les personnes qui passent davantage de temps à faire des allers-retours se déclarent plus insatisfaites. «La navette agit comme un coût quotidien supplémentaire sur le bien-être, affirme Harry Büsser. Et ce coût, presque personne ne veut le payer durablement.»
Les femmes plus sensibles au trajet
Les femmes redoutent particulièrement les longs trajets domicile-travail. «Cela s’explique sans doute par le fait qu’elles organisent encore majoritairement le quotidien familial. Pour elles, la proximité n’est donc pas un luxe, mais une condition indispensable», estime Harry Büsser.
Ce constat s’inscrit dans une tendance générale: la plupart des personnes interrogées résident près de leur lieu de travail et parcourent de courtes distances, jusqu’à cinq kilomètres. L’expert de Comparis relève: «Ces chiffres montrent que le désir de trajets courts est actuellement plus fort que la pression des prix sur le marché du logement.»
Ceux qui doivent parcourir de plus longues distances privilégient souvent la voiture, ce qui met l’infrastructure routière sous tension. «Habiter et travailler s’éloignent l’un de l’autre, et pour beaucoup, la voiture comble cet écart de manière confortable, même au prix d’embouteillages quotidiens.»
Les jeunes plus flexibles
Les pendulaires peuvent éviter les bouchons en optant pour les transports publics – même si trams et trains sont eux aussi de plus en plus saturés. Environ un tiers des personnes interrogées utilisent les transports publics. 15% se rendent au travail à vélo, à vélo électrique ou à pied, de préférence sur de courtes distances, jusqu’à cinq kilomètres.
Les trajets plus longs en échange d’un loyer plus bas ne sont toutefois pas totalement exclus: les jeunes adultes se montrent les plus enclins à s’éloigner pour se loger à moindre coût. «Cela s’explique sans doute aussi par des moyens financiers plus limités, analyse Harry Büsser. Mais eux aussi atteignent une limite, surtout lorsque le trajet pour se rendre au travail empiète sur la fin de journée.»