Cette drogue peut tuer même à faible dose
Des pilules mortelles font leur grand retour dans les fêtes suisses

La PMMA, drogue de synthèse bien plus dangereuse que la MDMA, réapparaît sous forme de pilules en Europe. En Suisse, des cas ont été détectés principalement à Zurich, où les spécialistes appellent à faire analyser tous les comprimés.
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Les drug checkings suisses mettent en garde contre cette pilule au visage de Trump.
Photo: zVg

En bref

  • En juin, une pilule achetée comme de la MDMA mais contenant de la PMMA a été remise au drug checking de Zurich
  • Depuis l’été, les drug checkings détectent de la PMMA dans plusieurs pays. En Suisse, elles ont été recensées à Zurich et à Bienne.
  • Par le passé, plusieurs décès sont survenus en lien avec ces pilules hautement dangereuses.
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Robin Bäni

Début juin, une pilule particulièrement dangereuse fait son apparition au centre zurichois d’information sur les drogues. Tenant sur le bout du doigt et plus légère qu’une agrafe, la pilule est déposée pour un drug checking par un consommateur pensant avoir acheté de la MDMA, une drogue festive bien connue et illégale. Mais le test révèle tout autre chose.

L’échantillon contient de la para-méthoxyméthamphétamine, ou de la PMMA. Cette substance est redoutable pour les fêtards, de petites quantités pouvant être mortelles. Longtemps absente de la scène festive, la PMMA fait son retour en Europe. Un phénomène qui intrigue les spécialistes, qui tentent d’en chercher les raisons.

Un scorpion violet ou la tête de Trump

La liste des pays touchés s’allonge: Autriche, Belgique, Allemagne, Angleterre, Italie, Espagne et Pays-Bas. Depuis cet été, des analyses réalisées dans le cadre de drug checkings y ont révélé la présence de cette substance dangereuse. En Suisse, les cas recensés se limitent pour l’instant à Zurich, à l’exception d’une découverte à Bienne (BE). Les pilules se déclinent en plusieurs formes et couleurs: certaines arborent un scorpion violet, d’autres le logo noir de Red Bull ou encore une tête rouge de Donald Trump.

La PMMA avait déjà circulé en grandes quantités sur le marché noir il y a plus de dix ans. Entre 2010 et 2014, plusieurs décès lui ont été imputés. En Norvège, 12 personnes ont perdu la vie en l’espace de six mois et 22 autres ont subi de graves intoxications. L’Irlande a recensé au moins six décès, contre 27 au Canada.

Le Trans-European Drug Information Network (TEDI) précise que tous ces cas ne peuvent pas être associés à la seule PMMA. Mais le constat reste sans appel: «La substance est bien plus dangereuse que la MDMA.» Le risque est particulièrement élevé lorsque les consommateurs ignorent ce qu’ils ingèrent.

Faible euphorie, importantes conséquences

Plusieurs critères rendent la consommation de PMMA particulièrement dangereuse. «La substance agit de manière sournoise», explique Joël Bellmont, coresponsable du centre d’information sur les drogues de Zurich. Avec la MDMA, l’effet se fait ressentir après 30 à 60 minutes, tandis qu’avec la PMMA, il peut apparaître plus de deux heures après. «La personne qui consomme cette substance la croit trop faible et en reprend, ce qui peut entraîner une overdose», prévient Joël Bellmont.

Mais le danger ne s’arrête pas là. Si la PMMA ne provoque qu’une faible sensation d’euphorie, elle met le corps à rude épreuve. Même à faible dose, elle entraîne une libération massive de sérotonine, un neurotransmetteur qui atténue les émotions négatives. En excès, cette substance peut pousser le système cardiovasculaire à ses limites. La PMMA bloque également une enzyme chargée de dégrader la sérotonine, ce qui accentue encore ses effets.

Les conséquences peuvent être dramatiques: convulsions, douleurs thoraciques, détresse respiratoire et, dans les cas les plus graves, une hausse extrême de la température corporelle. Lors de certains décès recensés, celle-ci a dépassé les 43 °C.

«Nous avançons dans le noir»

Les spécialistes ignorent pourquoi la PMMA réapparaît soudainement. «Nous avançons complètement dans le noir», se désole Joël Bellmont. Il est peu probable que cette substance soit mélangée avec de la MDMA, qui de toute façon est disponible en grandes quantités et à bas prix. Au contraire, la PMMA n’est pas une drogue bon marché et sa fabrication repose sur un processus de synthèse complexe.

En Suisse, des pilules contenant de la PMMA ont été détectées pour la dernière fois fin septembre. Joël Bellmont espère que cette tendance sera éphémère sur le territoire helvétique, même si «elle peut réapparaître à tout moment». En Europe, le Trans-European Drug Information Network rapporte que cette pilule mortelle continue de prospérer.

Pour le coresponsable du centre zurichois, il est essentiel de faire analyser toutes les pilules. D’autant que les comprimés contaminés sont de plus en plus nombreux et peuvent contenir toutes sortes de substances particulièrement puissantes.

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