Première Suissesse à gagner «The Voice»
Lady O, la Suissesse que la France n’avait pas vue venir

A 19 ans, Lady O est devenue la première Suissesse à remporter «The Voice» sur TF1. De Lutry aux plateaux parisiens, la jeune chanteuse vaudoise raconte sa victoire et son envie de rester fidèle à ce qui l’a menée jusque-là: sa différence.
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A 19 ans, Lady O, de son vrai prénom Oriana, a emmené «L'lllustré» dans son village, Lutry, et à Chailly, où elle enregistre de la musique.
Photo: Julie de Tribolet
Lucas Vuilleumier
L'Illustré

Le rêve était écrit noir sur blanc dans un carnet d’enfant: «Gagner The Voice.» A l’époque, elle habite Lutry. Depuis les coteaux qui plongent vers le Léman, où son père est vigneron, Paris ressemble à une idée lointaine. Une capitale aperçue dans les films. Pas vraiment un endroit où l’on imagine une adolescente vaudoise triompher un jour devant plusieurs millions de téléspectateurs français. Et pourtant. Un samedi soir de juin, sous une pluie de confettis, la jeune chanteuse de 19 ans est devenue la première Suissesse à remporter The Voice sur TF1. 

Lady O nous ouvre les portes de sa chambre, à Lutry, qui ressemble à n'importe quelle chambre d'adolescente.
Photo: Julie de Tribolet

Lorsque nous la rencontrons quelques jours après sa victoire, l’agitation médiatique semble encore légèrement irréelle. Elle parle vite. Rit souvent. Cherche parfois ses mots. Une chose est sûre, en tout cas: «La petite Oriana, l’enfant rêveuse, n’y aurait jamais cru», souffle-t-elle. Car contrairement à ce que pourrait laisser penser son assurance sur scène, la victoire ne faisait pas partie d’un plan soigneusement construit. «Je ne pensais même pas pouvoir faire de la musique sérieusement un jour.» 

Pour elle, gagner le fameux télécrochet appartenait à la même catégorie que les rêves impossibles. Une phrase qu’on écrit dans un carnet parce qu’on est enfant. Aujourd’hui, Oriana est sur le point de préparer un single avec TF1 et les professionnels que la chaîne va lui proposer de rencontrer. Elle a toutefois une équipe déjà solide autour d’elle, comme son ami et musicien Ouden, avec qui elle va très souvent se réfugier dans le quartier lausannois de Chailly, où tous deux partagent un studio de musique. Interview.

Lady O partage un studio de musique avec Théo «Ouden» Vasarino, son producteur et ami, dans le quartier lausannois de Chailly.
Photo: Julie de Tribolet

Quand vous relisez cette phrase, «gagner The Voice», écrite dans un carnet quand vous étiez enfant, qu’est-ce que cela vous fait?
Ça me fait sourire parce que je me rends compte à quel point cette petite fille n’aurait jamais cru à ce qui lui arrive aujourd’hui. Quand j’ai écrit ça, j’avais l’âge où l’on remplit des listes de rêves un peu impossibles. Je chantais déjà énormément. La musique occupait une place immense dans ma vie, mais je ne me projetais pas encore dans une carrière. Je ne me disais pas: «Je vais devenir artiste.» Je ne me l’autorisais même pas vraiment. Avec le recul, je crois que ce n’est pas que je manquais d’ambition, c’est plutôt que je ne me permettais pas encore de rêver aussi grand. Aujourd’hui, j’ai presque envie de remercier cette petite fille d’avoir osé écrire ces trois mots quelque part. Parce qu’elle a formulé quelque chose que la grande n’aurait peut-être jamais osé dire à voix haute.

Vos parents voyaient les choses différemment?
Je pense qu’ils avaient surtout envie que je puisse vivre sereinement. Quand votre enfant vous dit qu’il veut faire de la musique, vous savez que c’est un métier magnifique, mais aussi extrêmement incertain. Il y avait forcément cette idée d’avoir un plan B, des études, quelque chose de plus stable. Ce n’était pas un refus de la musique, c’était une inquiétude de parents. Mais ils m’ont aussi laissé beaucoup d’espace. Ils ne m’ont jamais empêchée de créer, de composer ou de tenter des choses. Finalement, ils ont réussi quelque chose qui n’est pas évident: me transmettre à la fois une forme de prudence et une immense liberté.

«
Les artistes qui me touchent le plus sont justement ceux qui ont accepté de rester un peu étranges
»

Quel a été le moment le plus irréel depuis votre victoire?
Ce n’est même pas un grand moment de télévision, ce n’est pas une célébrité qui m’a écrit, c’est un mail. Un garçon de 14 ans m’expliquait qu’il écoutait exclusivement du heavy metal. Visiblement, il était tombé un peu par hasard sur ce que je faisais. Il m’écrivait qu’il n’aurait jamais imaginé aimer autre chose et que mon univers lui avait donné envie de découvrir d’autres musiques. Ça peut paraître anodin, mais j’ai trouvé ça bouleversant. Déjà parce que, à 14 ans, on ne prend plus forcément le temps d’écrire des mails. Et puis parce que c’est exactement ce que j’aime dans la musique: cette capacité à faire tomber des frontières qu’on croyait définitives.

Vous avez fait de belles rencontres dans l’aventure, notamment lors de votre duo avec Christophe Willem...
Oui, c’était assez fou. Je le connaissais déjà depuis longtemps parce que, petite, je regardais beaucoup les clips qui sortaient sur YouTube. Je me souvenais de lui, de son attitude, de sa dégaine, de ce truc un peu à part qu’il avait déjà. Quand j’ai su que j’allais chanter avec lui, je me suis dit: «Génial!» Et la rencontre a confirmé ça. C’est quelqu’un qui a vraiment marqué les télécrochets, parce qu’il est arrivé avec une voix, une personnalité et une manière d’être très singulières. On est toujours en contact aujourd’hui, et je trouve ça très précieux.

Dans «The Voice», Oriana a été coachée par Florent Pagny. Elle décrit une relation libératrice.
Photo: Philippe Leroux / Bureau 233 / I

Qu’avez-vous découvert de votre coach, Florent Pagny, loin des caméras?
Une immense bienveillance. Quand on regarde l’émission, on imagine parfois une relation très hiérarchique entre le coach et le candidat. En réalité, ce n’était pas du tout ça. Il me parlait comme un artiste parle à un autre artiste. Il ne cherchait jamais à me formater. Au contraire, il essayait constamment de comprendre qui j’étais et où j’avais envie d’aller. Je me souviens qu’il revenait souvent sur cette idée de plaisir. Il me disait: «Amuse-toi!» Ça paraît simple, mais quand on est dans une compétition diffusée devant plusieurs millions de personnes, on oublie facilement cette évidence. Il m’a aussi encouragée à accepter ce qui me rend un peu étrange, un peu différente.

«
Les gens ont voté pour une artiste avant de voter pour une nationalité
»

Vous utilisez souvent ce mot de bizarrerie. Pourquoi est-il important pour vous?
Parce que pendant longtemps j’ai cru qu’il fallait corriger ce qui dépassait. Quand on commence à faire de la musique, on reçoit énormément d’avis. On vous explique ce qui fonctionne, ce qui plaît, ce qu’il faudrait changer. Et parfois, sans s’en rendre compte, on commence à raboter les parties les plus personnelles de soi-même. Florent avait une approche totalement différente. Il me disait presque l’inverse: «Va plus loin.» Je crois que les artistes qui me touchent le plus sont justement ceux qui ont accepté de rester un peu étranges. Ceux qui n’ont pas essayé de devenir parfaitement lisses. Alors aujourd’hui, si j’ai une ambition, c’est peut-être simplement celle-là: préserver cette part-là.

Questionnaire musical et showbiz

La chanson que vous auriez aimé avoir écrite?
Blue Lights de Jorja Smith.

Un morceau que vous écoutez en boucle en ce moment?
Si le soleil existe d’Asinine.

Le premier artiste affiché en poster dans votre chambre?
Billie Eilish.

Céline Dion ou Billie Eilish?
Billie Eilish!

Fondue ou sushis?
Sushis, je n’aime pas la fondue. Aïe, aïe, aïe, gros scoop, désolée!

Lutry ou Paris?
Lutry, évidemment! J’aime être ici, ça me ressource.

Le mot romand que les Français devraient adopter?
Roiller. J’adore utiliser ce mot et à Paris, quand la pluie allait se pointer, j’en ai désarçonné plus d’un en l’utilisant!

Un duo rêvé?
Whitney Houston… En fait, toutes les grandes chanteuses. J’aurais adoré rencontrer Edith Piaf aussi. Et, dans l’idéal, je rajouterais Aretha Franklin!

La bande-son idéale pour traverser Lavaux en été?
«In the Morning» de Norah Jones.

Qui dans vos proches était le plus convaincu que vous alliez gagner?
Mon entourage musical. Eux y croyaient davantage que moi.

La chanson que vous auriez aimé avoir écrite?
Blue Lights de Jorja Smith.

Un morceau que vous écoutez en boucle en ce moment?
Si le soleil existe d’Asinine.

Le premier artiste affiché en poster dans votre chambre?
Billie Eilish.

Céline Dion ou Billie Eilish?
Billie Eilish!

Fondue ou sushis?
Sushis, je n’aime pas la fondue. Aïe, aïe, aïe, gros scoop, désolée!

Lutry ou Paris?
Lutry, évidemment! J’aime être ici, ça me ressource.

Le mot romand que les Français devraient adopter?
Roiller. J’adore utiliser ce mot et à Paris, quand la pluie allait se pointer, j’en ai désarçonné plus d’un en l’utilisant!

Un duo rêvé?
Whitney Houston… En fait, toutes les grandes chanteuses. J’aurais adoré rencontrer Edith Piaf aussi. Et, dans l’idéal, je rajouterais Aretha Franklin!

La bande-son idéale pour traverser Lavaux en été?
«In the Morning» de Norah Jones.

Qui dans vos proches était le plus convaincu que vous alliez gagner?
Mon entourage musical. Eux y croyaient davantage que moi.

Quel est le conseil reçu depuis votre victoire que vous avez le moins envie de suivre?
Celui qui consiste à dire qu’il faudrait désormais répondre aux attentes du public. J’entends souvent cette phrase. Elle est prononcée avec beaucoup de bonnes intentions, mais elle me pose un problème. D’abord parce que personne ne sait réellement ce qu’attend le public. Ensuite parce que, si j’avais suivi uniquement ce raisonnement, je ne serais probablement jamais arrivée jusqu’ici. Dans cette émission, il y avait énormément de propositions plus évidentes, plus consensuelles, plus immédiatement identifiables. Pourtant, les gens ont voté pour moi. Ça me donne plutôt envie de croire qu’ils sont curieux, qu’ils ont envie d’être surpris, qu’ils sont capables d’accueillir des choses inattendues.

Vous êtes la première Suissesse à remporter The Voice. Est-ce que vous avez senti que votre nationalité jouait un rôle dans le regard du public français?
Pas vraiment. J’ai même l’impression que beaucoup de gens ne savaient pas forcément que j’étais Suisse. Pendant une bonne partie de l’émission, j’étais surtout Lady O. Il n’y avait pas énormément de portraits ou de séquences sur mon parcours personnel. D’une certaine manière, ça m’a plu. Les gens ont voté pour une artiste avant de voter pour une nationalité. Je crois qu’ils s’en fichaient un peu de savoir d’où je venais. Et finalement, tant mieux, ça m’a permis d’arriver sans étiquette. Après, évidemment, au moment de la victoire, j’étais très heureuse de sortir le drapeau suisse. Mais je suis contente que ce soit venu à la fin et pas avant.

L'artiste vaudoise veut préserver son étrangeté.
Photo: Julie de Tribolet

Vous écrivez beaucoup. Si l’on ouvrait les notes de votre téléphone ou un carnet, qu’y trouverait-on?
Plein de choses inachevées! Des idées de chansons, des bouts de textes, des phrases qui arrivent au milieu de la nuit. Juste avant cette interview, je regardais justement mes notes. La dernière phrase un peu musicale que j’y ai trouvée, c’était: «Tic-tac, tic-tac, la montre court à sa perte.»

Un article de «L'illustré» n°25

Cet article a été publié initialement dans le n°25 de «L'illustré», paru en kiosque le 18 juin 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°25 de «L'illustré», paru en kiosque le 18 juin 2026.

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