«Terroristes» et faux policiers
Un apéro «viril» organisé en Valais par l'influenceur Colin Walks choque

Un événement organisé par l'influenceur d'extrême droite Colin Walks dans le Val d'Illiez, en Valais, scandalise des vacanciers. La commune promet des mesures pour éviter de tels débordements et pourrait porter plainte.
Un faux policier de l'ICE braque une personne dans le Val d'Illiez.
Photo: Capture d'écran de la vidéo
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Olalla Piñeiro TrigoJournaliste Blick

Des «terroristes» barbus avec des keffiehs saoudiens et des hommes avec un sombrero mexicain braqués par des faux agents de la police de la migration américaine (ICE). Tout cela ponctué par une pause raclette-bière. 

Dans la paisible commune valaisanne du Val d'Illiez, au Couvert de Frâchette, cette scène déroutante a choqué la maman de deux ados, habituée à profiter des pistes de ski de Champoussin. «Des personnes déguisées en terroristes, des militaires (ICE) brandissant des armes et hurlant des slogans d'une extrême violence nous on particulièrement stupéfaits», décrit-elle à Blick. Elle ajoute que des touristes belges ont également été surpris. «Ils nous ont même demandé ce qu'il se passait dans une Suisse et un lieu pourtant reconnus pour leur calme», précise la mère de famille.

Organisé par l'influenceur d'extrême droite Colin Walks

L'organisateur de l'événement n'est autre que Colin Walks, un influenceur français d'extrême droite basé en Valais. Il a posté la vidéo de cet événement qu'il qualifie d'«apéro viril» sur son compte YouTube

L'homme est connu pour ses actions polémiques en Suisse romande, filmées sur les réseaux sociaux, comme lorsqu'il a recouvert des slogans palestiniens à la gare de Vevey. Son objectif: «dégauchiser» la Suisse. Lui et sa compagne Mila, célèbre elle aussi pour son activisme identitaire, sont dans le collimateur de la justice. Ils sont visés par une dénonciation pénale pour haine raciale, rédigée par l'élu socialiste lausannois Samson Yemane.

La commune doit «redonner confiance»

La mère de famille qui a contacté Blick dit «craidre pour sa sécurité» et celle de ses deux ados mineurs, notamment parce que dans la vidéo partagée par Colin Walks, que sa fille lui a montrée, des individus apparaissent floutés. «Ce qui démontre le caractère agressif, suspect voire illégal des auteurs», s'inquiète-t-elle.

L'habituée de la station a contacté par email la commune de Val d'Illiez avec une demande claire: qu'elle lui «redonne confiance» et «interdise la fréquentation de ce lieu par des extrémistes». Elle poursuit: «Nous ne voulons pas exposer nos enfants à cette violence», déplore-t-elle. Faute de quoi elle changera de station de ski.

Passés sous le radar

Contacté par Blick, le président de la commune, Ismaël Perrin, dit avoir appris la situation ce lundi, après avoir été contacté par cette même témoin. Il précise que le couple est «passé sous le radar» des services communaux. «Personne ne les connaissait à l'administration. Ce ne sont pas des personnes que l'on suit sur les réseaux sociaux, nous n'en avions pas entendu parler avant aujourd'hui», soutient l'élu.

La maman inquiète peine à comprendre comment «la commune a pu autoriser un tel événement à se dérouler sur son territoire». A noter que le lieu du Couvert de Frâchette est disponible à la location entre 130 et 220 francs, selon le lieu de domicile.

Ismaël Perrin explique qu'un «couple qui semblait banal» s'est présenté à l'administration pour effectuer la réservation du couvert. Le président indique que l'influenceur a loué sous le nom de sa société «colinwalks-event» pour «apéritif et fondue entre amis». A préciser qu'il avait déjà loué l'emplacement l'été dernier: «Tout s'était bien déroulé. C'est pourquoi il n'a pas suscité la méfiance», indique l'élu. 

Il précise que Colin Walks n'était pas fiché auprès de la commune et que celle-ci ne tient pas de registre des antécédents judiciaires. L'élu centriste précise qu'il arrive que la police cantonale émette des mises en garde aux différentes communes valaisannes pour alerter sur des profils suspects, ce qui n'était pas le cas ici.

«Nous ne cautionnons pas du tout»

La municipalité affirme «regretter» cet événement. «Nous ne cautionnons pas du tout ce qu'il s'est passé. Ce n'est pas l'image que nous souhaitons donner de notre commune», affirme Ismaël Perrin.

Le président explique que Val d'Iliez réfléchit à des mesures pour éviter qu'une telle situation se reproduise. Le centriste relève toutefois la difficulté de la tâche et ses limites. «Nous allons demander à la police quelle étape nous pourrions ajouter pour mieux encadrer ces réservations. Mais il faut se méfier, pour ne pas tomber dans le surprotectionnisme et respecter la protection des données de chacun. Jusqu'où aller sans discriminer? Allons-nous demander des extraits de casiers judiciaires pour chaque réservation?», se questionne le président. Il ajoute que ses moyens sont limités, surtout pour la location d'un lieu qui ne coûte que 200 francs. Mais pour ce cas précis, Ismaël Perrin n'exclut pas de porter plainte.

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