Il a décidé d’agir contre les propos jugés discriminatoires tenus par Colin Walks et Mila Orriols, les deux activistes d’extrême-droite très actifs sur les réseaux sociaux. Ce 19 février, le conseiller communal socialiste Samson Yemane a déposé une dénonciation pénale auprès de la justice vaudoise. La lettre est signée par 85 citoyens et élus.
Vice-président de la Commission fédérale contre le racisme et coordinateur de lutte contre le racisme au CSP Vaud, il est aussi responsable de formation à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Défenseur des droits humains, Samson Yemane est arrivé en Suisse en 2005 sous le statut de réfugié après avoir fui la dictature de l’État érythréen. Il s’explique sur cette décision à Blick.
Samson Yemane, pourquoi avez-vous décidé de déposer cette dénonciation pénale?
Parce que les propos et les actes de ces personnes sur les réseaux sociaux prennent beaucoup de place, et beaucoup sont d’ordre discriminatoire. J’ai reçu des signalements de nombreuses personnes qui m’ont fait remonter leur peur et leur crainte face à la banalisation de propos racistes. J’ai estimé qu’on ne peut pas tolérer de tels propos discriminatoires et que la justice doit prendre sa part de responsabilité.
Constatez-vous une montée générale du racisme en Suisse?
On observe une très forte banalisation du racisme sur les réseaux sociaux. Avec la montée de l’extrême-droite partout en Europe, j’ai l’impression que certaines personnes se sentent légitimées de tenir des propos racistes. Mais l’article 261 bis du Code pénal, soit la norme antiraciste suisse, sanctionne ces comportements et doit être activée.
Ce racisme des réseaux-sociaux cible-t-il directement des personnes?
Ce qu’on voit, c’est que des groupes de personnes aux idées radicales s’organisent sur les réseaux sociaux, gèrent leurs propres comptes, mais viennent aussi envahir les fils de commentaires de personnes qui défendent la diversité, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. La justice doit identifier ces harceleurs et les sanctionner. Ils s’en prennent à la fois à des élus engagés pour la cohésion sociale, la diversité et le vivre-ensemble, ou à des individus eux-mêmes issus de la migration et de la diversité. On observe cela sur Instagram, Tiktok, Facebook et X. Des réseaux désormais très fortement alimentés par des influenceurs d’exême-droite.
Ces activistes d’extrême-droite ne semblent plus craindre la justice. Pourquoi?
J’ai le sentiment que la justicie suisse a tendance à ne pas donner beaucoup d’importance à ces phénomènes. Or encore une fois, l’article 261 bis CP régit ces cas. Mais la justice ne l’applique pas systématiquement. D’où le sentiment qu’à la faveur de certaines négligences, des individus comme Colin Walks ou Mila se permettent de légitimer et normaliser leurs propos.
Pourquoi les gens ne dénoncent-ils pas plus souvent ces comportements?
Dès que j’ai annoncé que je déposerais une dénonciation, 85 personnes de la société civile, ainsi que des élu(e)s, ont souhaité s’allier à cette cause. Les gens veulent agir. Et en effet, au nom de quoi ces personnes peuvent-elles se permettre de véhiculer et de propager des propos discriminatoires? J’espère que la justice va faire son travail pour réguler mais aussi pour sanctionner ces individus, ainsi que tous les réseaux qui sont derrière, évidemment.