Un chef de police serait responsable de la mort d'une Neuchâteloise en Bosnie
«Nous voulons que justice soit rendue pour Alija»

Une famille suisse pleure la disparition d'Alija, tragiquement décédée en Bosnie. L'homme qui aurait percuté cette quinquagénaire avec sa moto est un chef de la police locale.
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Alija a vécu de nombreuses années en Suisse avant de retourner en Bosnie avec sa famille.
Photo: DR
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Chiara Schlenz

Pour Alija* et Nermin*, le retour en Bosnie-Herzégovine devait marquer un nouveau départ. Le couple avait vécu de nombreuses années en Suisse, notamment dans le canton de Neuchâtel, avant de décider de retourner dans son pays d’origine. Ils voulaient rattraper les années passées loin de la Bosnie et faire découvrir leur patrie à leurs deux enfants.

C'est ce que raconte leur cousine Sedina Delic-Tanovic à Blick. Car peu de temps après leur retour, la famille a été frappée par une tragédie. Le 11 août, Alija, Nermin et d’autres proches ont été percutés par une moto à Hadzici, près de Sarajevo, la capitale bosnienne. Alija est décédée et son mari a été grièvement blessé. Il se trouve toujours à l’hôpital.

«C’est terrible qu’elle ait dû vivre cela dans son pays natal», déclare Sedina. Elle sait elle-même tout ce qu’implique un tel retour. Sedina est également retournée dans son pays d'origine avec ses enfants l’année dernière, après avoir passé de nombreuses années en Suisse. «Un déménagement qui a demandé tant de courage, d’amour et d’organisation. Et puis ça se termine de manière si brutale.»

Un responsable de la police impliqué?

Samedi, Alija a été inhumée près de Hadzici. Au chagrin s’ajoute désormais un deuxième fardeau pour la famille: la question de savoir si la mort d’Alija fera réellement l’objet d’une enquête approfondie.

En effet, l’auteur présumé de l’accident n’est pas un usager de la route comme les autres. Les médias bosniens identifient le motard comme étant Viktor C.*, chef du commissariat local. Selon les informations du ministère de l’Intérieur, il aurait percuté quatre piétons avec sa moto. Un témoin oculaire aurait déclaré à la police que la moto roulait à vive allure. Viktor C. a été arrêté après l’accident. Mais selon la famille, il aurait été remis en liberté. 

C’est précisément là que commencent les inquiétudes de Sedina. Elle et ses proches craignent que le rang de l'auteur présumé, ou d’éventuelles relations au sein des autorités, puissent influencer le bon déroulement de l’enquête. Pour l’instant, rien ne vient étayer cette hypothèse. Et les proches insistent sur le fait qu’ils ne veulent préjuger de la culpabilité de personne. Ils exigent toutefois de la transparence, une enquête indépendante et l’égalité devant la loi.

«Cela nous concerne tous», déclare Sedina, bouleversée. Sa confiance dans les institutions a été profondément ébranlée par ce drame: «Je n’ai plus confiance dans la police», lâche-t-elle.

La famille veut des réponses

C’est pourquoi la famille s’adresse désormais à l’opinion publique en Suisse. Alija était une citoyenne helvétique et sa famille entretient des liens étroits avec le canton de Neuchâtel. Afin de donner un visage à cette affaire, la famille a mis à la disposition de Blick des photos personnelles en vue de leur publication; raison pour laquelle le visage de la victime est montré sans être flouté. Les proches souhaitent éviter que sa mort ne tombe dans l’oubli après quelques jours, comme un simple accident de la route. Ils veulent savoir comment la collision a pu se produire, si tous les éléments de preuve sont pris en compte et si l’enquête est menée en toute indépendance. «Nous ne cherchons pas à nous venger», déclare Sedina. Il s’agit de «vérité, de transparence, de responsabilité et de justice pour Alija».

Pour Sedina, il n'est pas uniquement question de sa famille. Depuis son retour, elle affirme avoir constaté par elle-même à quel point la circulation en Bosnie pouvait être risquée. Elle évoque des comportements imprudents, l'absence de trottoirs et des routes dangereuses pour les enfants et les piétons. «La Bosnie est un beau pays, mais la circulation y est épouvantable.»

La mort d’Alija a transformé cette inquiétude en certitude pour Sedina. Elle-même a osé franchir le pas, tout comme sa cousine, et a quitté la Suisse pour s’installer en Bosnie avec ses enfants. Aujourd’hui, elle se demande dans quelle mesure ses enfants y sont réellement en sécurité. Pour la famille, une chose est donc claire: Alija ne doit pas devenir un simple chiffre dans les statistiques d'accidents. Sedina souhaite faire la lumière sur cette affaire et s'assurer que sa cousine ne soit pas oubliée.

* Noms connus de la rédaction

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