En bref
- Les CFF ont cessé de publier des contenus trilingues sur Instagram depuis le 17 mars, optant pour des posts dans une seule langue nationale (allemand, français ou italien).
- Daniel Ruch, conseiller national vaudois, critique une germanisation croissante.
- Les CFF, avec 600'000 abonnés sur les réseaux sociaux, justifient ce choix par des raisons de lisibilité, reflétant la répartition linguistique suisse.
Un changement de voie pas annoncé, presque passé inaperçu. Déjà rares, les publications trilingues du compte Instagram des CFF sont restées à quai, a appris Blick. Le dernier carrousel d’images avec des surimpressions en trois langues date du 17 mars.
Depuis, les posts sont rédigés dans une seule des trois langues – en allemand, en français ou en italien. Seules les descriptions, à dérouler en-dessous, sont écrites en quatre langues – avec l’anglais en sus, indeed.
«Tout en bourbine»
Alors, assiste-t-on à une germanisation de la communication de l’ex-régie fédérale et à la disparition annoncée des deux autres idiomes? «Les CFF emboîtent le pas du Canton de Zurich qui veut supprimer le français à l’école primaire, s’indigne Daniel Ruch, conseiller national vaudois, joint par téléphone le 23 juin. Petit à petit, c’est l’abandon des deux langues latines au profit de l’anglais. De manière générale, les gens glissent de plus en plus d’anglais dans leur français, ces taborniauds!»
Le libéral-radical a interpellé le Conseil fédéral le 18 juin à propos des annonces dans les trains. Sur cinquante messages diffusés à l’arrivée en gare de Zurich, dans 65% des cas la langue de Shakespeare précède ou remplace celle de Molière, dénonce le forestier et syndic de Corcelles-le-Jorat. «Il y a une vraie péjoration du français et de l’italien, appuie-t-il sur le chemin du retour de Berne. A la commission de gestion du Conseil national, chacun s’exprime dans sa langue, donc ça parle tout en bourbine, même ceux qui sont directeurs ou banquiers ne font aucun effort.»
«Décision réfléchie, pas un bug»
L’équipe des réseaux sociaux de la compagnie ferroviaire répond «avec [son] ADN digital» – le ton est léger, le tutoiement et les emojis de mise. «En tant que grande entreprise nationale, nous pouvons te dire que nous prenons très au sérieux le multilinguisme. […] C'est une décision réfléchie, pas un bug. Le souci, c'était la lisibilité. Des carrousels avec des slides en allemand, puis en français et enfin en italien, ça donnait des posts à rallonge (genre, plus de slides que d'arrêts entre Genève et Saint-Gall) et ça plombait l'attractivité.» Même chose pour les visuels avec les trois langues empilées. Les sous-titres des vidéos restent en revanche trilingues.
Les CFF – 600'000 abonnées et abonnés sur les réseaux sociaux – expliquent encore avoir choisi «une stratégie «one channel»: un seul compte national par plateforme, pas de comptes séparés par langue. La répartition […] suit la démographie suisse: 65 % allemand, 25 % français, 10 % italien. Sur les plateformes qui permettent un ciblage par langue (LinkedIn, Facebook), on publie des versions séparées.»
Ce ratio est-il respecté? «Globalement oui, mais on n'est pas encore des Roger Federer de la répartition linguistique.» Les formats uniquement en allemand font-ils fuir les followers francophones et italophones? Non, affirme Frédéric Revaz, porte-parole, également questionné par Blick. «Pour l’instant, on ne voit pas de différence notable en fonction de la langue» utilisée.