«Service public ou propagande?»
Votation sur la redevance: les journalistes de la RTS peuvent-ils s'exprimer librement?

Une brève intervention en direct de Massimo Lorenzi, dimanche, sur l’importance du financement de la RTS pour assurer la couverture des JO 2026, a suscité la colère d’élus UDC. Le parti y voit de la «propagande».
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Massimo Lorenzi, le rédacteur en chef des sports de la RTS, lors de l'émission «Sport Dimanche», le 1 février 2026.
Photo: RTS
Toan Izaguirre

«Service public ou propagande?» La question fait rager l'UDC depuis le 1er février. Après avoir visionné l'émission «Sport Dimanche», plusieurs élus du parti agrarien ont vivement pris à partie Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports de la RTS.

En cause? Une intervention de 1 minute 36. Invité du programme dominical, le journaliste y détaillait le dispositif prévu par la RTS pour couvrir les Jeux olympiques de 2026. Un événement présenté comme le «défi ultime» pour la rédaction des sports. «La couverture s’articulera autour de trois axes», a-t-il expliqué: le suivi des athlètes suisses, les «grands moments olympiques» à ne pas manquer et, enfin, la promotion de la diversité des disciplines sportives.

JO possibles grâce au financement actuel

«Et en termes de programmation?», relance David Lemos, le présentateur. Massimo Lorenzi énumère les corps de métiers mobilisés. «Pas de vacances, sourit-il. Concrètement, 15 heures de direct par jour, et à cela s'ajoutent 3 canaux web sur le site de la RTS.» Puis il ajoute un détail, et c'est là que le bât blesse: «Il y a une chose qui est importante par les temps qu'on vit, il faut le dire: tout ceci a un coût, les Jeux olympiques, ça coûte cher au service public, et ceci n'est possible que grâce au financement que le service public a encore aujourd'hui. Il faut être clair là-dessus.»

La séquence, largement partagée sous la forme d'un clip de 17 secondes, s'attire les foudres de l'UDC. «Un grave dérapage de la RTS», dénonce Nicolas Kolly, conseiller national du parti. Alors que nous sommes dans l'ultime ligne droite avant la votation du 8 mars sur l'initiative de l'UDC, qui propose de réduire la redevance SSR à 200 francs par an, la question se pose: s'agit-il d'une simple «information utile au débat» ou d'une «propagande» du ponte des sports à la RTS?

«Service public ou propagande?»

Sur X, Nicolas Kolly s'emporte et affirme que ce commentaire de Massimo Lorenzi constitue une violation de la loi sur la radio et la télévision (LRTV). C'est sur la plateforme qu'il questionne: «Service public ou propagande?» Son collègue du National Jean-Luc Addor y est également allé de son commentaire, dénonçant «un scandale».

Habitué des réactions virulentes de la droite, le chef des sports de la RTS explique à Blick «n'avoir fait que donner une information à propos du financement de la couverture à venir des Jeux olympiques», information qui «par ailleurs est utile au débat», ajoute-t-il. Pour rappel: le sport représente 15% des dépenses des programmes de la SSR. 

Sollicitée, la RTS défend son journaliste et explique que ses propos sont factuels et «qu'aucune consigne de vote, au sens strict, n'a été formulée». Il n'y a donc pas, selon elle, de violation du cadre légal qui régit les programmes de la SSR. La RTS tient à rappeler que ses «journalistes sont tenus de ne pas exprimer publiquement d'opinion politique».

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Les journalistes ne peuvent en aucun cas donner des consignes de vote
Christophe Minder, porte-parole de la RTS
»

Ils peuvent toutefois répondre à titre personnel, «notamment sur les réseaux sociaux, aux éventuelles répercussions de l'initiative et corriger les erreurs factuelles ou les fausses informations, avec retenue et en restant équilibrés et respectueux». «Mais ils ne peuvent en aucun cas donner des consignes de vote», martèle la RTS. Questionnée sur la particularité de cet objet de votation qui concerne directement la SSR, elle répond que les journalistes n'ont pas de consigne particulière, si ce n'est de travailler «avec impartialité et en respectant l'équilibre des opinions entre partisans et opposants». 

Une hiérarchie restée «assez inaudible»

Si certains employés du service public commentent ici et là des publications sur les réseaux sociaux, rares sont ceux qui s'y expriment ouvertement. La direction de la SRG SSR avait émis des «consignes» destinées aux employés dans une communication interne diffusée le 21 août 2025. Ces derniers devaient faire preuve de «retenue» sur le sujet et «ne pas se laisser provoquer ni entraîner dans des commentaires polémiques ou inappropriés», peut-on y lire.

En novembre dernier, cinq collaborateurs avaient bravé l'interdiction en dénonçant les «attaques permanentes et obsessionnelles» dont fait l'objet le service public. C'est sous couvert d'anonymat que quatre d'entre eux s'étaient exprimés face aux médias, accompagnés d'Alexandre Madrigal, technicien à la RTS et seul habilité à s'exprimer à visage découvert en sa qualité de président du Syndicat suisse des médias (SSM) Genève.

Ces employés n'étaient alors pas venus «casser du sucre sur le dos de la direction», mais s'étaient montrés critiques face à une hiérarchie restée «assez inaudible». Ils expliquaient mener une campagne «complémentaire» à celle de la direction. Depuis, cette dernière s'est mobilisée: son directeur a notamment donné plusieurs interviews.

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