Des sushi-box aux bouquets de roses
Voici combien rapporte vraiment le business de la Saint-Valentin

Certaines âmes pragmatiques ne voient en la Saint-Valentin qu'une stratégie de marketing. Qu'on y trouve un potentiel romantique ou non, impossible de nier que le concept fonctionne quand même.
En 2024, les Américains ont dépensé 25,8 milliards de dollars pour la Saint-Valentin.
Photo: KEYSTONE
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Que vous abhorriez le concept ou attendiez la date avec impatience, avouez que la Saint-Valentin est difficile à ignorer. Il y aura forcément un boule de Berlin en forme de coeur, un plateau de sushis avec double ration de gingembre (c'est un aphrodisiaque!) ou un navet Netflix inédit pour vous le rappeler. 

Bien que le concept rencontre de plus en plus de détracteurs, selon un récent rapport de la plateforme Alibaba, il reste incontournable pour de nombreux secteurs, dont la parfumerie ou la confiserie, de grands classiques du 14 février. Certaines marques, notamment dans le secteur des cosmétiques, misent sur un marketing associé dans l'espoir d'appâter les fleurs bleues. Et c'est bien normal, vu les impressionnants bénéfices que permet d'enregistrer la fête de l'amour, notamment aux Etats-Unis. D'après la Fédération nationale de la vente au détail (National retail federation), les Américains auraient dépensé environ 25,8 milliards de dollars pour leur Valentines Day (ou Galentines, ou Palentines) en 2024. Et la tendance ne fait que se renforcer, puisque ce chiffre devrait s'élever à 29,1 milliards de dollars cette année, selon de nouvelles précictions. 

Mais la Saint-Valentin ne séduit pas qu'Outre-Atlantique. En Allemagne, les consommateurs ont dépensé environ 1,3 milliards d'euros en cadeaux pour leur moitié, le 14 février 2025. Au Royaume-Uni, les chiffres s'élèvent à 83 pounds (environ 87 fr.), contre 127 euros par personne (environ 116 fr.) en Espagne, d'après le site Online marketplatz. 

Une table pour deux, s'il-vous-plait!

D'après un rapport publié par MasterCard en 2020, les Suisses auraient dépensé 42 millions de francs pour emmener leur partenaire au restaurant le soir du 14 février. La courbe esquisse toutefois une légère chute, au fil des années, sachant que le budget s'avérait 11% plus élevé en 2017. 

D'après Alexandre Belet, président de GastroLausanne, la fête des amoureux reste tout de même marquée par un afflux de réservations pour deux: «Nous n'avons pas de chiffres exacts, mais on voit effectivement que la Saint-Valentin reste une date à laquelle les restaurants sont pleins; normalement c'est une journée rentable.»

Tous les restaurants, selon leur taille, leur fonctionnement ou leurs spécialités culinaires, n'ont pas la possibilité de proposer des menus adaptés à la Saint-Valentin. «Mais ceux qui peuvent et souhaitent le faire rencontrent un franc succès, constate notre intervenant. Le 14 février, de nombreux couples aiment choisir un restaurant qui marque, selon leurs standards et leur budget, une occasion spéciale.»

On s'arrache les roses et les chambres d'hôtel

Rappelons par ailleurs que les Suisses sont particulièrement friands de fleurs et se hissent sur le podium mondial, avec 600 millions de francs dépensés chaque année en bouquets, soulignait l'émission «A bon entendeur» sur la RTS. Le jour de la Saint-Valentin, les ventes totales oscillaient entre 25 et 40 millions de fr. en 2025, ajoutait Blue News. Soit l'équivalent des ventes totales de roses rouges généralement comptabilisées sur 10 jours. 

Le seul problème: les roses rouges ne poussent pas durant la saison hivernale et leur importation est très coûteuse, ce qui contrebalance largement ce potentiel bonus de février. Le rapport de MasterCard soulignait par ailleurs que la popularité des bouquets tend à varier d'année en année, après une chute notable de 19% en 2019, un peu rattrapée par la suite. Au niveau européen, les commandes de fleurs ont toutefois augmenté de 38% en 2025, note la plateforme de commandes en ligne Foodora.

Les livraisons de sushis explosent

Sachant que les tables sont typiquement réservées des semaines à l'avance, de nombreuses personnes se tournent vers les repas livrés à domicile. En 2025, l'entreprise Smood a enregistré son record de commandes annuel le 14 février. «La Saint-Valentin, c’est beaucoup d’amour, beaucoup de restaurants complets et aussi beaucoup de livraisons à domicile», peut-on lire dans un communiqué. A noter que les mois de janvier et de février ont été les plus avantageux pour la plateforme, l'année dernière. 

Et certains établissements misant justement sur les livraisons sortent le grand jeu: les restaurants de sushis, par exemple, proposent des box de Saint-Valentin. Soulignons que ces petits délices japonais restent (comme l'a prouvé Samantha Jones dans «Sex and the city») un classique du romantisme culinaire. C'est le cas de Sushi shop, de Sushizen et de Haiku Sushi, à Nyon (qui proposent même un riz de couleur rose!). «La Saint-Valentin, c'est notre jour phare de l'année, confirme Gaëlle Horn, responsable du restaurant Sushi shop de Saint-François, à Lausanne. Que ce soit au niveau des commandes ou des repas sur place, les box à partager fonctionnent très bien.» 

Ces chiffres et cette popularité prouvent bien une chose: parmi toutes les âmes pragmatiques qui affirment détester la Saint-Valentin, il y en a probablement quelques-unes qui achèteront quand même des fleurs ou des chocolats, ce samedi!

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