Réunion très tendue
L’Exécutif valaisan jugé peu exemplaire avec la sécurité incendie

Des chargés de sécurité communaux reprochent au Service cantonal de sécurité son manque d'exemplarité en protection incendie. Alors que des appels à la démission sont évoqués, des interlocuteurs du canton nous donnent leur version des faits.
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La cheffe du Service cantonal de la sécurité, Marie-Claude Noth-Ecoeur, indique que des aides supplémentaires ont été décidées pour les chargés de sécurité communaux en matière de protection incendie.
Photo: KEYSTONE
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Myret ZakiJournaliste Blick

A la suite du drame de Crans-Montana, les tensions sont palpables jusqu'au Département de la Sécurité du canton du Valais. Le Service cantonal de la sécurité civile et militaire a en effet organisé une séance, le 12 février, avec les chargés de sécurité des communes valaisannes, pour parler des normes de sécurité incendie.

L’intention était de «favoriser un échange direct et un partage d’informations» au sujet de la sécurité des établissements, des pratiques actuelles et des réalités communales, et d’obtenir des retours d’expérience des responsables communaux sur les enjeux rencontrés sur le terrain. Ceci devait permettre d’identifier les besoins de soutien et de fournir aux chargés de sécurité communaux des outils visant à les aider dans leurs missions.

90 participants, une seule issue

Toutefois, tout ne s'est pas déroulé comme prévu, dans le contexte très tendu de l’après-drame du 1er janvier. Un climat de tension aurait dominé la réunion, et son organisation aurait fait des mécontents, a appris Blick.

En effet, la séance aurait elle-même enfreint plusieurs règles en matière de sécurité, affirment des témoins. Quelque 90 participants étaient réunis dans un local qui ne disposait que d’une unique sortie de secours, au lieu de deux, comme le prescrit l’Association des établissements cantonaux d'assurance incendie (AEAI) pour des locaux de plus de 50 personnes. Or il a justement été rappelé, durant la séance, que lorsqu’un local ne répond pas aux exigences réglementaires, l’occupation devrait être limitée à 20 personnes au maximum. 

Manque de cohérence

Nos sources soulignent par conséquent le manque de cohérence entre les principes énoncés et la situation observée. Le bon exemple n’était pas non plus donné par l’absence de signalétique visible d’une issue de secours. En outre, la porte ne s’ouvrait pas dans le sens de l’évacuation, selon ces témoins. Les participants auraient ensuite été conviés à un apéritif dans une salle au sous-sol, sans indication apparente des cheminements d’évacuation.

Par ailleurs, rapportent ces sources, de nombreuses questions sont restées en suspens. D’autres réponses du Service de la sécurité cantonal ont été jugées incomplètes ou contradictoires par les responsables communaux, et le temps consacré aux échanges a été jugé insuffisant. 

Menace de démission collective

Au point que plusieurs responsables communaux envisageraient une démission collective «si aucune clarification ou évolution n’intervient». En outre, des voix parmi ces responsables communaux auraient évoqué la demande de démission de la cheffe de service de la Sécurité civile et militaire du canton, Marie-Claude Noth-Ecoeur, ainsi que du secrétaire général du Département de la sécurité, des institutions et du sport, Olivier Beney.

Confrontés à ces témoignages de mécontentement, Marie-Claude Noth-Ecoeur et Olivier Beney nous ont rapidement répondu par écrit. La cheffe du Service de la sécurité, transmettant le message au nom des deux, indique que les démissions dont il est fait mention «ne nous ont pas été signalées lors de cette séance». 

«Au cas par cas»

Au sujet des normes de sécurité qui n’auraient pas été respectées le jour de la séance, elle cite l’article 11 de la norme de protection incendie de l’AEAI 2015, qui prévoit qu’«il est possible d'appliquer au cas par cas d'autres mesures de protection incendie au lieu des mesures prescrites, pour autant que celles-ci offrent une sécurité équivalente pour l'objet concerné.» D’après la responsable du Service, le bâtiment en question était «doté d’une détection incendie qui était installée comme mesure compensatoire». 

La cheffe du Service de la sécurité indique par ailleurs que nombreuses questions ont trouvé réponse lors de cette séance, dans le temps prévu. «Les chargés de sécurité nous ont transmis 270 questions. Une partie nécessitait des éclaircissements. L’Office cantonal du feu s’est engagé à fournir toutes les réponses par écrit d’ici la fin du mois, comme annoncé lors de la séance.» 

Soutien supplémentaire du canton

Dans leur message, Marie-Claude Noth-Ecoeur et Olivier Beney disent comprendre tout à fait que les chargés de sécurité des communes «se posent de nombreuses questions et puissent ressentir des inquiétudes en vue des tâches et missions qui sont attendues de leur part». C’est d’ailleurs pour cette raison, ajoutent-ils, «que le Département entend amener un soutien supplémentaire aux communes dans le domaine de la protection incendie». 

Dans ce cadre, le Département a décidé de renforcer la formation des chargés de sécurité communaux et de développer une plateforme informatique destinée à faciliter le suivi des contrôles devant être effectués par les communes. Parallèlement, la révision totale de la loi sur la protection contre l’incendie et les éléments naturels (LPIEN), initiée en novembre 2025, s’appuiera sur les enseignements tirés du drame et sera menée dans les meilleurs délais.

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