En bref
- Virginie Efira est à Locarno pour défendre «Soudain», le film de Ryūsuke Hamaguchi consacré notamment à la vieillesse et à l’Humanitude.
- L’actrice évoque sa grand-mère atteinte d’Alzheimer, son passage de la télévision au cinéma d’auteur et sa conviction qu’il faut continuer à croire à «la petite brèche».
Virginie Efira parle vite et fort, pense encore plus vite et fort, et ne cherche jamais à lisser les contradictions. A Locarno, elle accompagne «Soudain», le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, dans lequel elle incarne Marie-Lou, la directrice d’un établissement pour personnes âgées. Celle-ci tente d’y instaurer une méthode de soins fondée sur l’écoute, la dignité et l’Humanitude, malgré les résistances de certains.
Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer, va bouleverser son existence. Entre les deux femmes naît une «amouritié» qui permet à Hamaguchi de parler tout à la fois de vieillesse, de maladie, de mort et de la façon dont une société traite ceux qu’elle juge moins «utiles». Le film est librement inspiré d’une correspondance réelle entre une philosophe condamnée par la maladie et une anthropologue.
Attablée sur une terrasse au bord du Lac Majeur – Locarno vient de lui décerner un prix – Virginie Efira voit d’ailleurs des ressemblances entre son personnage et elle-même. «L’écoute est quelque chose qui m’importe énormément. Et cette idée de croyance, d’espérance, est vraiment à l’intérieur de moi.»
Même son parcours, longtemps sinueux, finit par entrer en résonance avec le rôle. Elle rappelle avoir toujours voulu être comédienne, tout en passant par d’autres vies et d’autres métiers. «J’ai traversé des moments où j’avais peur, où ça n’allait pas. J’ai donc vécu d’autres expériences en essayant d’y trouver ce qu’il y avait de bon.»
Justine Triet et Paul Verhoeven
Pas question pour autant de présenter sa carrière comme une ascension linéaire, de la télévision vers un cinéma supposément plus noble. «Je ne sais pas si je mettrais des niveaux dans les expériences.» Avec le temps, explique-t-elle, vient surtout une meilleure connaissance de soi. Et une formule de Bette Davis qu’elle fait volontiers sienne: «Vieillir, ce n’est pas pour les mauviettes.»
La peur, justement, a longtemps pesé. A l’époque de la télévision, elle avait presque renoncé à devenir réellement actrice. «En France, on vous met dans une catégorie et il devient difficile d’en sortir.» Puis elle décide de risquer davantage, quitte à abandonner une certaine sécurité économique. Les rencontres avec Justine Triet puis Paul Verhoeven feront le reste.
Un cas d'Alzheimer familial
Dans «Soudain», Hamaguchi s’intéresse à ceux que la société cesse de regarder: les personnes âgées, les corps qui ne produisent plus. Le sujet touche Efira intimement. Sa grand-mère souffrait d’Alzheimer. Enfant déjà, elle s’étonnait que l’on puisse vouloir corriger son monde plutôt que d’y entrer. «Elle pensait qu’il y avait un jardin sous son lit. Je me disais: c’est un monde intéressant, pourquoi ne pas entrer dedans?»
C’est là que le film devient politique. «Dans nos sociétés capitalistes, à partir du moment où l’on n’est plus 'valable' pour produire, on devient presque un détritus.» Efira sait que l’espoir porté par Hamaguchi peut sembler naïf. Elle s’en amuse elle-même: «Quand je m’entends parler de ce film, je me dis: merde, on dirait du développement personnel!» Avant de reprendre aussitôt son sérieux: «Si on ne s’accroche pas à la petite brèche, alors autant en finir.»
Chez elle comme chez Hamaguchi, l’optimisme n’est donc pas une douceur. C’est presque une forme de résistance.
«Soudain» sort mercredi 12 août dans les salles de cinéma romandes