«On ne se taira plus»
Racisme aux HUG: la colère gronde en soutien à la responsable insultée et déplacée

Une centaine de personnes se sont réunies à Genève, pour soutenir Aurélie, responsable des soins aux HUG, écartée après avoir dénoncé des propos racistes. Ils réclament sa réintégration et dénoncent l’absence de sanctions, appelant Pierre Maudet à intervenir.
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Une centaine de personnes se sont réunis en Vieille Ville en soutien à Aurélie ayant subi du racisme.
Photo: Solène Monney
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Solène MonneyJournaliste Blick

«Aurélie écartée, racistes protégés», «Sans justice, pas de confiance»: les slogans ont résonné mardi 10 février sur la place du Bourg-de-Four, en Vieille Ville de Genève. Malgré la pluie, un peu plus d’une centaine de personnes se sont réunies en soutien à Aurélie, responsable des soins aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Cette dernière a subi des propos racistes de la part de cadres – confirmés par un audit, puis a été mise à l’écart après les avoir dénoncés. Sa porte avait été taggée d'une insulte raciste en octobre dernier.

Initialement prévu sous les fenêtres du conseiller d’Etat en charge de la Santé, Pierre Maudet, le sit-in a finalement été déplacé sur la célèbre place genevoise, faute d’autorisation. Les manifestants réclament la réintégration d’Aurélie dans son service et dénoncent une gestion jugée injuste du dossier.

Après plusieurs mois de discussions, la direction lui avait proposé de poursuivre son activité dans un autre département, sans garantie de retour à son poste initial et à condition de se soumettre à des contrôles pendant un an. Une proposition vécue comme une négation de la lutte contre le racisme par les personnes mobilisées.

Toute l'institution en cause?

Au fil des prises de parole, la colère est palpable. «Y en a marre», «on ne se taira plus», scandent les participants. Au-delà du cas individuel d’Aurélie, c’est un système que les manifestants disent vouloir dénoncer. «Son cas n’est pas isolé. Les personnes qui osent parler ne sont que la pointe de l’iceberg», confie à Blick Josepha Lumpundi, présidente de l'Association des professionnels de la santé racisés (APSR). Le problème ne se limiterait pas à quelques cadres ou à un département, mais concernerait l'institution dans son ensemble.

Aurélie n’était pas présente au rassemblement. «L’hôpital scrute chacun de ses faits et gestes, mais elle vous remercie pour votre soutien», a expliqué Yves Mugny, délégué syndical à Avenir Syndical. Des employés des HUG disent rester discrets par crainte de représailles. Certains évoquent une «chasse aux sorcières».

«Un combat pour la dignité»

La mobilisation dépasse aussi le cadre hospitalier. «J’ai suivi cette affaire et je suis atterrée», confie une manifestante qui ne travaille pas aux HUG. Pour Yves Mugny, se réunir et protester relève d’«un combat pour la dignité». Il reproche à l’institution une trop grande complaisance envers les auteurs de propos racistes.

Pour rappel, un audit externe rendu en octobre a confirmé l’existence de propos discriminatoires. Aucune sanction disciplinaire n’a toutefois été prise par la direction. Une cadre aurait été promue, une autre simplement changée de département.

Aurélie, de son côté, a vu ses compétences managériales analysées dans ce même audit, qui a pointé certains dysfonctionnements. Un constat qui interroge, alors qu’une évaluation interne datant de mars 2025 saluait des performances dépassant «toutes les attentes». Aucune sanction n’a finalement été prononcée à son encontre.

Pierre Maudet absent

Les manifestants dénoncent surtout le manque de protection accordée aux lanceurs d’alerte. «L’hôpital a préféré protéger une poignée de cadres racistes plutôt qu’Aurélie», accuse Yves Mugny. «Sans sanctions, dénoncer ne sert à rien, tranche Josepha Lumpundi. Si la protection n’est pas garantie, le racisme ne disparaîtra pas.»

Faute d’accord avec la direction des HUG, les manifestants demandent désormais l’intervention de Pierre Maudet. Le conseiller d’Etat n’est pas venu à leur rencontre. Interrogé précédemment par Blick, il avait indiqué suivre le dossier et regretté des faits qu’il juge «graves». Il avait toutefois rappelé que son rôle n’était pas de trancher des situations individuelles, mais de «s’assurer que les HUG disposent de procédures claires et qu’elles soient appliquées de manière impartiale».

Nouvelle actions prévue

Prenant le conseiller d’Etat au mot, les manifestants souhaitent le rencontrer pour lui exposer d’autres situations similaires. Si la situation n’évolue pas, un nouveau rassemblement est annoncé pour le jeudi 19 mars à 16h, cette fois devant le Grand Conseil. «Si on gagne, vous le saurez. Si on ne gagne pas, vous le saurez aussi et on aura besoin de vous», lance Yves Mugny. Le bras de fer se poursuit, porté par une partie du personnel des HUG, déterminée à continuer la mobilisation.

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