Une proposition jugée «inacceptable». C’est ainsi que des collaborateurs impliqués dans la lutte contre les discriminations et proches du dossier de la responsable du Département de réadaptation et de gériatrie (DRG) des HUG, visée par des insultes racistes, qualifient la dernière offre de la direction du mardi 27 janvier.
Mise à l’écart depuis le mois d’août, la cadre du DRG – regroupant cinq sites dont l'hôpital des Trois-Chênes où elle a été victime de propos racistes confirmés par un audit – se trouve au cœur d’une lutte qui oppose la direction des Hôpitaux universitaires de Genève aux syndicats et à une partie du personnel.
Après plusieurs mois de discussions, les HUG camperaient sur leur position. La responsable pourrait continuer à travailler, mais dans un autre service pendant minimum un an, sans aucune garantie de retour à son poste initial au DRG. Son activité serait soumise à des contrôles trimestriels pendant un an et elle ne pourrait plus communiquer avec des partis externes sur la situation, au même titre que le syndicat. Certains dénoncent «des représailles déguisées».
Après un rassemblement de soutien des collaborateurs du département le 8 janvier, une résolution a été transmise par Avenir Syndical et l’Association des professionnels de la santé racisés (APSR). Faute de réponse «d’ici au 15 janvier», un sit-in était prévu devant les bureaux du conseiller d’Etat en charge de la Santé, Pierre Maudet. In extremis, les HUG auraient proposé une rencontre réunissant le syndicat, l’APSR, le directeur général Robert Mardini et le chef de département.
Accepter le placard ou rien
Pour afficher sa bonne volonté, l’hôpital universitaire leur aurait promis une nouvelle proposition d’ici au 21 janvier. Le directeur général se serait engagé auprès de la délégation à réintégrer la cadre à son poste. Mais pour les membres et la responsable, c’est la douche froide: la proposition ne serait pas conforme et le transfert toujours de mise. «Ils nous ont fait croire à un retour de la responsable au DRG, avec des modalités à venir le 21», déplore-t-il. A la réception du document, la colère est vive. La proposition est qualifiée de «torchon» et immédiatement refusée.
Dans les jours qui suivent, la responsable aurait été reçue une première fois par le directeur des ressources humaines, qui lui aurait assuré transmettre l’échange au directeur général. Robert Mardini aurait ensuite demandé à la rencontrer en tête-à-tête. Le syndicat s’y oppose et réclame, avant toute discussion, une nouvelle proposition écrite. Le climat se tend.
La rencontre aurait finalement eu lieu ce mardi 27 janvier. Selon une collaboratrice du département, la position des HUG ne bouge pas: la proposition du 21 janvier reste inchangée. La responsable pourrait continuer à travailler, mais uniquement dans un autre service. La source évoque une stratégie destinée à la pousser vers la sortie. Les contrôles réguliers annoncés videraient la fonction de sa substance. «Le seul moyen de revenir, c’est d’accepter le placard», résume-t-elle.
Toujours selon cette source, l’entretien avec le directeur général avait un objectif clair. Convaincre la responsable d’accepter la proposition. «En clair, c'est à prendre ou à laisser.»
Propos racistes confirmés
Pour comprendre l’ampleur de la crise, il faut revenir à l’origine du conflit. En juillet 2025, la responsable et plusieurs collaborateurs dénoncent des propos racistes tenus par d’autres cadres du département, notamment des remarques sur la couleur de peau et des stéréotypes dégradants, révélait La «Tribune de Genève». Certaines unités auraient même été surnommées «le Maghreb» ou «Bamako», en référence à l’origine de certains soignants.
La responsable des soins est elle-même ciblée par des propos racistes lors de réunions, en présence de son adjointe. Elle est accusée de «favoriser les Noirs et les Arabes» ou d’être trop conciliante avec des «aides-soignantes noires incompétentes», selon le quotidien genevois.
Face à ces accusations, la direction générale des HUG mandate un audit externe. Celui-ci confirme l’existence de propos racistes au sein du département. Aucune sanction disciplinaire n’est toutefois prise. Une cadre impliquée est même promue, tandis qu’une autre quitte l’institution de son propre chef. Les HUG ont expliqué déployer un dispositif d'accompagnement auprès des employés et lancé une campagne de sensibilisation contre «toute forme de discrimination».
Le parcours de la cadre passé au crible
L’audit pointe en revanche des dysfonctionnements managériaux imputés à la responsable. Un constat qui interroge, alors qu’une évaluation interne datant de mars 2025 saluait des performances dépassant «toutes les attentes». Entendue dans le cadre de l’audit, la cadre se défend fermement. Aucune sanction n’est prononcée à son encontre.
En octobre, la situation se tend encore. La porte de son bureau est taguée d’une inscription raciste d’une violence extrême: «N******* dégage!!!». Les HUG déposent plainte. Les conclusions de l’audit suscitent néanmoins l’indignation d’une partie du personnel. «La problématique est bien plus importante que des problèmes de management. Il y a un racisme systémique au sein de l’institution», confiait alors une source à La «Tribune de Genève».
Epuisée, la responsable se met en arrêt maladie pendant un mois. Lorsqu’elle annonce vouloir reprendre son poste, elle est écartée. La direction souhaite la transférer dans un autre service, affirmant vouloir «protéger son intégrité» face à un «climat délétère». Interrogés par Blick, les HUG n'ont pas souhaité «s'exprimer sur le sujet», les négociations étant en cours.
Un nouveau sit-in organisé
Face à la fermeté des positions de l'hôpital universitaire, les soutiens de la responsable ont décidé de relancer la mobilisation. Un nouveau sit-in sera organisé le 10 février prochain devant les bureaux du conseiller d’Etat en charge de la Santé, Pierre Maudet, après la suspension du précédent. A ce stade, aucun compromis ne se dessine et le conflit reste ouvert.