Après plusieurs dénonciations de racisme formulées plus tôt en 2025 par des employés du Département de réadaptation et de gériatrie (DRG), dont une cadre, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) reconnaissent une réalité lourde: l’existence de racisme et de xénophobie vécu par près d'un employé racisé sur deux au sein du service.
En pleine crise, l’institution a mené à la fin de l’an dernier un sondage interne auprès des 1700 collaborateurs du DRG. Au total, 487 personnes ont répondu. «Je le dis sans aucune ambiguïté, ces expériences sont bien réelles et douloureuses. Elles ne seront jamais acceptables», a déclaré le directeur général Robert Mardini la mine grave, ce mercredi 18 février en conférence de presse.
Plus de 120 collaborateurs se disent victimes de racisme. Un quart des répondants (26,5%) affirment avoir subi des discriminations dans le cadre professionnel. Ce taux atteint 44% parmi les personnes racisées, contre moins de 20% chez les personnes non racisées. L’enquête sera étendue à l’ensemble de l’institution cette année afin d’obtenir «une vision complète des enjeux».
Des attaque des patients, collègues et supérieurs
Dans un tiers des cas, les patients sont mis en cause. Les collègues représentent 31% des situations signalées, les supérieurs hiérarchiques 20%. Les faits évoqués concernent surtout des propos, attitudes ou préjugés dévalorisants. Plus de 40% des répondants disent avoir été témoins de racisme. Deux tiers estiment toutefois qu’il ne s’agit pas d’un phénomène systémique.
Chez les personnes racisées, la couleur de peau arrive en tête des motifs de discrimination, devant l’origine ethnique et la nationalité. Chez les non racisés, la nationalité concentre 61% des cas. Les frontaliers seraient particulièrement visés, selon les HUG. «Nous ne tolérons aucun acte» raciste ou discriminatoire, a insisté le directeur.
Des soignants et des patients impactés
Les conséquences sont concrètes: démotivation, sentiment d’exclusion, évitement de certains lieux, dégradation des relations professionnelles. Plus de 20% des répondants affirment avoir observé des cas de racisme visant des patients. La prise en charge est donc affectée, estime l'établissement.
Les HUG jugent ces résultats cohérents avec les données publiées en 2023 par l’Office fédéral de la statistique. Robert Mardini admet qu’il est «impossible d’éradiquer le racisme, car c'est un problème sociétal», mais assure vouloir «empêcher la manifestation du racisme» au sein de l’institution.
La responsable contre-attaque
L’affaire a éclaté après les signalements d’une responsable des soins, qui avait dénoncé en août des propos racistes tenus par des cadres, faits confirmés par un audit. Sa porte avait ensuite été taguée d’une insulte raciste. Un poste équivalent dans un autre département lui a été proposé. Les HUG parlent d’une mesure de protection et d’un moyen de préserver la sérénité du service. Une procédure judiciaire est en cours après un recours de l'ancienne responsable des soins du DRG.
L’institution reconnaît que l’ancienne responsable a subi «des menaces inacceptables» sur son lieu de travail. Deux personnes ont été sanctionnées et mutées dans un autre département, les faits n’ayant pas été jugés suffisamment établis pour un licenciement, précise Robert Mardini. Une dizaine d’entretiens de recadrage ont également été menés.
Augmentation des violences
En parallèle, des ateliers de formation ont été lancés pour 680 collaborateurs. Une campagne institutionnelle a été menée, de même qu'un accompagnement du personnel. Les mécanismes d'alerte ont été renforcés. Les déclarations en cause peuvent faire l'objet de poursuites administratives ou pénales, ajoutent les HUG. «Il faut aller plus loin», a dit Robert Mardini qui annonce le renforcement de la prévention. Des référents seront nommés cette année dans chaque département.
L'institution se distancie toutefois de certaines déclarations publiques ces derniers mois et a proposé une médiation à l'ancienne cadre. Une nouvelle responsable des soins a repris, au moins provisoirement, le travail mis en place depuis août, explique-t-elle.
Plus largement, Robert Mardini affirme avoir été étonné comme directeur général que les attaques contre le personnel de santé ne se limitent pas aux zones de conflit où il oeuvrait quand il était au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il y a une «tendance lourde» à une augmentation des violences contre les travailleurs de santé, y compris aux HUG, déplore-t-il. Robert Mardini a concédé que le racisme ne s'inscrit pas dans des mesures ponctuelles mais dans la durée. «Chaque victime de racisme est une victime de trop», a rappelé le directeur des HUG.