Accusé d'escroquerie
L'avocate de Pascal Jaussi dénonce un «acharnement judiciaire»

Pascal Jaussi, fondateur de Swiss Space Systems, a plaidé non coupable mardi à Fribourg. Accusé d'escroquerie et d'abus de confiance, il dénonce un «acharnement judiciaire» et demande la récusation du procureur général.
Pascal Jaussi, fondateur de Swiss Space Systems Holding (S3), a plaidé non coupable.
Photo: KEYSTONE
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ATS Agence télégraphique suisse

Pascal Jaussi, fondateur de Swiss Space Systems Holding (S3), a plaidé non coupable mardi lors de la première matinée de son procès devant le Tribunal pénal et économique du canton de Fribourg. L'avocate du prévenu de 49 ans, jugé notamment pour escroquerie et abus de confiance, a demandé la récusation du procureur général et dénoncé un «acharnement judiciaire» et une instruction «à charge» contre son client.

Lors de l'ouverture du procès, la défense a tout d'abord demandé de renoncer à une partie de l'acte d'accusation contre le patron de S3, accusé d'avoir attiré à lui de l'argent pour le dilapider en quelques années dans un projet «irréaliste» et pour avoir laissé derrière lui un découvert de 31,6 millions de francs. Différentes accusations ont été classées, comme celle de faux renseignements sur les entreprises commerciales, de violation de l’obligation de tenir une comptabilité ou de gestion fautive.

La défense a également demandé que l'audience se déroule à huis clos partiel. Une requête rejetée. Pascal Jaussi aurait pu s'exprimer plus librement dans de telles conditions, d'autant plus que la procédure porte en partie sur des éléments jugés «très sensibles» par la défense, comme des business plans.

Le prévenu avait été retrouvé gravement brûlé, le 26 août 2016, dans une forêt dans la Broye. Pour le Ministère public, il s'agit d'une mise en scène, qui aurait servi à retarder la fin de S3, sachant que le prévenu se débattait alors pour obtenir des ajournements de faillite. Pascal Jaussi a toujours nié cette version. Il avait connu de nombreux déboires et procédé, notamment, à la vente pendant plusieurs années de billets pour des vols ZeroG à partir de multiples endroits dans le monde. Cela a rapporté 1,64 million, alors qu'aucun acheteur n'a effectué le moindre vol.

Relations «catastrophiques»

L'avocate du prévenu, la Genevoise Mihaela Verlooven, a demandé la récusation du procureur général. Elle s'est penchée mardi sur les relations «catastrophiques» entre son client et Raphaël Bourquin, qui représente le Ministère public dans cette affaire. Pascal Jaussi a d'ailleurs déposé plainte en avril 2021 contre lui. Mais l'immunité de ce dernier n'a pas été levée.

Plus globalement, c'est la manière de mener la procédure qui a été épinglée par l'avocate genevoise. «Quand Monsieur Jaussi demandait quelque chose, c'était toujours: non», a-t-elle souligné. Elle a également dénoncé le fait que «les informations figurant dans la presse sont régulièrement prises pour argent comptant» dans le cadre de la procédure.

Par ailleurs, lorsque Pascal Jaussi a été mis en détention en janvier 2017, moins d'une année après avoir été retrouvé brûlé dans la forêt, Raphaël Bourquin, qui était procureur adjoint, a rapidement convoqué une conférence de presse, faisant part de son «intime conviction» selon laquelle il était coupable, selon l'avocate. Une manière de procéder qui a déplu à la défense.

«Manipulateur»

Raphaël Bourquin a rétorqué que l'affaire avait déjà été particulièrement médiatisée. «Je ne me suis pas précipité devant les médias, mais j'ai fait un communiqué de presse.»

Il a par ailleurs évoqué les «mensonges» de Pascal Jaussi et parlé d'une instruction «très compliquée». «Je n'ai aucune animosité envers lui, a-t-il poursuivi. Il est un prévenu comme les autres, au même rang que les milliers de dossiers que j'ai pu traiter en 25 ans.»

Le procureur général a à son tour mis le doigt sur le comportement de Pascal Jaussi dans la sphère médiatique, après que le prévenu s'est exprimé le week-end dernier dans la presse. Selon lui, Pascal Jaussi «vient donner ses propres vérités.» «Aujourd'hui, la défense ne plaide pas pour vous», a dit le procureur général au tribunal, «mais pour eux», a-t-il poursuivi en se tournant vers les journalistes et le public présents dans la salle.

Et d'ajouter: «Vous avez en face de vous un manipulateur qui est très intelligent, donc ne croyez pas tout ce qu'on vous dit.» Des termes qui, aux yeux de la défense, sont symptomatiques de ce qu'il se passe depuis plusieurs mois et années: «Mon client se fait insulter, calomnier et diffamer pendant les audiences», a bondi son avocate.

Un autre homme fort

La défense s'est par ailleurs penchée sur la position de l'ancien associé de Pascal Jaussi au sein de S3. Celui-ci disposait d'un important pouvoir dans la holding, s'occupant notamment du support, de la comptabilité et des ressources humaines, selon l'avocate.

«Beaucoup d'éléments n'ont jamais été instruits à charge» de cet homme, «alors qu'on cherche le responsable d'une faillite», selon Mihaela Verlooven. Il pourrait également avoir été partie prenante la fameuse nuit de 2016, lors de laquelle Pascal Jaussi aurait été agressé dans une forêt, selon la défense.

L'audience va reprendre le 11 mai. Six journées sont encore prévues jusqu'au 29 juin. Avec d'un côté le procureur général qui accuse Pascal Jaussi de «revenir continuellement avec les mêmes choses, alors qu'elles ont été jugées» et de «vouloir gérer sa propre communication"; et, de l'autre, la défense qui évoque un «acharnement judiciaire et personnel», les débat devraient encore être animés.

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