Mathilde Marendaz demande des comptes
L'Etat de Vaud devra s'expliquer après le décès tragique d'un ouvrier sur l'un de ses chantiers

Après la chute mortelle d’un ouvrier sur le chantier du Campus Santé à Chavannes-près-Renens (VD), la députée Mathilde Marendaz interpelle le Conseil d’Etat. Elle dénonce un chantier sous pression et des dangers déjà signalés avant la tragédie.
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Le futur Campus Santé accueillera notamment la Haute Ecole de santé Vaud. Le 15 juin, un ouvrier est décédé sur le chantier du bâtiment.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • Un ouvrier espagnol de 50 ans est mort lundi 15 juin après une chute de 9 mètres sur le chantier du futur Campus Santé, à Chavannes-près-Renens (VD).
  • Le Ministère public a ouvert une instruction pénale pour déterminer les causes exactes du drame.
  • La députée Mathilde Marendaz interpelle désormais l’État de Vaud, propriétaire du chantier, en dénonçant des risques déjà signalés, une pression sur les délais et en demandant si des condoléances publiques seront présentées.
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Un ouvrier est mort sur un chantier de l’Etat de Vaud. La députée Mathilde Marendaz veut désormais des réponses. L’élue d’Ensemble à Gauche (EàG) interpelle le Conseil d’Etat après le tragique accident de travail survenu lundi 15 juin sur le chantier du futur Campus Santé, à Chavannes-près-Renens, où doit notamment s’installer la Haute Ecole de santé Vaud (HESAV).

Le site en construction dépend de la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP). Un ouvrier espagnol de 50 ans y a fait une chute d’environ 9 mètres alors qu’il effectuait des tâches de nettoyage au premier étage d’un des bâtiments. Les investigations ont été confiées à la gendarmerie.

Mathilde Marendaz refuse que ce drame soit traité comme un simple accident isolé. Dans son interpellation, la députée rappelle que l’ouvrier aurait chuté après avoir marché sur une plaque coupe-feu qui aurait cédé. Et elle estime que ce décès «met en lumière une réalité systémique et alarmante» régulièrement dénoncée par les syndicats: la pression liée aux délais de livraison des chantiers publics.

Un chantier sous pression

La rentrée de la HESAV est prévue pour août prochain. Or, selon Mathilde Marendaz, le chantier accuserait un «retard massif» et subirait une planification devenue «délétère».

L’élue relaie plusieurs témoignages de travailleurs évoquant une situation intenable. Notamment en lien avec la «superposition chaotique des tâches». Elle développe: «Des peintres, plâtriers, électriciens et résineurs se marchent dessus simultanément dans des espaces restreints, sans connaître les risques inhérents aux métiers des autres», s'alarme la doctorante et députée.

A cela s'ajoutent l'absence de balisage de certaines zones à risque, le manque de protection malgré «les vapeurs de solvants», les ferrailles saillantes non protégées et une logistique défaillante, illustrée notamment par l'unique voie d'accès «congestionnée» empêchant le croisement des véhicules qui arrivent sur le chantier.

Des problèmes qui auraient pu être évités

La députée va plus loin. Elle affirme que des alertes avaient déjà eu lieu avant le drame. Selon elle, une dalle coupe-feu similaire a cédé une semaine plus tôt, sans faire de blessé. «Les ouvriers étaient conscients du danger mais, pressurisés par la sous-traitance, ils n’avaient d’autre choix que de continuer à travailler», écrit-elle dans son texte adressé au gouvernement.

Mathilde Marendaz évoque par ailleurs le problème récurrent de la sécurité sur les chantiers publics, le canton étant déjà marqué par le drame de Malley. Elle rappelle avoir déjà interrogé l’Etat à l'époque. Son message est clair: «En tant que maître d’ouvrage, l’Etat de Vaud se doit d’être irréprochable et exemplaire.»

«Mépris de vies humaines»

La députée dénonce une course contre la montre qui, selon elle, ne doit jamais se faire «au mépris de vies humaines et des règles fondamentales de la sécurité». Elle demande donc au Conseil d’Etat si une alternative est prévue pour la rentrée académique de la HESAV dans le cas où le bâtiment ne pourrait pas être livré à temps. Et surtout pourquoi cette alternative ne serait pas appliquée dès maintenant, «au vu des risques sanitaires et sécuritaires majeurs» qu’imposerait un chantier mené dans la précipitation.

Elle interroge également le gouvernement vaudois sur les mesures prises depuis le décès de l’ouvrier. Le chantier a-t-il été sécurisé? Quelles décisions concrètes ont été imposées par l’État et par la direction des travaux, assurée par Pragma SA? Des audits de sécurité approfondis sont-ils prévus sur les chantiers actuels et futurs de l’Etat? Et d’autres grands chantiers cantonaux connaissent-ils aujourd’hui des retards critiques susceptibles de faire peser la pression des délais sur les ouvriers?

Des condoléances publiques?

L’interpellation de Mathilde Marendaz comporte aussi une question plus symbolique. L’Etat de Vaud va-t-il présenter publiquement ses condoléances à la famille de l’ouvrier décédé? La députée demande également si un soutien financier, psychologique ou un dédommagement est envisagé pour les proches de la victime et pour ses collègues de travail.

Citant des chiffres de la SUVA, la députée EàG évoque enfin le «tribut disproportionné» payé par les ouvriers de la construction. Il y aurait 75 décès par année dans le gros œuvre et le second œuvre, soit plus de 6 décès par mois en Suisse. Ainsi, l’État de Vaud fait-il vraiment tout pour éviter que les délais, les retards et la pression de livraison ne se répercutent sur la sécurité des ouvriers?

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