Influenceur littéraire
Martin Boujol: «J’ai peur d’être rangé dans une seule case»

Avec plus de 360'000 followers sur Instagram, le Genevois Martin Boujol est l’influenceur littéraire francophone le plus suivi. Le jeune trentenaire publie, chez Grasset, un premier essai très personnel et bourré de conseils sur la lecture: «Le trésor des livres».
Le Genevois s'est confié sur la sortie de son premier essai, «Le trésor des livres».
Photo: MAGALI GIRARDIN
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Amit Juillard
L'Illustré

Martin Boujol, pourquoi ce livre sur la lecture?
Je voulais poursuivre mon effort de démocratisation de la lecture, mener les mêmes réflexions que dans mes courtes vidéos sur Instagram – pourquoi lire, comment s’y mettre, etc. – mais les proposer sur le temps long et y ajouter mon vécu. Et c’était une commande de Grasset, une opportunité à saisir.

Vos followers passent du temps sur les réseaux sociaux, mais lisent. Instagram ne nous éloigne donc pas forcément des bouquins?
Tu peux être un grand sportif et aller au McDo. Tout est une question d’équilibre. Un ratio 50/50 – une heure d’écran, une heure de lecture –, ce serait déjà bien. 

Votre essai commence par votre enfance. Vous étiez qui dans la cour de récré?
J’ai toujours fait le pont entre les cools et les nerds. J’étais enfant comme je suis aujourd’hui: j’ai besoin de nourrir mon esprit au calme, mais j’aime bien boire 27 bières et me lâcher complètement le samedi soir. En général, dans un groupe, je ne prends pas le lead, je deviens plus silencieux.

Sur cette photo, Martin Boujol a 3 ans et demi. Sa maman lui montre les images d'un livre.

Vous êtes du genre à tourner la page?
Il n’y a personne à qui je ne parle plus, je n’ai jamais été blessé au point de ne pas pardonner. Si quelqu’un n’est pas venu à mon anniversaire ou que je n’ai pas réussi à décrocher un mandat, je vais être très saoulé pendant deux heures, mais après je relativise. 

Quel livre vous a marqué à jamais?
Léon l’Africain d’Amin Maalouf, parce que j’ai toujours eu peur de ne pas pouvoir faire tout ce que je voulais en une seule vie, d’être rangé dans une seule case. Hassan el-Wazzan, lui, naît musulman en Espagne, se réfugie en Tunisie et finit baptisé par le pape tout en étant son cartographe. Dans l’intervalle, il est enlevé par des pirates, aime des femmes...

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Quel titre résume le mieux votre vie?
Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard.

Avec quel personnage échangeriez-vous votre vie?
Absolument aucun! Dans les livres, les galères sont bien pires que les miennes. Ça me ferait plaisir de passer une semaine dans le monde de Harry Potter ou de faire un peu de résistance avec Kessel, mais mon quotidien ici me manquerait. 

Actuellement, le Genevois relit «Siddhartha» pour préparer un podcast intitulé «Ouvrez les guillemets».

Avec lequel partiriez-vous en vacances?
Avec Pierre Bézoukhov, de Guerre et paix, pour réfléchir un peu au sens de la vie. Vers la fin, quand il est moins angoissé, qu’il réalise que l’homme est censé être bon pour l’homme. Evidemment, il deviendra peut-être pénible après quelques jours. 

Quelle héroïne épouseriez-vous?
Caroline N. Spacek, dans Buvard de Julia Kerninon: une écrivaine loufoque, très sauvage, inatteignable, obsédée par les livres. Je choisirais une femme décalée, avec qui on ne s’ennuie pas. 

Un protagoniste qui vous ressemble?
Lucien de Rubempré dans Illusions perdues de Balzac. Il monte à Paris, veut être écrivain, mais se heurte à la dure réalité journalistique, aux opinions arbitraires, au poids de l’argent. Je regardais aussi le monde littéraire et médiatique avec des yeux candides, je croyais les prix littéraires objectifs. Dans notre société, si tu connais du monde, si tu sais te vendre, tout change. Le talent n’est pas forcément récompensé, il faut apprendre à jouer le jeu. 

Vous avez appris à y jouer?
J’ai plutôt fait mon truc en indépendant, sans vouloir entrer dans ce monde. Ça m’en a ouvert les portes, tant mieux! 

Ces derniers temps, le trentenaire écoute beaucoup l'ablum «Sour Soul» de BadBadNotGood et Ghostface Killah (ancien membre du Wu-Tang Clan).

Avez-vous déjà pleuré en lisant?
Je dis des fois dans mes vidéos qu’un livre m’a fait pleurer, mais ça ne m’est jamais vraiment arrivé. J’ai eu l’estomac noué en lisant Une histoire d’amour et de violence d’Olivier Bourdeaut, sur sa relation avec son père qui le tabassait, mais qu’il refuse de détester. La violence du récit contraste avec un seul et ultime aveu d’amour, à la dernière page. Sur son lit de mort, son daron lui dit: «Je t’aime follement, mon fils.» Ça m’a secoué. Encore plus parce que je le connais. 

A votre enterrement, vous aimeriez qu’on dise quoi de vous?
Que j’ai poussé des gens à oser devenir eux-mêmes, comme l’ont fait Gary ou Kessel. Et il y a sûrement des choses qu’on dit de Bernard Pivot, le plus grand influenceur littéraire, que j’aimerais qu’on dise de moi…

Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous qu’il vous dise le jour où vous le rencontrerez?
«Ça va? Quoi de beau? J’ai du punch, si tu veux.»

Un article de «L'illustré» n°28

Cet article a été publié initialement dans le n°28 de «L'illustré», paru en kiosque le 09 juillet 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°28 de «L'illustré», paru en kiosque le 09 juillet 2026.

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