La boucle au naturel a la cote
Lausanne: le premier certificat de coiffure pour cheveux frisés en Suisse est né

Il manquait une formation sur cheveux bouclés, frisés et crêpus, qui n'existait pas en Suisse, explique l'entrepreneuse Sylvie Makela. Jusqu'ici, les CFC de coiffure ne les inculaient pas; or la tendance au cheveu naturel et non défrisé est en pleine expansion.
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Il est cher de former de zéro des coiffeurs et coiffeuses à travailler sur les cheveux frisés, selon Sylvie Makela.
Photo: DR
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Myret ZakiJournaliste Blick

Difficile à croire et pourtant vrai: les cheveux frisés et crépus n'ont jamais fait partie de la formation professionnelle de coiffure en Suisse. C'est désormais sur le point de changer. Et c'est à Lausanne que la première formation de Suisse, spécifiquement dédiée aux cheveux bouclés, frisés, afro-crépus, sera lancée.

Formation spécialisée de 4 mois

L'entrepreneuse Sylvie Makela s'est associée à l’académie de beauté de Lausanne pour créer le «Certificat en Coiffure Cheveux Texturés». Cette formation, qui a bénéficié de l'aide d'un fonds vaudois de soutien à l’économie durable, se déroule sur une durée de 4 mois, de mi-août à mi-décembre. 

Jusqu'ici, le CFC de coiffure ne formait pas de spécialistes de la définition des boucles et des frisures. L'apprentissage classique inclut typiquement le brushing lisse ou la permanente, mais ne répond pas à la nouvelle demande des personnes qui choisissent d'assumer leurs boucles et de les mettre en valeur. 

Si bien que, quand les clients veulent un coiffage naturel plutôt qu'un brushing, «les coiffeurs se retrouvent souvent démunis face à une chevelure au-delà du bouclé», constate Sylvie Makela. En 2017, la Lausannoise a cofondé le salon de coiffure Tribus Urbaines, spécialisé dans les cheveux frisés et afro. Le second salon a ouvert à Genève en 2020.

Essor des boucles et frisures

En Suisse romande, coiffer des têtes non lisses s'apprenait sur le tas. «Bien que la demande soit en constante évolution, les coiffeurs et coiffeuses ont fait face à un vide réel en matière d’apprentissage en Suisse, et ont dû compléter leur formation à l’étranger ou se former au sein de salons spécialisés. Dans ces deux cas, aucune reconnaissance officielle n'est délivrée», écrivent Sylvie Makela et l'académie de bauté de Lausanne.

Or, la mode et les normes évoluent depuis quelques années. «La clientèle aux cheveux bouclés, frisés, afro-crépus portés au naturel progresse plus vite que les professionnels formés pour y répondre», constate Sylvie Makela.

Coût de formation trop élevé

Pour la Lausannoise, cette lacune dans la formation commençait à coûter trop cher: «On engageait des personnes que l'on formait 1 à 2 mois, puis cela prenait encore 1 à 2 mois pour qu'elles soient à l'aise avec les différentes textures, puis elles commençaient à faire un chiffre d'affaires convenable après 5 à 6 mois. Et si elles partaient au bout de 1 ou 2 ans, cela était clairement désavantageux pour le salon.» 

Par conséquent, la nouvelle formation a été conçue pour être complète, «afin que les personnes formées soient directement prêtes à venir travailler dans les salons, ou à ouvrir une franchise si cela les intéresse», souligne la patronne de Tribus Urbaines. Ce certificat, souligne-t-elle, augmente l'employabilité des coiffeurs et leurs atouts sur le marché de la coiffure. 

La formation permet d'acquérir une connaissance fine des cheveux bouclés à crêpus. On y apprend par exemple le genre d'hydratation spécifique qui convient à ce type de cheveux, qui sont généralement fins et fragiles, mais aussi les colorations adéquates, qui doivent être végétales ou issues de marques moins toxiques, explique Sylvie Makela. 

L'injonction au lissage faiblit

Connaître la nature des cheveux frisés permet aussi de savoir que l'apport de chaleur est agressif pour ce type de fibre capillaire, qui demande un soin particulier. Si la formation couvre les colorations et les tresses, twists (torsades) et tresses plaquées sur cheveu naturel, elle n'inclut pas les extensions, peu alignées avec le parti-pris naturel de Tribus Urbaines, en raison des matières plastiques utilisées ou des questions éthiques que peut soulever le commerce de cheveux naturels.

Plus de 50% de la population européenne aurait les cheveux naturellement bouclés, frisés, ou crépus, selon des statistiques françaises citées par l'académie de beauté de Lausanne. Un nombre croissant parmi cette population s’affranchirait de l’injonction au lissage. D'où l'inadéquation croissante avec un marché de la coiffure toujours concentré principalement sur les cheveux lisses ou les méthodes pour détendre les cheveux frisés.

La tendance des cheveux non lisses et portés au naturel est encore relativement récente. Les premiers signaux de cette tendance remontent à une dizaine d’années, à l'exemple de l'actrice Zendaya, en coupe afro sur la photo ci-dessous, à New York en 2017:

Des icônes comme l'actrice Zendaya ont contribué à populariser les coupes afro.
Photo: KEYSTONE

Cependant, l’essor de marques capillaires spécialisées, et la multiplication de boutiques et de salons spécialisés comme Tribus Urbaines, ou les salons lyonnais et parisien La Belle Boucle et Bouclette, ont démontré que le marché est en expansion. 

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