Les gouvernements cantonaux de Suisse occidentale et une partie du monde scientifique se disent fermement opposés à l'initiative «200 francs ça suffit!», visant à réduire le montant de la redevance SSR. Tous redoutent des conséquences disproportionnées pour les minorités linguistiques, la cohésion nationale et la qualité de l’information.
La SSR est un «vecteur général de cohésion nationale et de diversité culturelle», elle «ne se limite pas à de la production d'informations, mais construit des ponts entre les régions, les cantons, avec les Suisses de l'étranger et à l'international», a déclaré la conseillère d'Etat genevoise, Nathalie Fontanet, lundi, devant les médias à Lausanne.
L'élue PLR était accompagnée de la présidente du Conseil d'Etat vaudois, Christelle Luisier Brodard, et du ministre jurassien Stéphane Theurillat, tous trois membres de la Conférence des Gouvernements de Suisse occidentale (CGSO). Au nom de cet organe qui réunit les cantons de Berne, Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Vaud et Valais, ils ont dit redouter les conséquences de l'initiative sur les emplois et l'économie de la Suisse occidentale.
Le monde académique monte lui aussi au créneau. Plus de 600 professeurs d'universités, hautes écoles spécialisées et hautes écoles pédagogiques ont signé une déclaration publique pour combattre une initiative jugée «néfaste».
Les universitaires prennent position
«C'est la première fois qu'autant d'universitaires s'engagent politiquement en faveur d'une cause», indiquent lundi ces professeurs dans un communiqué de presse. Leur déclaration, fondée sur diverses études scientifiques suisses et internationales, avait été signée par 644 personnes lundi à la mi-journée.
«Des médias indépendants sont aussi importants pour les démocraties libérales que des sciences indépendantes», relèvent ces professeurs, issus de toutes les régions du pays et de disciplines variées.
Disant se baser sur les connaissances scientifiques actuelles, ils affirment que des médias publics «forts» fournissent des informations de meilleure qualité. Et d'ajouter que ces médias publics, n'étant pas soumis à des intérêts commerciaux, sont davantage «axés sur la pertinence et la qualité que sur l'audimat et le nombre de clics.»
Des médias publics forts contribuent aussi à relever le niveau de «tout le paysage médiatique», car les médias privés doivent également «se mesurer selon ces standards», assurent-ils.
«Thèmes négligés»
Les signataires estiment que la SSR est l'un des rares médias du pays à couvrir «en continu des thèmes négligés», à l'image de la science. «Elle dispose de solides rédactions scientifiques et traite donc les sujets scientifiques de manière relativement plus approfondie que les médias d'information privés», remarquent ces professeurs.
Cette couverture «critique» de l'actualité liée à la recherche est aussi «essentielle pour la confiance dans la science», notent-ils.
Mentionnant d'autres études suisses et étrangères, ils soulignent qu'en cas de restriction de l'offre en ligne du service public, l'utilisation des médias ne se déplacerait pas vers les médias privés, «mais plutôt vers les offres gratuites et les réseaux sociaux.» Et la presse écrite ne gagnerait pas pour autant de nouveaux abonnés, assurent-ils.
Comme les autres secteurs à avoir pris position contre cette initiative, à l'instar du sport ou de la culture, les professeurs jugent que «la couverture des régions linguistiques serait gravement menacée» si la redevance tombait à 200 francs.
Votation le 8 mars
L'initiative populaire «200 francs, ça suffit», portée par l'UDC, l'usam et les jeunes PLR, sera soumise au vote le 8 mars. Ses partisans jugent que la redevance pèse trop sur les finances des ménages et des entreprises. Ils souhaitent aussi que la SSR se recentre sur sa mission principale, à savoir «un service indispensable à la collectivité». L'idée consiste aussi à renforcer la liberté entrepreneuriale des médias privés.