«Contre l'éducation sexuelle»
Des parents genevois dénoncent l'influence «anti-trans» et «complotiste dans l'éducation»

Des parents genevois accusent la présidente de la Fédération des associations de parents d'élèves de prendre des positions controversées sur l’éducation sexuelle et la question de la transidentité. Une lettre ouverte dénonce un climat de désinformation et de division.
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Des parents d'élève genevois dénoncent la présidente «anti-trans» de la FAPEO.
Photo: Shutterstock
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Solène MonneyJournaliste Blick

Le torchon brûle entre des parents d'élèves genevois et la Fédération des associations de parents d’élèves de l’enseignement obligatoire (FAPEO). Certains d'entre eux accusent cette faitière d’être infiltrée par des membres du comité, impliqués «dans des collectifs qui militent contre l'éducation sexuelle à l’école et contre la transidentité». Selon eux, ces positions vont à l’encontre de la mission de neutralité de la FAPEO, qui devrait promouvoir la tolérance et le bien-être de tous les élèves en servant de lien entre les acteurs de l'éducation du canton.

Le 24 février, des parents ont rédigé une lettre ouverte – publiée dans «Le Courrier» – dénonçant l’ambiance tendue au sein des Assemblées des déléguées de la FAPEO, évoquant des menaces de «complotisme et de désinformation». Ils déplorent la centralité des thèmes sur les cours d'éducation affective, sexuelle et des questions de genre, qui ne sont pourtant pas les priorités des parents faisant appel à la FAPEO. La lettre a recueilli 900 signatures.

La présidente dans le viseur

Dans leur ligne de mire, la présidente de la FAPEO, Stéphane Mitchell, en poste depuis mars 2025, est décrite comme «connue publiquement pour son engagement et ses prises de position virulentes au sein de la mouvance anti-trans». Scénariste, elle a notamment travaillé sur des séries comme Quartier des banques et Winter Palace. En réponse aux accusations, la FAPEO a publié un communiqué pour exprimer son soutien à sa présidente.

Des parents d’élèves pointent également le rôle de Stéphane Mitchell en tant que fondatrice de l'Association pour une approche mesurée des questionnements de genre chez les jeunes (AMQG). «Cette association a entre autres soutenu des projets de loi extrêmement violents contre les mineur.e.s transgenres», dénonce la lettre ouverte. 

«L'association soutient, notamment, que les questionnements de genre sont le fruit de pressions sociales», rappelle «Le Temps». L'AMQG remet également en cause les recommandations des autorités sanitaires, dont celles de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Selon les parents, ces positions contreviennent au devoir de neutralité de la FAPEO et vont à l’encontre du consensus scientifique sur ces questions.

Un autre membre du comité est également dans le viseur des parents. Ce dernier appartient au Collectif Parents Suisse, connu pour ses positions anti-vaccin, anti-masque et anti-test COVID. Ce collectif lutte également contre le «wokisme» et s’oppose à l’enseignement de l’éducation affective et sexuelle à l’école primaire, ainsi qu’aux lectures drag pour enfants, précise la lettre ouverte. Le candidat en question a d’ailleurs fortement critiqué les cours d'éducation sexuelle lors d’une audition au Grand Conseil, les qualifiant d'incitation à «la stérilisation d’enfants, la prévention de la maturation du cortex préfrontal, le cancer juvénile» et ainsi qu'à «la mutilation d’organes sains».

La FAPEO se défend

De son côté, la FAPEO se défend en dénonçant des «attaques» biaisées dans un communiqué. Elle rappelle que les opinions des parents sont diverses, et que le Comité de la FAPEO se concentre sur des sujets où les préoccupations sont unanimes. Un sondage interne a révélé que seulement 21% des parents considéraient la question de la «transition de genre et des cours d’éducation sexuelle» comme prioritaire, tandis que des thèmes comme la violence et la surcharge des Cycles d'orientation étaient largement plébiscités. Deux thèmes portés par la FAPEO en 2025.

Le communiqué souligne que les deux membres «ont apporté une contribution significative et à titre bénévole au travail du Comité de la FAPEO». Mais un rebondissement intervient: la FAPEO annonce que sa présidente ne se représentera pas lors des élections du 19 mars 2026, car ses enfants ont terminé leur scolarité obligatoire. De plus, pour cette élection, les candidats doivent faire connaître par écrit leurs prises de position sur les sujets liés à l'école et la parentalité, dans un souci de transparence. L'autre membre clivant se présente à sa réélection.

Une position qui interroge

Cependant, la défense de la FAPEO soulève des questions : pourquoi ne mentionne-t-elle pas les positions controversées de sa présidente et leur impact potentiel sur la direction de la FAPEO? Si les sujets relatifs à la transition de genre et à l'éducation sexuelle ne sont pas des priorités, pourquoi la présidente les aborde-t-elle? Et comment garantir que ses convictions personnelles ne guident pas l'action de la FAPEO? Blick a posé ces questions à la FAPEO, mais n’a pas obtenu de réponse.

La mère d’un enfant de 6 ans confie à Blick être «choquée et inquiète» par les attaques contre l’éducation sexuelle à l’école. Elle insiste sur l’importance de ce programme: «Les enfants doivent pouvoir en parler à l’extérieur avec des professionnels. Beaucoup de violences sont intra-familiales.» Cette professionnelle de l’enfance souligne que les questions relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre préoccupent certains jeunes, sans que le Département de l’instruction publique n’intervienne. «Il est donc crucial que des personnes formées puissent répondre à ces interrogations.»

Le départ de Stéphane Mitchell est un soulagement pour cette mère genevoise, mais elle craint qu’un autre parent, dans la même lignée que la scénariste, ne soit réélu à la tête de l’organisation. Alors que l'éducation sexuelle continue de diviser, de nombreux parents espèrent que la FAPEO retrouvera sa neutralité et son engagement en faveur du bien-être de tous les élèves, sans qu’aucune idéologie ne vienne perturber la mission fondamentale de l'école.

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