En bref
- La grève féministe suisse a rassemblé des dizaines de milliers de manifestants le 14 juin 2026 à Genève pour protester contre le sommet du G7 à Évian. La manifestation, initialement pacifique, a été marquée par des débordements et une intervention policière avec gaz lacrymogènes, menant à la mise en nasse de 300 personnes, dont certaines jusqu’au matin.
- Les militantes féministes dénoncent un déploiement policier jugé disproportionné, avec des fouilles préventives et une répression jugée excessive. Trois arrestations provisoires ont été effectuées, alors que la police a admis des «dégâts relativement minimes».
- Malgré les obstacles, les militantes considèrent la mobilisation comme une réussite, soulignant l'union des forces féministes, écosocialistes et syndicales. Elles saluent l'engagement de la jeunesse et restent optimistes pour l'avenir des luttes sociales et féministes en Suisse.
Arborant la traditionnelle et désormais mythique couleur violette, les manifestantes et manifestants de la grève féministe suisse ont ouvert la grande manifestation du 14 juin, à Genève. Après des mois de négociations et de compromis, cette protestation massive contre le sommet du G7 avait finalement été autorisée, avec un tracé que le cortège a scrupuleusement respecté.
Or, malgré un début de défilé pacifique et joyeux, plusieurs débordements ont fini par survenir dans l'après-midi, menant à ce que la police qualifie désormais de «dégâts relativement minimes» sur plusieurs bâtiments de la ville. Face à plusieurs «black blocs», les forces de l'ordre ont utilisé du gaz lacrymogène, afin de disperser la foule, avant de mettre en place une nasse de plusieurs heures, entre le quai Wilson et l’avenue de France. Environ 300 personnes ont ainsi été retenues jusqu'au petit matin, alors que la police a procédé à un total de trois arrestations provisoires.
«Nous avons réussi à réaliser quelque chose de grand»
Quel souvenir les militantes féministes garderont-elles de ce 14 juin 2026, bien différent des années précédentes? Loin d'être découragées ou dépitées, elles en tirent un bilan largement positif: «La manifestation a réuni 60'000 personnes selon plusieurs estimations et le cortège du bloc féministe s'est extrêmement bien déroulé, en présence de familles, d'enfants et de personnes âgées, affirme Noémie, membre du Collectif vaudois. Cela a bien souligné l’énorme travail réalisé par la coalition pour réunir les forces féministes, écosocialistes et syndicales, qui ont signifié leur désaccord avec le G7 d’Evian. De ce côté-là, le pari est amplement tenu.»
Même son de cloche pour Anne, militante du collectif genevois: «Nous sommes parvenus, malgré toutes les tracasseries, à réaliser quelque chose de grand, se réjouit-elle. Dès le départ, nous voulions organiser un contre-sommet pacifique et, si la police et les autorités n’avaient pas semé une telle terreur auprès de la population, nous aurions été beaucoup plus nombreux. Les TPG ont interrompu leur service à midi, de nombreuses personnes ont donc été empêchées de venir, et les autorités ont essayé d’entraver cette manifestation jusqu’au bout.»
«Une quinzaine d'agents sont sortis du camion»
Noémie déplore toutefois une action policière exagérée, même avant le début du cortège. Alors qu'elle se rendait au parc de la Perle du Lac vers 13h30, en compagnie d'une quarantaine d'autres militantes, la jeune femme constate que des camions de police les suivent de près. «Une quinzaine d'agents armés sont sortis du véhicule pour nous encercler et nous demander d’ouvrir nos sacs, qu'ils ont contrôlés un par un, raconte-t-elle. Cela a directement posé le cadre. On a bien senti cette dimension de répression préventive, qui visait à faire comprendre que le dispositif policier était vraiment massif.»
En début de soirée, après la manifestation, le groupe de Noémie se retrouve sereinement à la Perle du Lac, avec l'impression rassurante que tout s'est plutôt bien déroulé. «Nous n’avons pas été exposées aux systèmes de répression utilisés dans les blocs derrière nous, mais plusieurs camarades évoquaient des gaz lacrymogènes tombés du ciel pour disperser les manifestants, souligne-t-elle néanmoins. Nous, pendant tout ce temps, on était au parc, en attendant que le trafic ferroviaire, interrompu sur plus d'une heure, puisse reprendre.»
«De vrais RoboCops en armure!»
Alors qu'elle passe un moment convivial au bord du lac avec ses proches, la jeune militante aperçoit des personnes visiblement stressées se diriger vers le lac, après l'interdiction soudaine de la manifestation, plus tôt que prévu. «Nous avons suivi un large groupe de personnes qui se dirigeait vers la sortie du parc, où se trouvait un déploiement policier disproportionné, se souvient Noémie. De vrais RoboCops en armure! Un cordon de personnes s'est formé à la sortie du parc et nous avons réussi à la traverser pour s'éloigner au maximum de la zone. On était entourées de personnes qui étaient simplement venues sur place pour se baigner.»
Une heure plus tard, Noémie apprend que plusieurs militantes du collectif de Genève («qui avaient pourtant discuté avec la police et la conseillère d’Etat pendant des semaines», pointe-t-elle), se sont retrouvées dans la nasse policière. «Nous sommes scandalisées, outrées et préoccupées par ce que cela signifie pour le droit de manifester», martèle la jeune Romande. Alors qu’il est question de dégâts mineurs, cette gestion du maintien de l’ordre apparaît démesurée.»
De son côté, Anne déplore surtout le traitement que ces 300 personnes ont subi, à l'intérieur de la nasse, malgré un «déploiement policier exagéré», face à une «poignée de black blocs»: «Il a fallu se battre pour extraire la nasse les personnes malades ou blessées, les enfants et les personnes âgées, après des heures d’attente.»
«On n'aurait pas pu nous infliger plus d'obstacles»
La militante de 67 ans estime toutefois que cette fin de manifestation «désolante» ne doit pas devenir le point central de ce 14 juin. «Cette manifestation est quand même une réussite, insiste-t-elle. La mobilisation dans son ensemble est une victoire, alors même qu'on nous a mis des bâtons dans les roues à chaque étape, que ce soit pour le parcours ou pour les autorisations. Ils n'auraient pu semer davantage d’embûches!»
Anne applaudit également le jeune âge des participants, qui ont pris les choses en main et «mené de bout en bout» l’organisation de ce contre-sommet. «Cela me donne de l'espoir quant à l’avenir de la mobilisation de toute une génération et à sa capacité à fonctionner de manière horizontale», s'enthousiasme-t-elle.
Et Noémie de conclure, sur la même note optimiste: «Ce qui a entaché cette journée, ce ne sont pas les quelques actes visant des vitrines, mais bien la répression policière aléatoire et démesurée qui a marqué la fin de manifestation.»