Sa fille aurait adoré cette idée, son père en est convaincu. «Alix était très sensible, elle avait un grand cœur», raconte Daniel Perroud au téléphone. Après la tragédie de Crans-Montana, la famille de la jeune ado décédée a décidé de créer la Fondation Alix Perroud avec l'objectif de «transformer chaque don en un message d'espoir, en un moment de douceur».
Du chaos naît une étoile, dit l'adage. La leur brille désormais dans le ciel, après l'incendie du Constellation. Pour ne pas sombrer, les parents d’Alix, ainsi que ses sœurs Mathilde et Inès, ont décidé de faire ce que l'ado savait faire le mieux: «Apaiser les cœurs, avec une justesse et une bienveillance infinie.»
«Alix aurait adoré ça»
Cette fondation vise deux objectifs. A court terme, elle veut soutenir les victimes de Crans-Montana, notamment pour tout ce qui dépasse les soins médicaux et n'est pas couvert par les assurances. Dans un deuxième temps, la fondation devrait soutenir les jeunes issus de milieux socialement défavorisés, par exemple en leur finançant un camp de ski ou en leur permettant de suivre des cours de musique. «Alix aurait adoré ça», résume son père.
Tous ceux qui le souhaitent peuvent faire un don à la fondation. Jusqu'à présent, 87'000 francs ont été récoltés, via un crowdfunding en ligne lancé par les deux sœurs d'Alix. Ce montant n'est certes qu'une goutte d'eau dans l'océan au vu de la centaine de blessés, des personnes décédées et de la souffrance des familles. Mais pour Daniel Perroud, il s'agit déjà de faire un geste afin que d'autres familles de victimes ne se sentent pas abandonnées. «Nous voulons apporter notre aide plus rapidement que l'appareil étatique.»
Le Conseil fédéral et le Parlement souhaitent verser une contribution de solidarité de 50'000 francs à chaque famille des victimes. Le canton du Valais prévoit de verser, via à une fondation, 10 millions de francs d'aides aux victimes. La commune de Crans-Montana y ajoute 1 million. Mais le processus politique n’est pas encore achevé. La majeure partie de l’argent n’est pas encore parvenue aux personnes concernées. Jusqu’à présent, elles ont reçu 10'000 francs d’aide d’urgence du canton du Valais.
Une communication «exécrable»
Dans le cas de la famille Perroud, la lenteur du processus n'est pas un problème, elle a la chance de pouvoir payer toutes ses factures. «Mais tout le monde n'est pas dans la même situation financière.» A elle seule, la procédure judiciaire coûte déjà beaucoup d'argent. L'aide aux victimes prend en charge dix heures de frais d'avocat par personne. «Nous avons déjà épuisé ce crédit», précise le père. Et le règlement juridique de l'affaire devrait encore prendre des années.
Quand on parle avec Daniel Perroud, on sent sa profonde gratitude envers la solidarité manifestée par la population suisse, mais aussi une certaine frustration: «Nous sommes déçus par le manque de soutien des autorités après cette terrible tragédie.» Sa femme, Véronique, résume la situation ainsi: «Ils ont fait beaucoup d’annonces dans les médias, mais nous n’avons pas vu grand-chose jusqu’à présent.» Il ne parle pas d'aide financière. «L’argent ne ramènera pas ma fille», rajoute Daniel Perroud. Il s’agit d’un manque de compassion, d’une communication des autorités qu’ils jugent «exécrable». «Nous nous sommes sentis abandonnés par la Confédération et le Canton au cours des premières semaines.»
Alors qu’on avait toujours affirmé publiquement que les familles des victimes recevraient une aide immédiate et sans formalités administratives, personne de l’aide aux victimes ne les a contactés. «Nous avons dû chercher nous-mêmes un soutien psychologique», raconte le père endeuillé. Le chaos a régné pendant les premières semaines qui ont suivi la catastrophe. Un incident lui reste particulièrement en mémoire: pour la cérémonie commémorative à Martigny, ils ont été invités moins de 24 heures à l’avance, par un e-mail impersonnel. Beaucoup trop tard, estime Daniel Perroud. Ils avaient déjà prévu d'enterrer leur fille ce jour-là.
Le soutien de la commune de Pully
Il y a aussi de grands moments de réconforts. Une imprimerie a par exemple réalisé gratuitement des cartes de condoléances. La commune de Pully, où vit la famille, a appelé peu après l’incendie, a écouté et a proposé une salle pour les funérailles. Simplement pour montrer: «Nous sommes là.»
En revanche, Daniel Perroud n’a reçu un appel de la Confédération qu’après s’être plaint. Personne n’a essayé de comprendre leurs problèmes ni de les impliquer dans la recherche de solutions, selon lui. Ce n’est que sous la pression des familles des victimes que la Confédération a annoncé une table ronde. Mais on ne sait toujours pas quelles familles pourront y participer et lesquelles ne le pourront pas. «Il nous manque un calendrier précis et une communication transparente.»
Ce sont ces problèmes, le manque d'empathie et cette lourdeur administrative qui ont incité la famille à créer sa propre fondation d'aide aux victimes. Pour faire les choses différemment, d'une part. Mais surtout pour honorer et faire perdurer la mémoire d'Alix.