Christian Constantin est très affecté par le drame de Crans-Montana, qui a fait plus d'une quarantaine de morts et plus de 115 blessés dans la nuit du Nouvel An. Le propriétaire du FC Sion et promoteur immobilier valaisan estime qu’il faut agir contre les risques des engins pyrotechniques. Des risques qu’il connaît bien car les supporters les introduisent régulièrement dans les stades de foot. Il répond aux questions de Blick.
Comment expliquez-vous un drame de cette ampleur? Pourquoi à Crans-Montana?
Rendez-vous compte, déjà, qu'on est perpétuellement face à ce problème dans les stades de foot. Des jeunes supporteurs les amènent durant les matchs, et on doit se battre pour éviter les dangers très réels liés à ces fumigènes, torches, pétards. De temps en temps, il y a eu un peu de casse, la police qui intervient, des amendes, mais pour le moment pas encore de drame. Mais un gamin peut sérieusement se blesser avec ces engins. On connaît donc leurs risques.
Dans un sous-sol, c’est encore plus risqué?
Dans un sous-sol, les produits pyrotechniques peuvent évidemment représenter un danger, car ils entrent en contact avec des matériaux de plafond qui peuvent être inflammables, et avec d’autres matériaux difficiles à maitriser, comme des décorations ou des vêtements synthétiques. Il faut donc agir contre l'usage de ces engins.
Vous dites qu'il faudrait-il les interdire?
Il est clair que si on évite l’utilisation de ces bougies, on évite déjà beaucoup de risques. C’est donc une première interdiction à envisager. Dans ce genre de drames, il y a aussi le facteur humain, qui n’est pas prévisible. Mais prendre déjà des mesures basiques comme éviter l’usage des pyrotechniques préviendrait bien des catastrophes.
Vous-mêmes n’êtes pas touché par cette tragédie?
J’ai une personne qui travaille chez moi qui est portée disparue. C’est une jeune femme, dont le père a dû donner son ADN hier pour son identification. On espère qu’elle est dans un hôpital, on s'accroche à cet espoir.
Pensez-vous qu’en Valais, des établissements ne sont pas aux normes?
Pour travailler sur Crans-Montana, je sais que les services techniques de la commune font leur boulot, en tout cas dans les cas qui m’occupent. Pour pratiquer Crans-Montana, je ne peux pas dire qu’ils ne font pas leur boulot. Leurs services techniques sont pointus.
Mais ce bâtiment qui a brûlé, il est plus vieux que moi, il a passé les 65 ans. Il a été construit à la fin des années 50, début des années 60, c’est un bâtiment ancien. Cela n’aide pas. Reste que s’il n’y avait pas eu ces engins pyrotechniques, il n’y aurait pas eu d’incendie. C’est pourquoi je dis que restreindre leur usage serait la première chose à faire.
Craignez-vous pour la réputation de Crans-Montana? Voire pour l’image de la Suisse?
Avant de penser à la réputation, je pense au coeur des gens. Je parlais du père de la fille qui travaille chez moi. Lui et d’autres ne vont jamais se remettre de cette tragédie, cette douleur va rester au fond de leur coeur. C’est d'abord le drame humain qui va nous marquer. Et pour les jeunes, qui seront de grands brûlés, quelle sera leur vie?
Certains vont perdre leurs enfants, d’autres auront un enfant marqué par des brûlures pour le restant de la vie, cela juste pour un soir de fête, 1h après que tout le monde se soit embrassé pour se souhaiter la meilleure année possible. Tout ça aurait pu être évité sans ces dispositifs pyrotechniques.
Mais les gens auront-ils peur d’aller dans des bars à Crans-Montana?
Evidemment il n’est pas souhaitable que ce genre de tragédie arrive nulle part. Mais imaginer que parce qu'on s’appelle la Suisse, on n'a plus besoin de faire quoi que ce soit pour se protéger, ce serait absurde. J’ai toujours eu cette conscience des risques des pyros dans les stades, les jeunes trouvent cela sympa, ça fait des étincelles, mais on se bat contre. Dans des sous-sols c’est pire: sans ça, il n'y aurait pas eu de drame. Les interdire est un geste simple. Dans les bâtiments plus vieux, il y a moins d’espace, mais déjà ce geste ferait beaucoup. On interdit de fumer, puis on arrive avec des pétards. Ça n'a pas de sens.
Après, la vie continue. Cela ne peut jamais s’oublier complètement et il ne faut pas que ça s’oublie, mais surtout, il ne faut pas que ça recommence.