Estelle Revaz monte au créneau
«On ne peut plus attendre, face à l'impact de l'IA sur le marché de l'emploi»

La conseillère nationale Estelle Revaz (PS/GE) insiste sur l'importance d'une formation continue à l'IA, pour la population active. Sa motion de commission vient d'être acceptée au plénum, bien que l'élue déplore un manque de réactivité de la Confédération.
La motion de la conseillère nationale Estelle Revaz, demandant une stratégie nationale de formation continue à l'IA, a été acceptée au plénum, le 27 avril.
Photo: Keystone
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Dès qu'il est question de l'intelligence artificielle, les réactions instinctives varient. Certains haussent des sourcils intéressés, d'autres ont un mouvement de recul empreint d'angoisse. Dans le monde politique, c'est la lenteur précautionneuse qui, jusqu'ici, a toujours primé. Alors que l'IA, prise dans sa course exponentielle qui éberlue même les plus grands spécialistes, n'attend pas. 

Voilà en tout cas ce que déplore la conseillère nationale Estelle Revaz (PS/GE), qui se bat pour l'adoption d'une stratégie nationale de formation continue à l'IA, destinée à la population active, menacée ou dépassée par ces avancées technologiques. Sa motion de commission vient d'être acceptée au plénum, le 27 avril, intervenant comme un «compromis», après l'échec d'une première initiative parlementaire allant dans le même sens, proposée en 2025. «Pour moi, c’est une belle victoire, se réjouit la violoncelliste de 37 ans. Quand j’ai déposé une initiative visant à instaurer un droit à la formation continue, je savais qu’il serait difficile d’obtenir une majorité. Mais l’objectif était avant tout de lancer le débat. C’est un pas dans la bonne direction.»

60% des emplois sont déjà concernés

Alertée par certaines études, l'élue socialiste s'appuie notamment sur les chiffres du Fonds monétaire international (FMI) pour souligner que 60% des emplois sont concernés ou menacés par l'IA.

«La formation continue concerne les personnes actives, dont le métier évolue fortement et qui doivent mettre à jour leurs compétences pour rester compétitives, note Estelle Revaz. Aujourd’hui, cette responsabilité repose essentiellement sur les individus et les entreprises. Or, face à l’ampleur des transformations, il serait irréaliste, notamment pour les PME, de former tout le monde sans qu’il existe une réelle coordination entre les cantons, les villes et les entreprises. Une stratégie nationale permettrait d’identifier les problèmes, de tester les solutions, de mutualiser les expériences et de coordonner les acteurs et donc d’accélérer les efforts.»

«Attendre n'est plus une option»

Sensibilisée à la question par son expérience personnelle, notamment dans le milieu artistique, la Genevoise déplore toutefois que le progrès s'esquisse avec une lenteur inadaptée à la rapidité caractéristique de l'IA. Car pour Estelle Revaz, «attendre n'est plus une option» face à un impact aussi massif. «Traditionnellement, la Confédération est attentiste et agit de manière réactive, souvent une fois la crise installée, observe-t-elle. Or, nous sommes confrontés à une révolution du monde du travail inédite, qui s’opère à une rapidité étourdissante. Sans réaction rapide, les conséquences pourraient être graves.»

Si le Centre et les Vert'libéraux se sont montrés réceptifs à la motion de la socialiste, l'UDC et le PLR ont estimé qu'une formation continue, coordonnée sur le plan national, n'était pas nécessaire, affirmant que la Suisse est suffisamment résiliente pour affronter la révolution de l'IA. «L’administration, de son côté, était réticente à lancer de nouveaux programmes, notamment dans un contexte budgétaire marqué par des coupes importantes», ajoute Estelle Revaz.

Le dossier est désormais entre les mains du Conseil des Etats. «J’espère qu’il saura reconnaître l’urgence de la situation, conclut la violoncelliste. Le sujet est nouveau pour le Parlement et exige d’accélérer les processus habituels. Mais cette stratégie nationale est une avancée importante pour les personnes concernées, dont la détresse requiert des nouvelles perspectives d’avenir plus encourageantes.»

Articles les plus lus