150 millions en jeu
Vail Resorts, l'investisseur embêté (mais engagé) de Crans-Montana

Le géant américain qui détient le domaine skiable réitère sa confiance dans l'avenir et souligne la loyauté de la clientèle. Mais le défi est grand car le groupe compte sur ses stations suisses et européennes pour générer une croissance par ailleurs faible.
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Crans-Montana occupe une place importante avec Andermatt dans la stratégie de croissance de Vail Resorts.
Photo: Keystone
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Myret ZakiJournaliste Blick

Depuis le drame de Crans-Montana, un protagoniste clé est resté discret: Vail Resorts. Le géant américain a beaucoup en jeu dans la station valaisanne, étant le propriétaire des remontées mécaniques, ainsi que d’une école de ski et de 11 restaurants. 

Des plans mis à mal

Depuis décembre, le groupe n‘a publié aucun communiqué de presse. Uniquement des chiffres mondiaux – déficitiaires – pour le trimestre clos au 31 octobre 2025. Les prochains résultats trimestriels, à fin janvier 2026, sortiront le 9 mars. Pour Vail Resorts, investir dans Crans-Montana en 2024, après Andermatt en 2022, fait partie d’une stratégie de croissance et d’expansion en direction de l’Europe. La tragédie du 31 décembre est venue brutalement secouer ses plans.

Avec le drame qui a fait 41 morts et 115 blessés, Vail Resorts se retrouve exposé de plein fouet au marché touristique d’une station éprouvée. Ces prochaines années, la commune de Crans-Montana n’aura pas toute latitude pour investir, étant suspendue au règlement de dommages civils qui pourraient mettre ses finances à rude épreuve

Confiance réaffirmée par le groupe

Contacté par Blick, le groupe américain nous répond par la voix de Nadia Guerriero, directrice des opérations de Vail Resorts pour l'Europe et l'Australie: «Surmonter ces événements ne signifie pas les oublier, mais le tourisme joue un rôle important pour soutenir la communauté locale. Nous sommes engagés à aller de l'avant avec considération, responsabilité et respect.» Nadia Guerriero affirme que le groupe reste pleinement engagé. «Nous sommes confiants dans nos investissements en Suisse et dans l’excellente expérience que fournit la station Crans-Montana et sa région, et avons la chance d’avoir une clientèle très loyale et un intérêt croissant des visiteurs locaux et internationaux.»

Le groupe basé dans le Colorado avait déboursé 120 millions de dollars pour racheter 84% des Remontées Mécaniques de Crans Montana (CMA) à l’investisseur tchèque Radovan Vitek, ainsi que les restaurants et l’école de ski. A cela s’ajoute un investissement de 30 millions de dollars dans la station sur 5 ans, soit 6 millions par an. «Nous confirmons cet engagement, qui est déjà en cours, souligne Nadia Guerriero, et écoutons beaucoup la communauté locale et les visiteurs afin de faire les investissements les plus pertinents pour une meilleure expérience des clients.» Dans ce cadre, la responsable indique que le groupe «a déjà procédé à des investissements significatifs dans la fabrication de neige artificielle et dans la qualité des pistes, mais aussi dans la gastronomie».

Importants défis pour la croissance

Le montant de 30 millions sur 5 ans reste toutefois modeste si on le compare aux 30 à 40 millions qu’investit par exemple la station concurrente de Zermatt chaque année. Mais au total, Crans-Montana reste un gros engagement pour Vail Resorts, d’autant que les remontées de la station restaient déficitaires l’an dernier, avec pas loin d'un million de pertes à fin juillet. 

Le risque, en termes de retour sur investissement pour Vail Resorts, se retrouve accentué par son propre modèle d’affaires. Ce dernier fonctionne par synergies, intégrant les stations dans des offres combinées. Au coeur du modèle, le forfait Epic Pass, qui donne accès à plusieurs stations dans le monde, combinées à des hôtels, restaurants et magasins de sport. Un réseau dans lequel Crans-Montana, intégrée à l'Epic Pass qui donne un accès illimité à ses pistes jusqu'au 6 avril 2026, doit jouer un rôle central pour l’Europe, et dont Vail Resorts attend un retour chiffré. «Suite aux investissements ainsi qu’à l’intégration de la station dans les Epic Pass, Crans-Montana devrait générer un bénéfice opérationnel de plus de 15 millions de francs par an», indiquait le groupe au moment du rachat.

Valorisation en recul

Certes, Crans-Montana fait partie d’une quarantaine d’autres stations de ski détenues par Vail Resorts, ce qui diversifie ses risques. Mais Vail Resorts n’avait pas la faveur des investisseurs, ce mois de février, selon l'hebdomadaire de référence «Barron's», faute d’enneigement suffisant jusque-là aux Etats-Unis. L'action du groupe perd 55% sur 5 ans, et 63% depuis son pic de novembre 2021, depuis lequel sa capitalisation boursière est passée de 15 à 5 milliards de dollars.

Cours de l'action Vail Resorts, en %

Vail Resorts avait par ailleurs fait les gros titres pour sa mauvaise gestion de certaines remontées mécaniques défectueuses aux Etats-Unis, et pour des grèves du personnel qui ont fait grand bruit dans des stations américaines. Il y a une année, le groupe était qualifié de «McDonald's des stations de ski» par ses détracteurs suite aux accidents de télésièges mal entretenus. «Leurs installations sont pour la plupart obsolètes et restent en service jusqu'à leur panne complète», déclarait Franz Julen, président des remontées mécaniques de Zermatt.

Confiance du marché espérée

Suite à ces affaires, la CEO de Vail Resorts, Kyrsten Lynch, avait été limogée en mai 2025. En place depuis 2021, elle avait été remplacée par son prédecesseur, Rob Katz, qui avait déjà dirigé le groupe de 2006 à 2021. Un retour aux affaires qui semblait destiné à rassurer des investisseurs nerveux, suite à la chute de 63% du cours depuis l’arrivée de Kyrsten Lynch. 

Mais l’action a encore perdu 15% après le retour de Rob Katz et avant le drame de Crans-Montana, car la croissance restait moyenne sur le marché américain. C'est dans ce contexte que la stratégie comptait sur la croissance en Europe, en Suisse et en Autriche. Le drame de Crans-Montana est survenu à peine 7 mois après le changement de CEO. A présent, Rob Katz fait face à des perspectives incertaines pour la station. Désormais, Vail Resorts peut se tourner vers l'organisation des Championnats du monde de ski alpin de 2027 à Crans-Montana.

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