Le soir du nouvel an, Fabienne et Gilles, un frère et une sœur originaires du canton de Vaud, ont vécu le pire. Peu après minuit, ils sont arrivés au bar «Le Constellation» avec une collègue. A peine une heure plus tard, ils ont été emmenés à l'hôpital, grièvement blessés. A présent, ils demandent des dommages et intérêts pour le traumatisme et les blessures qu'ils ont subis. Fabienne et Gilles ont respectivement 18 et 25 ans et veulent 25 millions de francs chacun.
Des rapports dont nous avons pris connaissance témoignent de ce qu'ont vécu Gilles et Fabienne au «Constellation». Quelques secondes avant la catastrophe, Fabienne était en première ligne pour observer le défilé des serveurs apportant des bouteilles de champagne au bout desquelles étaient fixés les cierges magiques allumés.
Le spectacle a eu lieu à sa table et à celle voisine, rapprochées pour l'occasion. Soudain, la jeune femme entend un bruit, se tourne vers le bar et aperçoit le plafond en feu. Les flammes se propagent extrêmement rapidement. Fabienne crie à plusieurs reprises: «Au feu!»
Son frère Gilles la pousse en direction de l'escalier pour sortir mais lorsqu'ils l'atteignent, le feu flambe déjà au-dessus d'eux et l'air est brûlant. Une foule s'accumule dans l'escalier de la cave à l'étage. Fabienne est prise dans la masse, ne peut plus bouger et ne voit plus qu'une lumière orange. A ce moment-là, elle croit mourir. Elle se sent soudain submergée par un «rouleau de feu» et sent le feu envahir son corps.
Sauvée par son frère
Peu après, Fabienne respire l'air frais, sans savoir comment elle a réussi à sortir du bar. Ce n'est qu'une fois dehors qu'elle remarque qu'une partie de ses cheveux ont brûlé. Fabienne doit son salut à son frère. Il lui explique qu'il l'a poussée à travers la cohue dans l'escalier, mais il souffre de graves brûlures à la nuque, au dos et aux mains. Arrivé au rez-de-chaussée, Gilles s'effondre et s'évanouit. Il ne reprend connaissance qu'à l'extérieur et retrouve sa sœur dans un bar des environs. De là, ils sont tous deux emmenés à l'hôpital.
A présent, ils demandent des dommages et intérêts aux personnes présumées responsables et faisant l'objet d'une enquête pénale: Jacques et Jessica Moretti, mais aussi le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, ainsi que différents fonctionnaires – actuels et anciens. Fabienne réclame 25 millions de francs pour les graves brûlures sur 10% de son corps et les multiples opérations qu'elle a dû endurer.
Elle doit même redoubler sa dernière année de gymnase à cause de ses blessures et ajoute que, depuis l'incendie, elle a peur de la mort, la sienne ou celle de ses proches. «Depuis cette nuit, je souffre de souvenirs très présents, de fortes angoisses et de grandes difficultés à reprendre une vie sociale normale», explique la jeune femme.
56 millions de francs au total
Son frère Gilles réclame lui aussi 25 millions de francs. Il a été brûlé sur 30% du corps. «A mon arrivée à l'hôpital, j'ai dû être immédiatement intubé et plongé dans un coma artificiel pendant plusieurs jours, ma vie était sérieusement menacée. J'ai ensuite été transféré à Zurich, Lucerne et au CHUV pour subir plusieurs interventions chirurgicales ainsi que des greffes de peau, loin de ma famille et de mes proches dans le canton de Vaud», explique-t-il.
Il est totalement incapable de travailler et a besoin d'une rééducation constante. Il ajoute souffrir de douleurs physiques, de traumatismes psychologiques et devoir assumer des pertes professionnelles et personnelles. «Les dommages que j'ai subis sont directement liés à l'incendie. Ce que j'ai vécu me hante encore aujourd'hui.»
Leurs parents réclament chacun 2,5 millions de francs an raison de la charge psychique pour la famille, des frais de voyage et des pertes professionnelles. Le frère réclame lui aussi un million de francs à cause des répercussions de l'incendie sur sa famille et sur ses études.
Des centaines de millions de francs
En résumé, la famille réclame à elle seule 56 millions de francs suisses et indique que les responsables présumés ne doivent pas seulement être punis juridiquement, mais aussi être tenus responsables sur le plan financier. Dans les semaines et les mois à venir, la question des conséquences financières de l'incendie devrait, en plus des enquêtes pénales, devenir centrale.
«Nous parlons ici de centaines de millions de francs», déclare à Blick l'avocat des victimes Sebastien Fanti. «Nous espérons que cela se fera rapidement, si possible de manière extrajudiciaire. Mais nous allons certainement épuiser toutes les possibilités, y compris internationales», avait-il ajouté.
D'autres estimations font état de plus d'un milliard de francs versés aux victimes. Des experts en droit public estiment qu'une action en responsabilité de l'Etat contre la commune de Crans-Montana pourrait avoir des chances d'aboutir. «Les normes de police du feu sont des obligations élémentaires des collectivités publiques pour assurer une certaine sécurité», a déclaré Felix Uhlmann, professeur de droit public et administratif à la «RTS».
*Prénoms d'emprunt