Mélanie Van de Velde, 32 ans, a publié dimanche soir un message particulièrement fort sur sa page Facebook. Originaire d’Angers, en France, la jeune femme vit à Crans-Montana. De sortie à Nouvel An, elle passait sa soirée au bar «Le Constellation» lorsque le terrible incendie s’est déclaré. Victime du drame, elle raconte aujourd’hui son histoire dans ce qu’elle qualifie de «lettre ouverte».
«Je suis Mélanie. Victime de la tragédie du 1er janvier à Crans-Montana, écrit-elle. Je suis cette fille dont on parle parfois sans jamais dire le nom. Cette fille qui a sauté une rambarde, non pas par bravoure, mais parce qu’à cet instant précis, le feu était plus fort que la peur.» Depuis ce jour, confie-t-elle, elle ne vit plus: elle survit.
«Mon corps est brûlé à près de 40%. Mon corps est un champ de bataille. Chaque pansement, tous les deux jours, est une épreuve. Chaque soin ravive la douleur.» Cette douleur, ajoute-t-elle, ne disparaît jamais vraiment. «Elle s’installe. Elle use. Elle m’envahit.»
«Le visage que connaissait ma fille n'existe plus»
Ses mots racontent également une véritable souffrance psychique. «Mon visage ne sera plus jamais le même. Celui que je reconnaissais dans le miroir n’existe plus. Celui que connaissait ma fille non plus.» Une perte silencieuse, impossible à expliquer à ceux qui n’ont jamais vécu une telle épreuve.
Soignée d’abord à Zurich, Mélanie a ensuite été transférée à Nantes, où elle est toujours prise en charge. «Loin de chez moi. Loin de ma vie. Et surtout loin de ma fille, que je ne peux pas prendre dans mes bras quand la douleur devient insupportable», écrit-elle.
Et de conclure sans détour: «Je ne guéris pas. Je me transforme malgré moi. Mon corps ne redeviendra jamais celui d’avant. Mon visage ne retrouvera jamais ses traits d’avant. Ma peau portera à vie la mémoire de cette nuit. Et mon esprit aussi.»
«Où est la justice?»
Alors qu’elle doit subir de nombreuses opérations et et qu’elle est condamnée apprendre à vivre dans un corps profondément marqué, d’autres continuent leur existence comme avant, écrit encore Mélanie. «Sans brûlures. Sans cicatrices. Sans nuits hantées.» Et la jeune femme de s’interroger: «Où est la justice quand la victime porte à vie les marques visibles et invisibles, et que les responsabilités restent floues, silencieuses, diluées?»
Elle précise ne pas écrire par esprit de vengeance. «J’écris parce que le silence est une deuxième brûlure. Parce que l’oubli est insupportable quand on vit avec des cicatrices permanentes. Parce que survivre ne devrait jamais signifier se taire. J’écris pour qu’on comprenne que derrière un fait divers, il y a des corps mutilés, des identités bouleversées, des mères séparées de leurs enfants.
J’écris pour qu’on entende enfin la voix de celles et ceux qui paient le prix le plus lourd.»
Sa lettre se conclut par des termes sans équivoque: «Je suis Mélanie. Je suis vivante. Mais je vis désormais dans un corps et un visage qui ne seront plus jamais les mêmes. Et tant que cette réalité ne sera pas pleinement reconnue, ma douleur ne sera pas seulement médicale. Elle restera profondément humaine.»