Antisionisme ou antisémitisme?
La CICAD traîne un député genevois de gauche devant la justice

La CICAD attaque en justice le député socialiste genevois Sylvain Thévoz. En cause: des propos sur LinkedIn entre 2024 et 2025, accusant l'association de confondre antisionisme et antisémitisme.
Selon les avocats de Sylvain Thévoz, ses publications LinkedIn relèveraient de la communication politique ordinaire.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • La CICAD a intenté une action en justice le 27 avril 2026 contre le député socialiste genevois Sylvain Thévoz pour des propos tenus sur LinkedIn entre octobre 2024 et octobre 2025, et une lettre ouverte. L'association l'accuse d'atteinte à la personnalité et demande le retrait des publications ainsi que 4000 francs pour tort moral
  • L'élu reproche à la CICAD d'assimiler antisionisme et antisémitisme et de soutenir aveuglément Israël. En mai 2025, il avait interrogé le Grand Conseil sur le financement de l'association et ses actions politiques dans les écoles
  • Les avocats de Sylvain Thévoz estiment que ses publications relèvent de sa liberté d'expression en tant qu'élu. La CICAD affirme que l'immunité parlementaire ne s'applique pas hors des travaux officiels.
Toan Izaguirre - Journaliste Blick
Toan IzaguirreJournaliste Blick

Nouvel épisode dans la bataille entre la CICAD et les opposants à la politique israélienne. La Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) a intenté une action en justice contre le député socialiste genevois Sylvain Thévoz, révèle ce mercredi 2 septembre «La Tribune de Genève».

En cause? Neuf commentaires publiés sur LinkedIn entre octobre 2024 et octobre 2025, ainsi que la corédaction d'une lettre ouverte parue dans la presse. L'élu y reproche à la CICAD d'assimiler à tort antisionisme et antisémitisme, un sujet sur lequel Blick est largement revenu. Il accuse également l'association d'être un simple porte-voix du régime israélien. 

Ses détracteurs reprochent à la CICAD d'envenimer le débat et de confondre judéité et sionisme. C'est que Sylvain Thévoz avait déposé, le 22 mai 2025, une question écrite au Grand Conseil genevois sur le financement de l'association et sur ses interventions politiques dans les écoles.

D'autres figures politiques genevoises se montrent également critiques. C'est le cas de Mauro Poggia, qui déclarait à Blick en avril 2026: «La CICAD pourrait au moins balbutier une petite critique contre Israël.»

La CICAD demande le retrait des posts sur LinkedIn

Revenons à l'action en justice. Toujours selon nos confrères, la CICAD, représentée par son vice-président et avocat Lionel Halpérin, a saisi le Tribunal de première instance (TPI) le 27 avril dernier d'une action civile en constatation d'une atteinte à la personnalité. Elle réclame le retrait des publications incriminées ainsi que de toutes celles qui la mentionnent, la publication du jugement sur LinkedIn et 4000 francs pour tort moral. 

Antisémitisme versus antisionisme

Contrairement à l’antisémitisme, qui est punissable en droit suisse, l’antisionisme, qui prend généralement la forme de la critique d’Israël et du sionisme, est une idéologie sujette à la liberté d’expression, et n’est pas pénalement réprimé, ni en Suisse, ni dans le reste de l’Europe.

Le Collectif MARAD inscrit la tentative de criminaliser l’antisionisme dans le contexte long de la délégitimation de la lutte palestinienne. C’est une stratégie qui s’est cristallisée depuis les années 70, selon le Collectif. «Pour rappel, la résolution 3379 de l’Assemblée générale des Nations unies déclarait initialement que 'le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale'. Elle a été abrogée en 1991 en vue des pourparlers de paix». Par la suite, MARAD note que l’Anti-Defamation League (ADL), aux USA, «s’est attelée à intégrer dans ses statistiques les critiques d’Israël, ceci alors que les violences se multipliaient en Palestine. Petit à petit, l’idée que l’antisionisme est une forme d’antisémitisme a été théorisée dans les années 2000 sous le concept de 'nouvel antisémitisme', en réponse à la nouvelle Intifada, au mouvement BDS et à la conférence de Durban. Aujourd'hui on assiste à des tentatives de légalisation de ce cadrage idéologique.»

Sur son site, la CICAD indique que la critique d'Israël et de son gouvernement ne relève pas de l'antisémitisme. Mais elle précise ceci: «L’antisionisme se distingue de la critique des politiques ou des actions du gouvernement israélien, en ce qu’il attaque la légitimité fondamentale de l’Etat juif.»

Contrairement à l’antisémitisme, qui est punissable en droit suisse, l’antisionisme, qui prend généralement la forme de la critique d’Israël et du sionisme, est une idéologie sujette à la liberté d’expression, et n’est pas pénalement réprimé, ni en Suisse, ni dans le reste de l’Europe.

Le Collectif MARAD inscrit la tentative de criminaliser l’antisionisme dans le contexte long de la délégitimation de la lutte palestinienne. C’est une stratégie qui s’est cristallisée depuis les années 70, selon le Collectif. «Pour rappel, la résolution 3379 de l’Assemblée générale des Nations unies déclarait initialement que 'le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale'. Elle a été abrogée en 1991 en vue des pourparlers de paix». Par la suite, MARAD note que l’Anti-Defamation League (ADL), aux USA, «s’est attelée à intégrer dans ses statistiques les critiques d’Israël, ceci alors que les violences se multipliaient en Palestine. Petit à petit, l’idée que l’antisionisme est une forme d’antisémitisme a été théorisée dans les années 2000 sous le concept de 'nouvel antisémitisme', en réponse à la nouvelle Intifada, au mouvement BDS et à la conférence de Durban. Aujourd'hui on assiste à des tentatives de légalisation de ce cadrage idéologique.»

Sur son site, la CICAD indique que la critique d'Israël et de son gouvernement ne relève pas de l'antisémitisme. Mais elle précise ceci: «L’antisionisme se distingue de la critique des politiques ou des actions du gouvernement israélien, en ce qu’il attaque la légitimité fondamentale de l’Etat juif.»

La requête souligne que l'immunité parlementaire ne couvre les interventions du député que «dans le cadre formel des travaux du Grand Conseil». Les deux avocats de Sylvain Thévoz contestent cette lecture. Selon eux, les propos de leur client, notamment ses publications LinkedIn, relèveraient de la communication politique ordinaire, en prolongement de son activité parlementaire.

Cité par nos confrères, Olivier Peter rappelle que Sylvain Thévoz est «une personnalité publique qui s'exprime sur un sujet d'intérêt public. Ses propos sont fondés sur des éléments concrets et réagissent à ceux, provocateurs, du secrétaire général de la CICAD. La justice devra tenir compte du ton instauré par ce dernier.»

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