Une bouteille de vodka, dotée d’une étiquette rappelant un discounter, vient écorner l’image haut de gamme du bar «Le Constellation» à Crans-Montana. Sur une photo prise la nuit du drame, la bouteille à l’étiquette rouge apparaît bien en évidence parmi des bouteilles de champagne ornées de bougies étincelantes, au cœur d’un établissement qui se présentait comme un hotspot de la station de ski.
Une recherche dans les avis Google confirme ce constat: pour la nuit de la Saint-Sylvestre, il y a un an, l’établissement facturait 130 francs par personne, boissons comprises, un tarif censé refléter un certain niveau de qualité.
Alcool bon marché... profit maximal?
L’image suggère toutefois un décalage entre l’apparence et la réalité. Une vitrine clinquante à l’avant, tandis qu’en coulisses aurait pu circuler de l’alcool bon marché, générant de fortes marges. Rien ne permet de l’affirmer, mais la présence de cette bouteille nourrit les interrogations: la qualité et la sécurité étaient-elles sacrifiées au profit des bénéfices?
Un rapide coup d’œil au site internet du fournisseur montre que la bouteille de 0,7 litre, au nom à consonance russe, est vendue 11,45 francs chez un discounter bien connu. Pour les restaurateurs, un prix d’achat encore inférieur peut être envisagé.
Contactés par France Télévisions, plusieurs anciens employés ont livré des témoignages concordants: tous décrivent un patron qui, selon eux, se plaçait au-dessus des lois et allait jusqu’à tromper la clientèle. En effet, selon un ancien employé, les fûts de bière auraient été volontairement coupés. Le personnel aurait alors reçu l’instruction de servir de la bière à partir de canettes bon marché, achetées chez un discounter.
Ce témoin affirme également que des bouteilles vides de vodka Grey Goose, une marque de luxe, étaient conservées afin d’être remplies avec un alcool de moindre qualité. Toujours d’après cet ancien salarié, une partie de la rémunération était versée au noir afin de compenser un volume d’heures de travail jugé excessif.
Enquête en cours
Le bar appartient au couple français Jacques et Jessica Moretti, originaires de Corse. Ils avaient rénové le bâtiment alors délabré en 2015 et exploitent aujourd’hui plusieurs établissements. Les médias français rappellent les antécédents judiciaires de Jacques Moretti, condamné pour incitation à la prostitution à Annecy en 2008, puis pour fraude sociale.
Pour rappel, la nuit du 1er janvier, 40 personnes ont perdu la vie et 116 autres ont été blessées, dont de nombreux jeunes. Le Ministère public valaisan mène une enquête pour homicide par négligence, lésions corporelles et incendie.