Le point sur la Rave d'Aarau ce mercredi
Pourquoi la police ne révèle-t-elle aucun détail sur le principal suspect?

A la suite de la fusillade survenue lors de la rave à Aarau, un Suisse de 43 ans a été interpellé en tant que «suspect principal». Des experts expliquent pourquoi la police ne va communiquer que mercredi, soit deux jours après l'arrestation.
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La police cantonale d'Argovie ne communiquera que mercredi face à la presse. Sur la photo, Michael Leupold, commandant.
Photo: keystone-sda.ch
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Devin Schürch, Nicolas Lurati et Martin Meul

Il est un peu plus de 2h30 dans la nuit de samedi à dimanche lorsque des coups de feu retentissent lors d'une rave sur le site de l'hippodrome de Schachen, à Aarau. Sur une vidéo, on entend une rafale de coups de feu à 2h35.

Une jeune femme, Maria, est touchée mortellement. Cinq autres personnes sont blessées, certaines gravement. Deux des blessés ont pu quitter l'hôpital entre-temps.

Des tirs dans deux endroits différents

Dès dimanche, les enquêteurs réalisent que l'affaire est complexe. La police confirme que des coups de feu ont été tirés à deux endroits distincts, avec vraisemblablement deux armes différentes. Des douilles de deux calibres différents ont été retrouvées. Un campement de gens du voyage situé à proximité de la rave est également mis en cause. Un véhicule a été touché par une balle.

La police part du principe que les cinq blessés et la victime décédée n’ont aucun lien entre eux. Elle privilégie donc l’hypothèse de victimes choisies au hasard.

Arrestation moins de 24h après

Dans la nuit de dimanche à lundi, un Suisse de 43 ans a été interpellé peu avant 1h du matin. Il a été placé en garde à vue en raison de soupçons graves. La police part du principe qu'il s’agit d’un auteur isolé. Le lieu exact de l'arrestation reste secret. Tele M1 a donné plus de précisions lundi soir: l'arrestation aurait eu lieu en dehors du canton d'Argovie.

Pour l'instant, aucune information n’a encore été communiquée concernant le mobile éventuel ou le profil de l’auteur présumé. Une conférence de presse détaillée n’est prévue que ce mercredi à 14h, soit plus de 48h après l’arrestation.

Stratégie d'enquête

Pourquoi la police donne-t-elle des informations au compte-gouttes? Et pourquoi un tel délai d'attente? Pour en savoir plus, Blick a interrogé des experts à ce sujet.

A commencer par l'ancien commissaire de police criminelle bâlois. Markus Melzl juge compréhensible que les autorités restent discrètes sur le lieu de l’arrestation. «Il s’agit très probablement d’une question de stratégie d’enquête», explique-t-il. Il est possible que «l’auteur ait été interpellé dans un autre canton, où d’autres investigations sont encore en cours».

Concernant le mobile, il est peut-être trop tôt pour avancer une quelconque hypothèse. «Il est tout à fait possible que la police ne dispose encore que de très peu d’éléments, voire d’aucune information, sur les circonstances ou les motivations de l’auteur.»

Pourquoi seulement mercredi?

Pour Stephan Reinhardt, ex-commandant de la police cantonale d’Argovie, cette prudence se justifie également. «Il faut d’abord interroger le suspect de manière approfondie, en présence d’un avocat.» Ses déclarations seront ensuite recoupées avec les éléments d’enquête recueillis jusqu’à présent.

«Si les soupçons se confirment, une demande de mise en détention sera déposée», précise Stephan Reinhardt. Ces démarches prennent du temps et sont «soumises aux délais prévus par la procédure pénale». 

«
Le risque est trop grand de compromettre sa propre enquête
André Kuhn, expert en droit pénal
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Selon lui, il faudra faire preuve de patience concernant le mobile. «On ne pourra s’exprimer sur le contexte et le mobile qu’une fois les premiers interrogatoires effectués», précise Stephan Reinhardt. Dans le même temps, il faut exclure «la possibilité de devoir rechercher d’autres complices, participants au crime, etc.».

Arrestation n'est pas synonyme de résolution

Egalement interrogé par Blick, l'expert neuchâtelois en droit pénal André Kuhn rend attentif à un autre délai important: «On ne dispose que de 48 heures exactement pour déposer une demande de détention provisoire auprès du tribunal des mesures de contrainte.» Un «soupçon grave» initial suffit uniquement pour une arrestation provisoire. Et de préciser, toutefois, qu'une arrestation ne signifie pas pour autant que l’affaire est résolue.

Que va-t-il donc se passer d’ici mercredi? Selon André Kuhn, les enquêteurs travaillent «d’arrache-pied». Leur priorité: recueillir des preuves tangibles. «Peut-être qu'ils ont trouvé des empreintes digitales ou de l’ADN sur une douille. Dans ce cas, il faut procéder à la comparaison», explique cet avocat spécialisé en droit pénal.

Tant qu’il n’est pas clair si les soupçons se confirment ou s’ils sont à nouveau infirmés, les autorités ne publieront pas de détails supplémentaires. «Le risque est trop grand de compromettre sa propre enquête, ou de faire l’objet de critiques si le suspect est finalement remis en liberté», souligne André Kuhn. 

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