En bref
- Un Suisse de 43 ans a été arrêté lundi à Aarau, soupçonné d'être impliqué dans l'attaque armée survenue lors d'une rave party dans la nuit de samedi à dimanche. Une conférence de presse mercredi à 14 heures dévoilera plus de détails sur le suspect et l'enquête en cours.
- La police explore trois hypothèses pour expliquer la fusillade: un attentat terroriste, une tuerie de masse ou un règlement de comptes. Deux calibres de munitions, dont celles d’un AK-74, ont été retrouvés sur les lieux.
- L'attaque a eu lieu à 2h30 du matin, alors qu'il ne restait qu'une centaine de personnes sur les 2000 initialement présentes à la fête. Une Italienne est décédée et cinq autres personnes ont été blessées durant l'incident.
Lundi midi, la police cantonale d'Argovie a annoncé une première avancée dans l'enquête sur l'attaque armée survenue à Aarau. Un Suisse de 43 ans a été arrêté, fortement soupçonné d'être l'auteur des faits. De plus amples détails sur cette interpellation et sur le profil du suspect seront dévoilés lors d'une conférence de presse prévue mercredi à 14 heures.
Pourtant, malgré ce coup de filet, le mystère reste entier autour de la fusillade survenue lors d'une rave party dans la nuit de samedi à dimanche. Quel était le mobile de l'auteur? D'autres assaillants sont-ils impliqués? Les investigations se poursuivent à plein régime.
Au vu de la situation initiale et des indices disponibles, les enquêteurs envisagent actuellement trois hypothèses quant au contexte de l’acte. «La première hypothèse est celle d’un attentat terroriste, la deuxième celle d’une fusillade aveugle, et la troisième celle d’un acte criminel dont le mobile nous est pour l’instant inconnu. Par exemple, un règlement de comptes dans un milieu particulier», a souligné le commandant de police Michael Leupold lors d’une conférence de presse dimanche soir.
Attentat terroriste ou tuerie de masse?
Sur le papier, l'acte terroriste et la tuerie de masse partagent souvent un objectif similaire: faire le plus grand nombre possible de victimes. Toutefois, l'attentat terroriste repose sur une motivation politique ou religieuse, visant à terroriser la population ou à déstabiliser l'Etat.
A l'inverse, la tuerie de masse trouve généralement son origine dans des motifs privés ou une crise personnelle traversée par son auteur.
Le choix des lieux plaide en faveur de ces deux scénarios. Samedi soir, plus de 2000 personnes faisaient la fête ensemble à l’hippodrome d’Argovie. De plus, plusieurs coups de feu ont été tirés par l’auteur des faits. Cela est confirmé d’une part par les nombreuses douilles retrouvées sur les lieux, ainsi que par des vidéos sur lesquelles on entend une rafale de coups de feu.
En revanche, le timing de l'attaque colle mal avec ces deux hypothèses. Selon la police, les coups de feu ont été tirés peu après 2h30 du matin dimanche. A ce moment-là, la musique de la rave d’Aarau était déjà éteinte et de nombreux visiteurs rentraient chez eux. Sur les milliers de visiteurs présents au départ, il n’en restait plus qu’une centaine sur place au moment des faits.
De plus, un grand festival de musique réunissant nettement plus de spectateurs se déroulait le même soir à Aarau, sans qu'aucun incident ne soit à déplorer. Les auteurs auraient donc eu la possibilité de provoquer un choc bien plus important.
Règlement de comptes ou féminicide
Les enquêteurs envisagent comme troisième mobile un règlement de comptes au sein d’un certain milieu. Un crime lié à une relation amoureuse n’est pas non plus à exclure. Il existe toutefois peu de preuves tangibles à l’appui de ces deux hypothèses. Selon la police, aucun lien n’est identifiable entre l’Italienne décédée et les cinq blessés.
Les douilles retrouvées sur les lieux pourraient toutefois fournir un indice. La police a découvert deux calibres différents. Plusieurs douilles de 9 millimètres et des douilles de calibre 5,45 × 39 mm. Ces dernières correspondent à la munition standard du fusil d'assaut russe AK-74, la version plus récente et plus légère de la célèbre AK-47.
Les fusils d'assaut de type AK sont très répandus parmi les groupes criminels organisés, car ils s'enrayent rarement et coûtent moins cher que d'autres armes équivalentes. C'est la conclusion d'une étude publiée en 2013 par la «Cambridge University Press». Ainsi, les membres de la mafia en Italie auraient par exemple souvent recours à ce fusil d'assaut russe.
A la fin des années 1990, un coup de filet en Sicile avait ainsi permis à la police de saisir 50 fusils d'assaut de type AK. Ces mêmes armes ont refait surface à Naples en 2006, lorsque les autorités ont démantelé un vaste réseau international de trafic d'armes qui approvisionnait plusieurs clans mafieux, notamment en fusils Kalachnikov.