En cas d'hiver rigoureux
La flambée des prix du gaz menace le porte-monnaie des Suisses

La Suisse pourrait connaître un hiver rigoureux... et coûteux. Car le prix du gaz a considérablement augmenté et les stocks européens ne sont remplis qu'à 70,4%. Les experts mettent en garde contre des pénuries si l'hiver s'avérait particulièrement dur.
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Dans les grandes villes, le chauffage au gaz est encore très répandu: à Berne, 45% des bâtiments sont chauffés au gaz.
Photo: Keystone
Martin Schmidt

L’hiver à venir pourrait faire mal au budget de nombreux ménages. Le prix du gaz est actuellement 170% plus élevé qu’à la même période l’an dernier, tandis que les stocks européens affichent un niveau de remplissage inférieur à celui d’avant le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. Ils atteignent aujourd’hui 70,4%, soit près de 16 points de pourcentage sous la moyenne pluriannuelle.

L’UE a déjà revu à la baisse son objectif de stockage pour la fin octobre, ramené à 80%. «Mais elle ne parviendra pas non plus à l’atteindre», affirme Andreas Tresch, associé gérant chez Enerprice, une société fiduciaire spécialisée dans l’énergie.

L’UE a déjà revu à la baisse, à 80%, l’objectif qu’elle s’était fixé pour les niveaux de stockage d’ici fin octobre. «Mais elle ne parviendra pas non plus à l’atteindre», affirme Andreas Tresch, associé gérant chez Enerprice, un fiduciaire spécialisé dans l’énergie.

Berne suit la situation de très près: le gaz naturel revêt une importance capitale pour l'industrie, sans compter qu'un quart des foyers l'utilisent pour se chauffer en hiver. «Si l'hiver est doux à normal en Europe, les faibles niveaux de stockage n'ont pas une grande incidence. Mais en cas d'hiver très rigoureux, nous aurons un problème», explique Andreas Tresch.

Risque de pénurie

L’association allemande des exploitants de stockage de gaz met elle aussi en garde contre un risque de pénurie si les températures chutent fortement en janvier ou en février. L’Allemagne dispose des plus grandes capacités de stockage de l’UE. Mais celles-ci ne sont actuellement remplies qu’à un peu plus de la moitié.

Jusqu’à présent, les autorités européennes se voulaient rassurantes, en mettant en avant le renforcement des capacités d’importation de gaz naturel liquéfié. Mais lors des journées de grand froid, le GNL ne suffit pas: les réserves ne couvrent alors qu’environ la moitié de la consommation. Outre-Rhin, le ton a changé cette semaine. L’État achète désormais du gaz pour remplir ses réservoirs, rapportent plusieurs médias allemands.

Sécurité d'approvisionnement

En Suisse, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (AEP) estime dans son dernier rapport de situation que l’approvisionnement en gaz pour l’hiver s’annonce «difficile». Contacté, l’AEP précise ne faire aucune prévision sur la probabilité d’une pénurie, tout en soulignant que des discussions sont en cours avec le secteur gazier afin de préparer différents scénarios. «La Suisse a pris des dispositions pour de tels cas et a diversifié son approvisionnement. Néanmoins, on peut imaginer des scénarios dans lesquels les importations ne suffiraient pas à couvrir la demande», écrit l’Association suisse de l’industrie gazière.

Il y a à peine un mois, le secteur gazier suisse et les autorités ont conclu un accord avec des négociants étrangers. Celui-ci doit permettre, en cas de besoin, d’utiliser des volumes supplémentaires de gaz transitant de la France vers l’Italie via la Suisse, soit environ un dixième de la consommation hivernale du pays. Les fournisseurs suisses doivent par ailleurs stocker l’équivalent de 15% de la consommation annuelle dans des réservoirs à l’étranger. «Il reste toutefois à voir si, en cas de pénurie, le gaz provenant de ces réservoirs et de cet accord sera réellement acheminé», nuance Andreas Tresch.

Les autorités ont déjà préparé des plans d'urgence en prévision d’une pénurie imminente: ceux-ci vont des appels à la sobriété aux restrictions d’utilisation, jusqu’au contingentement.

«Des hausses de prix»

Si le cours du gaz venait à exploser cet hiver, cela entraînerait automatiquement une baisse de la consommation. Selon l’Association suisse du gaz, le marché reste très volatil. La situation s'est notamment tendue dans le détroit d’Ormuz, tandis qu'un nouveau conflit perturbe le transit par la mer Rouge.

«Il pourrait bien y avoir des hausses de prix significatives», prévient Andreas Tresch. Son ampleur dépendra de la stratégie d’achat des fournisseurs. Contrairement à l’électricité, les prix du gaz pour les ménages sont ajustés en cours d’année selon les prestataires. «Certains fournisseurs s’approvisionnent principalement à court terme sur le marché spot. Ils sont donc pleinement exposés aux fluctuations des prix et peuvent augmenter leurs tarifs de manière abrupte, avec un préavis très court pour le mois suivant.» En 2022 et 2023, certains ménages avaient dû s’acquitter de surcoûts de 2000 francs, voire davantage, pour leur chauffage.

Les grands fournisseurs GVM, EWB, IWB et Energie360 confirment à Blick acheter stratégiquement de grandes quantités à l’avance, à des prix fixes. Cela leur permet de protéger dans une certaine mesure leurs clients contre les hausses brutales. Une partie du gaz reste toutefois achetée à court terme. En cas d’hiver doux, un approvisionnement entièrement sécurisé à l’avance risquerait d’entraîner un surstockage coûteux, explique Energie360.

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