Pendant ce temps là, la SSR se sert la ceinture
L'OFEV dépense des centaines de milliers de francs dans un magazine qui fait flop

Le conseiller fédéral Albert Rösti serre la ceinture de la SSR, dont la redevance passera bientôt à 300 francs. Pendant ce temps, l'OFEV s'offre un magazine web coûteux à l'écho modeste.
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La directrice de la SSR, Susanne Wille, a annoncé la suppression de 900 postes à temps plein d'ici 2029.
Photo: keystone-sda.ch
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Robin Bäni

Le conseiller fédéral en charge de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, Albert Rösti, réduira la redevance radio-TV de 335 à 300 francs, malgré le rejet populaire de l’initiative visant à la diviser par deux. Cette baisse a été rendue possible par un contre-projet adopté par le Conseil fédéral avant la votation. A la tête de la SSR, Susanne Wille est contrainte d’engager une profonde restructuration: jusqu’à 900 équivalents plein temps devraient disparaître d’ici 2029.

Tandis que la SSR se serre la ceinture, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), dirigé par Katrin Schneeberger, s'offre son propre porte-parole numérique. Le magazine en ligne intitulé «Die Umwelt» («l'environnement») a coûté 340'000 francs en 2025, rien que pour sa mise en ligne. Ceux qui s’attendent à y trouver des informations issues d'enquêtes indépendantes financées par l’argent des contribuables n’en croiront pas leurs yeux. Le portail vise à informer chaque semaine la population sur les «comportements respectueux de l’environnement». Eduquer le lectorat, en quelque sorte.

Un à deux likes sur Facebook

Un article traite par exemple d'une cheffe de cuisine qui explique comment elle «concilie écologie, social et économie» et incarne ainsi la durabilité dans la restauration. Ou encore, une interview du responsable scientifique de l'OFEV qui présente la biodiversité comme un pilier essentiel de la «stabilité économique». Tous les contenus sont bien préparés, et pourtant un soupçon d'activisme se dégage de ces textes. Interrogé, l'OFEV rétorque que ce magazine web lui permet de remplir son mandat d'information inscrit dans la loi.

Reste à savoir dans quelle mesure Albert Rösti apprécie le contenu publié par son administration. On sait que les relations entre le ministre de l'environnement et ses services sont parfois tendues. Ainsi, il a supprimé la version papier de «Die Umwelt» en 2024. Depuis, la brochure n'est plus publiée qu'en ligne. Elle devrait toutefois continuer d'exister dans les années à venir, comme le laisse entendre un appel d'offres sur la plateforme d'approvisionnement Simap.

L'OFEV est à la recherche d'une agence de communication et de création numérique pour prendre en charge le magazine jusqu'en 2032, au moins. L'objectif est de présenter les thèmes traités par l'OFEV à un «large public». On peut toutefois se demander quelle est l'étendue réelle de ce public. Sur Instagram, les posts du magazine reçoivent en moyenne 15 à 20 petits cœurs, sur Facebook un à deux likes.

Dans l'arrière-cour d'Internet

L'OFEV est-il satisfait de cet écho? Interrogée à ce sujet, l'autorité élude la question et renvoie plutôt aux 15'000 personnes qui se seraient abonnées au portail. A l'avenir, des économies de 35% sont attendues pour le magazine web. Et, mis à part cela, l'OFEV «ne dispose pas d'autres grands canaux de diffusion».

Au vu de l'impact limité de cette initiative, on peut se demander s'il est judicieux que la Confédération gère des sites web à caractère militant dans l'arrière-cour d'Internet. D'autant plus qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé, mais d'une tendance qui se dessine au sein de l'administration fédérale à Berne. Ces dernières années, l'administration a créé tout un univers de relations publiques, avec des formats, des contenus et des podcasts dont l'audience tend vers zéro. La question est de savoir dans quelle mesure cela sert l'intérêt des contribuables.

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