Lorsque Albert Rösti a pris les rênes du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC), il a été accueilli favorablement à l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). Sa prédécesseure, Simonetta Sommaruga, aurait parfois donné une impression d’incertitude lors de réunions internes, se serait peu intéressée aux détails techniques et aurait largement délégué la gestion de l’Office à son secrétaire général. C’est du moins le bruit qui court en interne.
Avec Albert Rösti, le courant passe différemment. Ingénieur diplômé de l’EPFZ, le conseiller fédéral UDC s’est plongé dans les dossiers, a posé des questions précises et a proposé à ses collaborateurs de se tutoyer. Même ses critiques de gauche le reconnaissent: en 2023, il s’est engagé avec détermination en faveur de la loi sur le climat et l’innovation. Le texte a obtenu un meilleur score dans les urnes que celui que Sommaruga aurait probablement pu décrocher.
Yves Bichsel s'en prend aux parlementaires
En cause, notamment, l’influence grandissante du secrétaire général du DETEC, Yves Bichsel. Son autorité se serait particulièrement fait sentir durant l’absence d’Albert Rösti, lors de son opération du dos. Chargé de le remplacer au Parlement, Bichsel aurait sèchement repris plusieurs membres de commissions, rapportent des témoins.
Lors d’une table ronde, il aurait également livré une explication sans détour pour justifier l’opposition de l’UDC à l’énergie éolienne: «Si les autres sont contre l’énergie nucléaire, nous sommes contre l’énergie éolienne.» Sollicité par Blick, le DETEC a tenté d'adoucir cette déclaration: «Le Conseil fédéral soutient toutes les technologies, y compris l’éolien. Le secrétaire général Yves Bichsel défend également cette position.»
Une controverse sur les coûts du nucléaire
L'empreinte d'Yves Bichsel se manifeste surtout sur le dossier de l'énergie nucléaire. Selon des initiés, les premières discussions auraient cherché à minimiser la question des coûts, notamment en limitant les chiffres présentés aux dépenses prévues jusqu’en 2019. Une manière de passer sous silence l'explosion des coûts du réacteur français de Flamanville, dont la facture a finalement dépassé les 21 milliards de francs. En 2024, le DETEC estimait encore son coût à 13 milliards d’euros.
En Finlande, le scénario s’est répété avec le réacteur d’Olkiluoto 3. Son budget initial de trois milliards d’euros a grimpé à 11 milliards. Une flambée considérable pour un projet dont la planification remonte à 2003.
Selon les informations de Blick, l'Office fédéral de l'énergie a mandaté la société de conseil externe Deloitte afin d'établir un nouveau calcul des coûts. Un premier rapport a toutefois été écarté par les collaborateurs d’Albert Rösti. Une version définitive est désormais disponible, mais soumise au plus strict secret. Le document devrait parvenir dans les prochains jours à Yves Bichsel et au conseiller fédéral. Ce dernier souhaiterait le rendre public d’ici à la fin de l’année.
Aucun prix fixe
«Tout ce qui est inférieur à 20 milliards pour une nouvelle centrale nucléaire n'est pas sérieux», prédit un ancien collaborateur de l'OFEN souhaitant préserver son anonymat. Les coûts prévus par la Chine seraient illusoires en Europe. En Grande-Bretagne, l'un des deux réacteurs en construction est à lui seul estimé entre 26,9 et 32,6 milliards de francs. Il n'existe pas de prix fixe et une explosion des coûts se profile déjà.
Détail révélateur, Albert Rösti aurait exprimé en interne le souhait de visiter des mini-réacteurs nucléaires, appelés Small Modular Reactors (SMR). Ses spécialistes auraient alors dû lui rappeler que cette technologie en était encore à ses débuts. Au Canada, les premiers modèles seraient toujours en construction. Pour en voir fonctionner, le conseiller fédéral aurait dû se rendre en Russie ou en Chine. Une option politiquement délicate pour Albert Rösti et Yves Bichsel. Le DETEC tient d'ailleurs à préciser qu’«aucun voyage en Russie ou en Chine n’était prévu».