Tout a commencé samedi par un discours étonnamment constructif du ministre des Affaires étrangères de Donald Trump. «Les Etats-Unis et l’Europe sont faits l’un pour l’autre», a déclaré Marco Rubio lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, devant un parterre de dirigeants, dont la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, 67 ans. Cette dernière s’est dite «très soulagée».
Les signes d’apaisement pourraient se confirmer dans les prochains jours. Genève accueille en effet deux sommets consacrés aux deux thématiques les plus explosives du moment: la guerre en Ukraine et l’Iran. Trois éléments nourrissent l’espoir d’une désescalade.
Un ton qui tranche avec celui de J Vance
Lorsque Marco Rubio a pris la parole à Munich, les esprits étaient encore marqués par le discours prononcé en 2025 par le vice-président américain JD Vance. Ce dernier avait ouvertement critiqué la politique européenne, provoquant un véritable choc sur le Vieux continent.
Les propos de Marco Rubio ont donc agi comme un baume. «Notre destin est et sera toujours indissociable du vôtre» ou encore «Nous serons toujours des enfants de l’Europe»: le chef de la diplomatie américaine a insisté sur le partenariat transatlantique. Il plaide pour une réforme des organisations internationales, plutôt que pour un désengagement brutal à la manière de Donald Trump.
Même s’il reste fidèle à la ligne de l’administration Trump, Marco Rubio apparaît comme un interlocuteur avec lequel l’Europe peut dialoguer. Selon l’analyste Jackson James, du «German Marshall Fund», il serait même bien placé pour devenir le candidat républicain à la présidentielle de 2028. Contrairement à JD Vance, il ne convainc pas seulement la base MAGA, mais aussi les républicains modérés.
Deux sommets sous haute tension à Genève
L’espoir se déplace désormais à Genève. Mardi et mercredi, des discussions entre l’Ukraine et la Russie s’y tiennent sous médiation américaine. Côté ukrainien, le conseiller à la sécurité de Volodymyr Zelensky, Roustem Oumierov, ainsi que le chef de l’administration présidentielle Kyrylo Boudanov participent aux pourparlers. La délégation russe comprend le conseiller de Vladimir Poutine, Vladimir Medinski, le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Galouzine ainsi qu’au moins quinze autres représentants.
Parallèlement, des discussions sur la crise iranienne se déroulent également à Genève. L’envoyé spécial américain Steve Witkof et Jared Kushner gendre et conseiller de Donald Trump, sont attendus. La délégation iranienne est conduite par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtschi. Le Sultanat Oman joue le rôle de médiateur.
Trois raisons d'y croire
Le choix des délégués en dit long
Le fait que Donald Trump dépêche ses proches confidents, Steve Witkoff et Jared Kushner, aux deux sommets montre qu’il entend se positionner en négociateur global et obtenir des résultats concrets.
Le choix de la délégation russe est également révélateur. Le Kremlin envoie cette fois Vladimir Medinski plutôt que le chef du renseignement militaire Igor Kostioukov. Cela suggère une volonté de replacer les discussions sur le terrain politique plutôt que strictement militaire. Cependant, le signal reste ambigu. Vladimir Medinski s’était montré inflexible lors des négociations d’Istanbul, campant sur les exigences maximales de Moscou. Mais sa présence pourrait aussi permettre de relancer, au niveau politique, des discussions jusqu’ici bloquées.
Des petits pas pour éviter l’escalade
Volodymyr Zelensky se montre prêt à des compromis inédits. Il évoque la possibilité d’organiser de nouvelles élections en Ukraine dans un délai de deux mois, à condition qu’un cessez-le-feu soit instauré.
Des avancées semblent également envisageables sur deux autres dossiers sensibles: les garanties de sécurité américaines, dont la durée reste à définir, et l’échange de prisonniers, dont l’ampleur doit encore être négociée.
Genève comme terrain d’essai diplomatique
Il ne faut pas s’attendre à des percées spectaculaires. Sur les questions territoriales en Ukraine, les positions demeurent très éloignées. Quant à l’Iran, l’exigence américaine d’un contrôle total de l’enrichissement de l’uranium reste inacceptable pour Téhéran. En cas d’échec, le spectre d’une escalade militaire plane. Un deuxième porte-avions américain est déjà en route vers le Moyene-Orient.
L’enjeu des discussions genevoises est donc ailleurs: fixer des lignes rouges et créer des canaux institutionnalisés pour poursuivre les négociations. Même en l’absence de résultats immédiats, la simple poursuite du dialogue constitue un gain stratégique – et, peut-être, un motif d’espoir.