Migros se lance sur un terrain où elle s’aventure rarement: la politique. Dans un entretien accordé à «Schweiz am Wochenende», son directeur général Mario Irminger prend clairement position sur l’initiative des «10 millions», soumise au vote le 14 juin. Selon lui, le groupe a le devoir d’alerter sur les conséquences d’une éventuelle acceptation. «C’est notre tâche, voire notre devoir», affirme-t-il.
Pour Mario Irminger, l’initiative de l’Union démocratique du centre (UDC), qui vise à plafonner la population suisse à 10 millions d’habitants, toucherait «au cœur» le commerce de détail et l’industrie alimentaire. «Il est très probable que le niveau de service actuel – dans la production comme dans les magasins – ne puisse plus être maintenu», avertit-il. Concrètement, cela pourrait se traduire par des horaires d’ouverture réduits, moins de points de vente et une offre plus limitée.
Dépendance à la main-d’œuvre étrangère
Le principal défi réside, selon le patron de Migros, dans l’évolution démographique. De nombreux collaborateurs de la génération du baby-boom s’apprêtent à partir à la retraite, alors que la demande continue de croître. Migros peine déjà à recruter, reconnaît-il. D’un point de vue économique, l'immigration reste donc indispensable.
Mario Irminger cite l’exemple de Micarna, filiale du groupe: environ 60% des employés sont étrangers, une proportion qui grimpe jusqu’à 90% dans certains secteurs, comme les ateliers de découpe de viande. «Nous dépendons de cette main-d’œuvre», souligne-t-il. A ses yeux, plafonner la population ne ferait qu’aggraver la situation sans résoudre des problèmes majeurs tels que la pénurie de logements, la hausse des prix de l’énergie ou la saturation des infrastructures.
D’autres voix économiques montent au créneau
En Suisse, il est rare qu’un dirigeant sans engagement politique s’exprime aussi directement dans un débat aussi sensible. Mais Mario Irminger n’est pas seul. Le patron de Stadler Rail, Peter Spuhler, critique lui aussi l’initiative, qu’il juge «trop radicale». Il plaide plutôt pour une immigration ciblée. Une prise de position notable pour cet ancien conseiller national UDC, qui s’écarte ainsi de la ligne de son parti.
De son côté, Simon Michel, directeur général de l’entreprise pharmaceutique Ypsomed, basée à Berthoud (BE), souligne que «l’économie suisse ne fonctionne pas sans main-d’œuvre étrangère». Egalement conseiller national PLR, il s’est exprimé dans un communiqué.
Enfin, Frédéric Füssenich, directeur des chemins de fer du Rigi, met en garde contre les répercussions sur le tourisme. Dans une prise de position de l’association HotellerieSuisse, il évoque une «initiative du chaos» qui affaiblirait les liaisons internationales de la Suisse. Elle mettrait notamment en péril des accords de transport essentiels avec l’Union européenne ainsi que la participation à l’espace Schengen. Selon lui, cela pèserait directement sur la fréquentation des visiteurs étrangers.