Une situation «particulièrement préoccupante»
Le danger d'avalanche atteint des sommets dans les Alpes suisses

De Sion à Coire, la quasi-totalité des Alpes suisses est frappée par un risque d'avalanche très élevé. Le niveau d'alerte est actuellement fixé à 4, soit un danger «fort».
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A Goppenstein, une avalanche a fait dérailler un train. Cinq personnes ont été blessées.
Photo: Keystone
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Devin Schürch et Florin Schranz

De fortes chutes de neige ont touché les Alpes ces derniers jours. A Davos, dans le canton des Grisons, une avalanche de plaque s'est déclenchée dimanche après-midi, tuant un snowboardeur de 38 ans. Le Valais est également touché. A Goppenstein, un train transportant 29 passagers a déraillé à cause d'une avalanche, faisant cinq blessés. La ligne ferroviaire est fermée jusqu'à samedi. Par ailleurs, une partie du village de La Fouly, dans la commune d'Orsières (VS), a été évacuée hier matin en raison du risque d'avalanches. Une cinquantaine de personnes ont dû quitter leur domicile.

Le niveau d'alerte est actuellement fixé à 4 — soit un danger «fort» — sur la majeure partie des Alpes, selon l'Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF). La zone à risque est particulièrement étendue et traverse pratiquement l'ensemble de l'arc alpin. Les régions situées au-dessus de 2000 mètres d'altitude sont les plus exposées.

Un tel niveau de danger ne dure généralement que quelques jours au cours de l'hiver, et il est très rare que presque toutes les Alpes suisses soient concernées simultanément. D'après les statistiques, environ 10% des décès liés aux avalanches surviennent lorsque le niveau d’alerte est classé «fort».

«Comme un château de cartes»

«Cela peut se produire chaque hiver sur de grandes surfaces. Ce n'est donc pas exceptionnel, mais ce n'est pas non plus banal», explique Thomas Stucki, responsable du service de prévision des avalanches au SLF. Selon lui, la situation actuelle s'explique en grande partie par les conditions des semaines précédentes. Comme il n'a pas beaucoup neigé ces derniers temps sur de grandes surfaces et qu'il y a maintenant beaucoup de neige fraîche, cela entraîne une structure défavorable du manteau neigeux.

Le temps tempétueux y contribue également. Les couches inférieures de neige sont molles et fragiles et peuvent facilement déclencher des avalanches. «C'est comme un château de cartes. Si une charge est placée dessus, tout s'effondre.»

Prudence au ski!

Même les guides de montagne expérimentés comme Peter Schmid d'Adelboden (BE) jugent la situation actuelle «particulièrement préoccupante». L'homme travaille depuis bientôt 50 ans dans le monde entier et donne aussi des cours sur les avalanches. Selon lui, le niveau de danger 4 représente un risque élevé, même pour les professionnels. «Celui qui n'est pas expérimenté n'a plus rien à faire en dehors des routes, des remontées mécaniques et des pistes damées.»

Les amateurs de sports d'hiver ne doivent pas pour autant renoncer immédiatement à toute sortie. Tant que les domaines skiables restent ouverts, il est généralement possible d'y pratiquer son activité en toute sécurité. «Mais pas un seul mètre en dehors des pistes autorisées», insiste Peter Schmid. Il rappelle que la situation représente aussi un défi majeur pour les services de sécurité des stations. «C'est une responsabilité lourde pour les responsables: jusqu'où peuvent-ils donner leur feu vert?»

Provoquer délibérément des avalanches

Sur la base des données et du niveau de danger établis par le SLF, les autorités locales décident si des pistes doivent être fermées ou si des bâtiments doivent être évacués. A Adelboden, Lars Michel, du service des pistes et du sauvetage, est particulièrement sollicité ces jours-ci. Outre la sécurisation et le contrôle des pistes, l'analyse de la situation avalancheuse fait partie intégrante de ses missions. «Ces journées commencent toujours très tôt — ou se terminent plus tard que prévu — car nous devons évaluer en permanence le danger d'avalanche et prendre les mesures qui s'imposent», explique-t-il.

Le déclenchement préventif d'avalanches fait aussi partie des mesures de sécurité. «Nous utilisons notamment un système de perche à avalanche, explique Lars Michel. Il s'agit de longues perches, semblables à de grandes cannes à pêche, qui permettent de suspendre des charges explosives au-dessus du manteau neigeux avant de les faire exploser.»

L'objectif est de provoquer des avalanches de manière contrôlée afin de sécuriser les pistes et les chemins de randonnée. «Dans le meilleur des cas, cela nous permet de maintenir les itinéraires ouverts. Sinon, nous serions contraints de tout fermer», précise-t-il. Les amateurs de hors-piste, les «freeriders», doivent faire preuve d'une grande prudence face au danger d'avalanche.

Selon Thomas Stucki, la situation demeure préoccupante aujourd'hui. «Ce mardi 17 février s'annonce comme une nouvelle journée critique. Les chutes de neige se poursuivront jusqu'à ce soir», précise-t-il. Une amélioration est toutefois attendue ensuite. «Une fois cet épisode de précipitations terminé, on peut espérer une accalmie progressive du danger d’avalanche.» D'après les dernières prévisions publiées hier soir par le SLF, la zone à risque a encore été élargie, notamment à l'ensemble du canton des Grisons.

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